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Compte-rendu des négociations faites à la cour de France. — Eloge de Msr de Granier : son zèle apostolique, sa piété. — Remerciements pour la remise des droits d'annates. — Soumission au Saint-Siège.
Sales, fin octobre 1602.
Beatissime Pater,
Ineunte hoc ipso anno, ex Episcopi, Capituli et cleri hujus Gebennensis voluntate, discesseram apud Christianissimum Francorum Regem, tractaturus de Catholica religione restituenda in oppido et universo agro Gaiano :
Très Saint Père, Au commencement de cette année je m'étais rendu à la cour du roi très chrétien pour traiter au nom de l'Evêque, du Chapitre et du clergé de Genève du rétablissement de la foi catholique dans la
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negotium quidem pium, quo nullum aequius proponi poterat, et cui promovendo nulla ex parte defuit apostolica sollicitudo Beatitudinis Vestrae, cujus scilicet Nuncius, Episcopus Camerinus, magno zelo, magna prudentia vir, in hanc rem, tum cum Rege ipso, tum etiam cum intimis illius consiliariis, serio saepe et sedulo egit, ut nihil ad spem optati finis desideraretur. At vero (quae est horum temporum injuria !) vix quidquam tandem post multam tam sancti negotii jactationem consecuti sumus, prseterquam quod tribus in locis nobis religionis Catholicae mysteria peragere liberum est, addito in id pro sacerdotibus nostris annuo commeatu (0. Quod autem ad caetera spectat, Rex ipsemet duram temporum conditionem objecit : tum se plus omnibus Catholicae religionis in integrum restitutionem expetere, sed non id omne sibi licere quod libet, et id genus multa ; ita ut, exactis plane mensibus novem, re propemodum infecta redire coactus sim.
Mihi autem redeunti illud quam molestissime accidit,
ville et le bailliage de Gex. Il ne se pouvait proposer d'entreprise plus sainte ni plus équitable ; aussi Votre Sainteté n'a rien épargné de ses soins et de sa sollicitude apostolique pour la faire réussir. L'Evêque de Camerino, son Nonce, personnage plein de zèle et d'une rare prudence, s'y est aussi activement employé. Ce Prélat eut à ce sujet de fréquentes et sérieuses conférences, tant avec le roi lui-même qu'avec les plus intimes conseillers de Sa Majesté ; il semblait donc que rien ne contrariait l'espoir du succès désiré. Mais, ô misère de notre temps ! après avoir fait tant de démarches pour cette sainte négociation, à peine avons-nous gagné l'autorisation de célébrer les saints mystères en trois localités, avec la concession à cet effet, d'un revenu annuel pour nos prêtres ( i). Quant au reste, le roi lui-même nous représenta la dureté des temps : « Je désirerais plus que nul autre, » dit-il, « l'entier rétablissement de la religion catholique, mais mon pouvoir n'égale pas mon bon plaisir ; » et semblables propos. C'est ainsi qu'après neuf mois entiers, j'ai été contraint de m'en retourner sans avoir presque rien fait.
J'étais en chemin , quand j'appris une très pénible nouvelle :
( i ) L'établissement des trois paroisses (voir ci-dessus, note ( i ), p. 90) avait été confirmé par lettres patentes du 19 septembre 160a.
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ut Episcopum nostrum Gebennensem una cum Jubilœo Tononiensi diem suum extremum clausisse reperirem ; qua nulla major jactura huic provincise, nulla major tristitiae causa iis populis accidere potuit. De hoc Pontifice tibi, Pontificum maxime, pro tua vigilantia satis cognito, hoc unum dicam. Huic Ecclesiae viginti quinque annis praefuit et assidua prsesentia etiam adfuit ; ac partim sua opéra, partim aliéna, oves errantes ad viginti quinque millia in ovile Dominicum reduxit : vir antiqua religione, antiquis moribus , antiqua pietate , antiqua constantia, dignus plane immortalitate, et illa memoria quee in omnium sit benedictione *. * Eccfl.
Jam vero, Pater Beatissime, hic tantus vir non ita pridem me, nullo carnis aut sanguinis vinculo sibi charum, in adjutorem et successorem postulaverat, ac etiam, per summam Beatitudinis Vestrae humanitatem et beneficentiam, suo ingenti gaudio obtinuerat ; quare Litteras Apostolicas accepi, quibus me Episcopum in defuncti locum suffectum esse Sancta Sedes Apostolica sancivit. Quorum omnium seriem attentus considero.
notre Révérendissime Evêque venait de finir sa vie en même temps qu'expirait le Jubilé de Thonon. Cette province ne pouvait faire une perte plus considérable, ni ses habitants avoir un plus grand sujet de tristesse. De ce Pontife bien connu de vous, ô Pontife suprême si vigilant, je ne dirai qu'un mot : chargé pendant vingt-cinq ans du gouvernement de cette Eglise, il l'a soutenue par l'assiduité de sa résidence. Par son propre travail, aussi bien que par celui de ses coopérateurs, il a ramené vingt-cinq mille brebis errantes au bercail du Seigneur. Homme de foi antique, de mœurs antiques, d'antique piété et d'antique constance, il est digne assurément d'immortalité et sa mémoire mérite d'universelles bénédictions.
Ce grand homme, Très Saint Père, peu de temps avant sa mort, avait demandé de m'avoir pour coadjuteur et successeur, quoique je ne lui appartinsse aucunement par les liens du sang et de la parenté, et il l'avait obtenu, à sa très grande joie, de l'ineffable bienveillance de Votre Sainteté ; j'ai en conséquence reçu les Lettres apostoliques du Saint-Siège qui m'établissent successeur de l'Evêque défunt. Je ne cesse de considérer attentivement la suite de ces événements.
Lettres II q
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Id omnium mihi reliquum est, ut Providentiae divinae me et rem universam expansis velis committam ; et tibi, Pater Beatissime et Clementissime, quantas possum maximas gratias agam, ob illa immensa bénéficia quibus me Apostolica tua munificentia cumulasti ; cum non tantum episcopatum concessisti, sed ea omnia quae de more ad serarium sive censum Apostolicum ex ea concessione manare debuerant, summa et tanto culmine digna liberalitate remisisti.
Cujus beneficii loco nihil quod rependam invenio, prêter gratam et propensissimam voluntatem meam, quam universam et integram Beatitudinis Vestree imperio ac nutui addico, Deum omnium remuneratorem obsecrans, ut eamdem Beatitudinem Vestram multa et felicissima valetitudine Ecclesiae suae quam diutissime servet incolumem. Ad sacros autem pedes humillime provolutus , Apostolicam benedictionem expecto, quo munus consecrationis, quod statim sum suscepturus, mihi et gregi sit uberius et leetius.
Il ne me reste plus rien à faire que de me remettre à la Providence divine, lui confiant avec un abandon absolu le soin de ma personne et de toutes choses. Et à vous, Père très saint et très clément, je rends autant qu'il est en moi les plus vives actions de grâces pour les immenses bienfaits dont votre munificence apostolique m'a comblé. Non content de m'élever à l'épiscopat, Elle a voulu, par une libéralité souveraine, bien digne de la suprême grandeur, me remettre les droits qu'à cette occasion j'aurais dû payer, d'après la coutume, au trésor apostolique.
Pour un tel bienfait, je ne puis en rien témoigner ma gratitude si ce n'est par ma bonne volonté reconnaissante et dévouée. Je la soumets tout entière aux ordres et au bon plaisir de Votre Sainteté, et de tout cœur je supplie Dieu, le grand rémunérateur, de vous conserver très longtemps dans une santé heureuse et inaltérable pour le bonheur de son Eglise. Enfin, prosterné humblement à vos pieds sacrés, j'attends votre bénédiction apostolique, afin que la consécration que je vais recevoir m'obtienne à moi et à mon troupeau plus de faveurs et de consolations.
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AU MÊME
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Combien l'établissement des Carmélites en France contribuerait à la gloire de Dieu. — Trois ecclésiastiques de grande vertu désignés pour Supérieurs. — Approbation apostolique sollicitée pour l'exécution de ce projet.
Thorens, commencement de novembre 1602.
Beatissime Pater,
Cum essem Lutetiae Parisiorum, ejus rei gerendae gratia de cujus exitu non ita pridem ad Beatitudinem Vestram litteras dedi, facere non potui quin plures conciones haberem, cum ad populum, tum ad Regem ipsum et Principes. Ea autem occasione, Catharina Aurelianensis, Princeps a Longavilla (*), virgo non tantum magnorum Principum sanguine, sed etiam, quod caput est,
Très Saint Père,
Pendant mon séjour à Paris, où je traitais l'affaire dont j'ai récemment écrit l'issue à Votre Sainteté, je dus accepter de faire de nombreuses prédications devant le peuple et devant le roi lui-même et les princes. A cette occasion, madame Catherine d'Orléans, princesse de Longueville ( 1 ), très illustre non seulement par la noblesse des
(1) Cette princesse était fille de Léonor d'Orléans, duc de Longueville, et de Marie de Bourbon, duchesse d'Estouteville. Elle avait renoncé à toute alliance terrestre pour consacrer « tous ses moyens en des œuvres de charité, sçavoir, à nourrir de pauvres honteux, à racheter des prisonniers et à soulager les orfelins et les veuves, à faire instruire de jeunes filles à la pieté et à fonder des monastères de Religieuses. » A la prière de Mme Acarie, elle se rendit fondatrice du Carmel de Paris, et, de concert avec sa sœur, elle établit encore le prieuré de Notre-Dame de Grâce à la Ville-l'Evêque (1613), dont la Mère Marguerite d'Arbouze fut la première prieure. La princesse Catherine d'Orléans mourut le 29 septembre 1(^38, âgée d'environ soixante-treize ans;
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Christi charitate perillustris, quae per id tempus monasterium fœminarum Ordinis Carmelitarum reformatarum in ipsa Parisiensi civitate fundare animo moliebatur, me aliquot excellente pietate et doctrina theologis adjungendum duxit, quorum sententiis animi sui consilium et sensum expenderet et probaret. Itaque convenimus omnes aliquot diebus ; eaque re exacte perpensa, vidimus perspicue consilium hoc a Deo originem duxisse, et ad ejus gloriam multorumque salutem quam maxime spectare. Angebat tamen quod fieri posse non videbatur, ut Fratres ejusdem Ordinis, qui monasterii hujusmodi gubernacula susciperent, in Galliam facile ind.ucerentur.Verum huic difficultati obviam itum est, ex recenti exemplo ejus monasterii illius ejusdemque Ordinis, quod in Urbe unius ex Patribus Congregationis Oratorii curée commissum est (r). Quare selecti sunt viri très, doctrina, morum integritate ac rerum gerendarum peritia conspicui, qui,
princes de sa maison, mais encore, ce qui est le principal, par son amour pour le Christ, ayant projeté de fonder à Paris un monastère de femmes de l'Ordre des Carmélites réformées, jugea bon de m'adjoindre à d'autres théologiens d'une piété éminente et d'un profond savoir pour délibérer ensemble sur ce projet de fondation. Nous nous assemblâmes pour cet effet pendant quelques jours ; et ce dessein ayant été mûrement examiné, nous trouvâmes qu'il était inspiré de Dieu et qu'il contribuerait à sa plus grande gloire et au salut d'un grand nombre d'âmes.
Une chose toutefois nous préoccupait : il semblait impossible d'introduire maintenant en France des Frères du même Ordre pour gouverner ce monastère. Mais ayant considéré qu'il s'est établi tout récemment à Rome un monastère de Carmélites, qui est confié aux soins d'un Père de la Congrégation de l'Oratoire (i), la difficulté s'évanouit aussitôt. On a donc choisi trois hommes fort instruits, de mœurs pures, entendus aux affaires, qui fussent à même de prendre
(i) Le P. François Soto, natif d'Osmes en Espagne, entré à l'Oratoire de Rome en 1566. A la prière de quelques-uns de ses compatriotes établis dans Cette ville, il y fonda au Monte Pincio (14 avril 1598) et dirigea un monastère de femmes auxquelles il donna la Règle et inspira l'esprit de sainte Thérèse. (C'est aujourd'hui San Giuscppe, via Capo le Case.) Le P. Soto mourut à l'âge de quatre-vingts ans, le 35 septembre 1619.
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maximo monasterii bono, operi praefïci possent(0, atque ita deinceps omnibus difficultatibus quae ex locorum et temporum injuria oriebantur sigillatim [obviarent].
Ita factum est satis, ut aliud superesse non videretur quam ut sacrum hoc negotium Sanctae Sedis Apostolicae judicio fulciretur, et Régis voluntati permitteretur : ac Régis quidem, praeter multorum spem, statim consensus accessit. Quare nunc ad Beatitudinis Vestrae pedes mittitur hic nuntius (2), qui suppliciter ab ea petat Apostolica mandata, quibus res acta constet et perficiatur.
Ego vero, Beatissime Pater, qui omnibus propemodum hac de re consiliis interfui, etsi dignus non sum cujus testimonium audiatur, non possum mihi temperare quin, quemadmodum facturum me recepi, testatum faciam, quoad per me fieri potest, e re Christiana fore ut hi cœlestes motus, hoc tempore et eo praesertim loco, Vestrae Beatitudinis Apostolicis benedictionibus promoveantur.
la direction de l'œuvre pour le plus grand bien du monastère (*). Ils pourraient ainsi au fur et à mesure remédier à chacune des difficultés que les circonstances des lieux et des temps feraient surgir.
Il ne reste maintenant rien à désirer sinon que le Saint-Siège Apostolique approuve cette entreprise, et en confie l'exécution à la volonté du roi , qui a donné aussitôt son consentement contre l'attente de plusieurs. C'est pourquoi ce messager va se jeter aux pieds de Votre Sainteté (2) pour la supplier d'accorder ses Bulles apostoliques, afin d'assurer l'établissement et la consolidation de cette œuvre.
Pour moi, Très Saint Père, qui ai assisté à presque toutes les conférences tenues à ce sujet, je me suis engagé à vous déclarer ce que j'en pense, bien que mon témoignage soit très indigne d'être entendu, et je ne puis m'empêcher d'assurer qu'il sera très utile à la religion que Votre Sainteté favorise de ses bénédictions apostoliques cette céleste inspiration, vu le temps et surtout le lieu où elle s'effectuera.
( 1 ) Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 118.
(2) Cet envoyé était M. de Santeuil, secrétaire du roi (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 122), homme « de grand esprit et de conduite dans les affaires, » qui avait quitté Paris à la fin d'octobre. Malgré son habileté et la protection que lui accordait le Cardinal d'Ossat, tant de difficultés entravèrent sa négociation que la Bulle sollicitée pour l'érection du Carmel fut seulement expédiée le i} novembre 1603.
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Id Princeps haec virgo, id permultae alise, id ego cum eis, humillimis petimus precibus.
Deus autem optimus maximus Beatitudinem Vestram nobis et bonis omnibus quam diutissime servet incolumem.
Cette grâce, la vertueuse princesse, un grand nombre d'autres chrétiennes, et moi avec elles, nous la sollicitons par de très humbles instances.
Daigne Dieu très bon et très grand conserver Votre Sainteté de très longues années pour notre consolation personnelle et pour celle de tous les gens de bien.