‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 20 sur 102 · A M. CLAUDE DE BLONAY · texte numérisé non relu

A M. CLAUDE DE BLONAY

Achat de la terre de Thorens par la famille de Sales. — Nécessité de contracter un emprunt pour payer ce domaine. — Prière d'intervenir à cet effet auprès de M. de Prarjgins.

Sales, 21 octobre 1602.

Monsieur,

Je ne vous escris point maintenant pour vous donner comte de ce que j'ay fait et que je n'ay pas fait en mon

(1) Claude, fils de Guillaume de Blonay et de Catherine de Châtillon, coseigneur de Saint-Paul, avait épousé Louise de Livron, qui lui donna neuf

voyage; ce sera une pièce de nostre entretien a nostre première veùe. Mais je vous escris pour vous supplier de vouloir favoriser toute ceste maison, et moy particulièrement, en un'occasion que nous pensons estre a nostre propos.

Je pense que vous aures sceu que ma mère et mes frères, avec le reste de casa, ont achepté la terre de Thorens de madame la Duchesse de Mercœur, pour le prix de 6000 escus d'or (*), et pense aussi que vous sçavés que ce n'a peu estre sur la confiance d'aucun trésor que nous eussions en main. Néanmoins, ma mère et ses confédérés ont tant fait que le premier payement de six mille francz est prest. Reste quatre mille escus, lesquelz nous ne pouvions assembler que par l'exaction de l'argent qui nous est deu et par des ventes d'autres biens, et des engagemens ; mais tout cela ne se peut bien faire qu'avec du loisir, comme vous pouves penser. C'est ce qui nous a fait penser a un autre remède, qui est d'emprunter sil se peut , quelque bonne somme de deniers , pour, par après, vendre et mesnager a l'aise nos desseins ; et nous sommes advisés de monsieur de Prangin (2), lequel on estime en semblables occasions asses bon médecin, pour autant quil a les drogues nécessaires, pourveu que son argent soit bien asseuré. Or, en cas quil le voulut, nous

enfants. Pendant la mission du Chablais, saint François de Sales aimait à se reposer de ses labeurs apostoliques au sein de cette pieuse famille. A la suite de Tune de ses prédications, les deux époux se promirent mutuellement que le premier d'entre eux libre par la mort de l'autre se consacrerait au Seigneur. C'est M. de Blonay qui eut à remplir cet engagement. Entré dans les Ordres, il devint curé de Sciez, chanoine de Saint-Pierre de Genève et préfet de la Sainte-Maison de Thonon. Il mourut le 3 novembre 1622.

(1) Pendant son séjour à Paris, saint François de Sales avait lui-même conclu cette acquisition au nom des siens. Au contrat, passé le 8 juin 1602, « furent présents en leurs personnes : Princesse Madame Marie de Luxembourg, douairière de Mercur, princesse de Martigue..., d'une part, et Messire François de Sales, Prévost de Saint Pierre..., de l'aultre. » Cet acte stipule que le contrat de vente passé le 29 novembre 1559 doit être tenu pour nul et de nul effet.

(2) Nicolas de Diesbach, seigneur de Prangins (1 559-1630), natif de Fribourg en Suisse, avait été membre du Conseil des Deux Cents (1583), de celui des Soixante (1587) et conseiller du Petit Conseil (1591). Il fut aussi bailli de Romont (1584), et avoyer de la ville et république de Fribourg (1614).

126 Lettres de saint François de Sales

nous essayerions de le luy bien asseurer, et, au moins pour mille escus, estimons-nous que monsieur Muneri nous fera le bien de nous cautionner, d'autant que c'est la somme laquelle, ou environ, l'hoire du Baron d'Her- Vidc supra, Epist. mence *, de laquelle il est curateur, nous doit encores (0. Et pour le reste, si on en pouvoit treuver d'avantage, nous nous essayerions de treuver caution bonne et raysonnable, et payerions les interestz comme il seroit traitté, fort bien et sans peyne.

Reste maintenant que quelcun nous face ce bien que de prendre la peyne de sonder si monsieur de Prangin y voudroit entendre, ou bien, a faute de luy, sil se pourroit trouver quelqu'un autre, ou en Valey ou ailleurs de ce costé la qui le voulut faire. Et pour ce regard, la vielle amitié quil vous a pieu de nous porter, et a toute ceste mayson, nous a donné confiance de vous supplier de nous faire ce bon office en quelque façon que ce soit, ou par l'entremise d'amis ou par vous-mesme, comme vous jugerés plus a propos. Nous vous en supplions donques humblement, et de nous en donner les advis le plus tost que vostre commodité le permettra.

Et en cas que monsieur de Prangin vous semble le plus duisant, vous pourries, sil vous plait, me mettre en considération, et ma promotion a l'evesché, bien que la vérité est que cela ni apporte rien ; mais je le dis seulement par ce quil m'ayme et me connoist, et que telle cause est probable. Je remetz en fin toute ceste conduitte a vostre prudence et a la bonne et entière amitié que vous nous portes, sans vous en dire plus de paroles, sinon que la somme que nous désirerions seroit de trois mille, deux mille ou au moins mille escus.

J'attens de jour a autre les despeches de Romme nécessaires pour la resolution et exécution de l'affaire de l'evesché ; les ayant, je vous en feray sçavoir des nouvelles et ne parleray plus que des choses spirituelles, attendant cependant de vous des nouvelles de ces choses

(1) Guérin Mugnier ou Muneri, notaire ducal, « commissaire d'extente de Son Altesse en Chablais, » châtelain d'Allinges et de Thonon. 11 épousa le iS janvier 1607 Amédéenne de Lonnay, et mourut en octobre 1625.

Année 1602 127

temporelles, que je vous supplie d'embrasser pour ceste mayson, qui vous est entièrement acquise et servente, et de moy en particulier, qui ay tous-jours esté et seray toute ma vie,

Monsieur, Vostre humble et asseuré confrère et serviteur,

Franc8 De Sales,

esleu E. de Genève.

A Sales, le 21 octobre 1602.

A Monsieur

Monsieur de Blonnay.

A Siez.

Revu sur l'Autographe conservé au château de Marin (Chablais), Archives de Blonay.

A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII

Page 1