AUX RELIGIEUSES DU MONASTÈRE DES FILLES-DIEU M
Témoignages d'estime et d'affection pour leur Communauté. — Pressante exhortation à supprimer les pensions particulières. — Redouter les plus légers abus en matière de pauvreté. — Danger des exemptions et des dispenses.— Confiance que les Religieux doivent avoir en la divine Providence. — Conseils à prendre pour réformer leur monastère.
Sales, 22 novembre 1602.
Mes très Révérendes Dames et chères Seurs(a),
JPay pris une telle confiance en vostre charité qu'il ne me semble plus avoir besoin de préface ou avant propos pour vous parler, soit en absence, comme je suis contraint de faire maintenant, soit en présence, si jamais Dieu dispose de moy en sorte que j'aye le bien de vous revoir, payme en tout la simplicité et la candeur ; (b) je croy que
(a) [Le premier éditeur qui ait publié cette lettre, Hérissant (1758), dit avoir entre les mains une copie prise sur l'Autographe même conservé alors au monastère des Filles-Dieu et aujourd'hui introuvable. Nous reproduisons la leçon qu'il donne, tout en constatant qu'elle présente quelques fautes et certaines lacunes; il est aisé de rectifier les unes et de combler les autres, au moyen d'une ancienne copie conservée à la Bibliothèque Mazarine. Les passages complémentaires empruntés à ce manuscrit sont insérés dans le texte entre crochets, et les simples variantes, signalées au bas des pages, selon notre méthode accoutumée.]
Mes Révérendes et très chères Dames
(b) et la — rondeur, et
(1) La maison des Filles-Dieu était primitivement (1225) un asile établi sur le chemin de Saint-Denis à Paris pour y retirer des femmes de mauvaise vie, converties par les prédications de Guillaume d'Auvergne. Saint Louis favorisa cette maison, qui dans la suite changea de destination; les repenties y firent place à de pieuses filles, dont le genre de vie se rapprochait de celui des béguines. Les places étaient à la nomination alternative de l'évêque et du roi. En 13^8, durant la guerre de Cent ans, on ruina cette maison, de peur qu'elle n'offrît une retraite à l'ennemi. L'Evèque de Paris recueillit les Filles-Dieu (1360) dans un hôpital dont il leur céda même la propriété, à condition qu'une partie des bâtiments serait réservée à l'hospitalité de nuit. La Communauté ne retrouva pas néanmoins sa prospérité première; en 1483, elle ne se composait plus que d'un petit nombre de personnes, si bien que, pottf la sauve*
Année 1602 137
vous l'aymes aussi, ce que je vous supplie (c) de continuer, parce que cela est fort séant a vostre profession. Je pense que les tuniques blanches que vous portes en sont le signe. Je vous diray donq simplement ce qui m'a esmeu(d) a vous escrire ainsy a toutes ensemble.
Croyes-moy, je vous supplie : je suys fort importuné de l'affection extrême que je porte au bien de vostre mayson ; car ic3^, ou je ne puis vous rendre que fort peu de services, elle ne laisse pas que de me suggérer une infinité de désirs, qui vous sont inutiles et a moy. Je n'ose pas pourtant rejetter ces inclinations, parce qu'elles sont bonnes et sincères, mays sur tout parce que je croy fermement que c'est Dieu qui me les a données. Que si elles me mettent en danger de quelques inquiétudes, ce n'est pas par leurs qualités, mais par la foiblesse de mon esprit qui est encor sujet au mouvement des vens et de la marée. Or, c'est un vent qui agite maintenant mon esprit en l'affection qu'il (e) vous porte, et ne sçaurois m'empescher de vous le nommer; car c'est le seul sujet qui m'a fait desrober ce loysir pour vous escrire, a la presse d'un monde d'affaires qui m'environnent en ce commencement de ma charge.
Je partis de Paris avec ce contentement de vous avoir en quelque sorte (f) tesmoigné l'estime que je faisois de la vertu de vostre mayson, de laquelle l'opinion me donnoit beaucoup de consolation et me prouffitoit intérieurement, m'animant au désir de ma perfection. La sainte Parole * *Jon«, uit.,6-
(c) prie
(d) induit
(e) en V affection — que je
(f) façon
d'une ruine imminente, le Saint-Siège l'incorpora à l'Ordre de Fontevrault. Dès lors (1496) le monastère des Filles-Dieu ne fut plus qu'un prieuré dépendant de la célèbre abbaye.
Les soins que prit saint François de Sales pour y rétablir la parfaite régularité durent sans doute être couronnés de succès, puisqu'un contemporain écrit : « La bonne observance régulière y fiorit aujourd'hui autant que jamais; qui est cause que de 12 Religieuses qu'elles estoient au temps de la reformation [1496], le nombre est tellement augmenté qu'en ceste année 1606, elles sont, tant Sœura de choeur que converses dédiées à la vie active, <?o< »
\)8 Lettres de saint François de Sales
dit que Jonas se consola a l'ombre du lierre ou de
* Sic Septuaginta [la courge *] ; mais un vent chaud et cuisant dessécha,
et alise versiones. .
(Videinfra, p. 142.) presque tout en un moment, cest arbrisseau. Un vent fit presque le mesme effect en la consolation que j'avois en vous. Mais [ne] penses [pas], je vous supplie, que ce fut un vent [de quelque rapport léger, envieux, ou mesdisant ;
* Cant., iv, 16. non, a la vérité, ce fut un vent venant] du midy * d'une
entière charité ; ce fut un rapport auquel je fus obligé de donner créance par la considération de toutes les circonstances. Seigneur Dieu, que je fus marry et de ce que Ton me disoit, et de l'avoir sceu seulement en un tems auquel je n'avois pas loysir d'en traitter avec vous ; car je ne sçay si mon affection me trompe, mays je me persuade que vous m'eussies donné une (s) favorable audience, et n'eussies sceu treuver mauvaise aucune remonstrance que je vous eusse faite, puisque vous n'eussies jamais descouvert en mon ame ni en tous ses mouvemens, sinon une entière et pure affection a vostre advancement spirituel ( h) et au bien de vostre mayson.
Mais n'ayant pas deu arrester pour cela, estant appelle icy pour un bien plus grand, je me suis mis a vous escrire sur ce sujet, bien que j'aye quelque tems desbattu en moy mesme si cela seroit a propos ou non ; car il me sembloit presque que cela seroit inutile, d'autant que ma lettre seroit sujette a recevoir des répliques, et m'en feroit ( » ) donner ; qu'elle arriveroit peut estre hors de sayson ; qu'elle ne vous representeroit pas naifvement ni mon intention ni mon affection ; que vous estes en lieu ou vous seres conseillées de vive voix par un monde de personnes qui vous doivent estre en plus grand respect que
* Luca;, xvi, uit. moy, et que si vous ne croyes a Moïse et aux prophètes *
qui vous parleront, malaysement croires vous a ce pauvre pécheur qui ne peut que vous escrire, et que, outre cela, a ce que l'on m'a dit, quelques autres prédicateurs, meilleurs et plus expérimentés a la conduitte des âmes
(g) une — fort
(h) spirituel — a vostre honneur
( i) seroit sujette a — des répliques et n'en sçauroit
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que je ne suys, vous en ont parlé sans effect. Néanmoins, il a fallu que toutes ces raysons ayent cédé a mon affection et au devoir que l'extrême désir de vostre bien m'impose. Dieu employé bien souvent les plus foibles pour les plus grans effectz* : que puis-je sçavoir s'il veut (j) porter * Cf. I Cor., 1,25,27. son inspiration dans vos cœurs par les paroles qu'il me donnera pour vous escrire ? J'ay prié ; je diray bien plus et je ne diray que la vérité, mais cecy suffira : j'ay arrousé ma bouche du sang de Jésus Christ en la Messe, pour vous pouvoir envoyer des paroles convenables et pregnantes. Je les planteray donq icy sur ce papier ; Dieu les veuille conduire et addresser en vos espritz pour y servir a sa gloire.
Mes chères Seurs, on m'a dit qu'il y a en vostre mayson des pensionnettes particulières et des propriétés, dont les malades ne sont pas esgalement secourues , et les saines ont des particularités aux viandes et habitz sans nécessité, et que les entretiens et récréations n'y sont pas fort dévotes (k). On m'a dit tout cela, et beaucoup d'autres choses qui s'ensuyvent. J'aurois aussi beaucoup de choses a vous dire sur ce sujet ; mais ayes la patience, je vous supplie, faites moy cest honneur de lire attentivement et doucement ce que je vous en représente ; gratifies en cela mon zèle a vous servir ( l ).
Mes bonnes Dames, vous deves corriger vostre mayson de tous ces defautz, qui sont sans doute contraires a la perfection de la vie religieuse. Lîaigneau pascal doit estre sans macule * : vous estes des aigneaux de la Pasque, *Exod.,xn, 5. c'est a dire du passage*, car vous aves passé de l'Egypte * ibid., f. ». du monde au désert de la Religion, pour vous acheminer en la terre de promission. Certes, il faut que vous soyes sans tache ou macule apparente ; mays ne sont ce pas des macules bien noires et manifestes que ces defautz et grans manquemens que j'ay marqués ci devant, et principalement en une telle mayson ? Il les faut donq corriger.
(j ) s' il — ne veut pas
(k) douces
(1) gratifies — mon zèle a vostre service.
140 Lettres dh saint François de Sales
Vous les deves corriger, a mon advis, parce qu'ilz sont petitz, ce semble, et partant il les faut combattre pendant qu'ilz le sont ; car si vous attendes qu'ilz croissent, vous ne les pourres pas aysement (m) guérir. Il est aysé de destourner les fleuves en leur origine, ou ilz sont encor (n) foibles ; mais plus avant ilz se rendent indomptables. •Cap. n, 15. Prenes moy, dit le Cantique*, ces petit\ renardeaux
qui ruinent les vignes ; ilz sont petite, n'attendes pas qu'ilz soyent grans, car si vous attendes, non seulement il ne sera pas aysé de les prendre, mais quand vous les voudres prendre ce sera lhors qu'ilz auront des-ja tout
* Ps. cxxxvi, 8, 9. gasté. Les enfans d'Israël disent (°) en un Psaume* :
Filia Babylonis misera; beatus qui tenebit et allidet parvulos tuos ad petram. La fille de Babylone est misérable; oh, que bienheureux est celuy qui escrase et brise tes petit\ contre la pierre. Le desordre, le desreglement des Religions est vrayement une fille de Babylone et de confusion ; ah, que bienheureux sont les espritz qui n'en souffrent que (p) les commencemens, ou plustost les terrassent ou fracassent a la pierre de la reformation. L'aspic de dissolution et de desreglement n'est pas encor esclos en vostre mayson, mais prenes bien garde a vous : ces defautz en sont les œufz ; si vous les
* Cf. is., Lix, 5. couves en vostre sein, ilz esclorront un jour * a vostre
ruine et perdition, et vous n'y penseres pas (q).
Mays si ces defautz sont petitz, comme il peut (r) sembler a quelques unes, n'estes vous pas (s) beaucoup moins excusables de ne les pas corriger? Quelle misère, disoit aujourd'huy (0 saint Chrisostome en l'homélie de l'Evan- In Matt., Hom. gile de sainte Cécile*, de laquelle nous faisons la feste; quelle misère, disoit il, de voir une trouppe de filles avoir
(m) facilement
(n) encor — petitz et
(o) tout gasté. — Il est dit
(p) qui — en suffoquent
(q) un jour — que vous n'y penseres pas, a vostre ruine et perdition.
(r) ces défaut^ — semblent petitz, comme ilz peuvent
(s ) pas — toutes
{ X ) ee jourd'huy
lxxviii (al. lxxix).
Slatt.,xxv,2,3,8.
combattu, battu et vaincu le plus fort ennemy de tous, qui est le feu de la chair, et néanmoins se laisser vaincre a ce chetif ennemy, mammon, dieu des richesses. Et certes, toutes propriétés et particularités de moyens en Religion se réduisent a mammon de l'iniquité* l « C'est pour- * Luc», xvi, 9. quoy, » disoit il, « ces pauvres vierges sont appellees folles *, par ce qu'après avoir dompté le plus fort elles se rendent au plus foible. » Vostre mayson excelle en beaucoup d'autres perfections et est incomparable en icelles a toute autre : ne sera-ce pas un grand reproche d'en laisser ternir la gloire par ces chetifves imperfections ? On vous appelle par une ancienne estime et prérogative de vostre mayson, Filles de Dieu : voules vous perdre cest honneur par le défaut d'une reformation en ces petites défectuosités ?(u) pour un potage de lentilles, perdre la primogeniture * que vostre nom semble vous * Gen., xxv, 29-34. avoir donnée par le consentement de toute la France ? C'est, a la vérité, une marque de très grande imperfection au lion et a l'elephant, qu'après avoir vaincu les tigres, les bœufs, les rhinocéros, ilz s'effrayent, s'espouvantent et trémoussent , le premier devant un petit poulet *, (CfftomVviTiîujus et l'autre devant un rat *, dont la seule veuë leur fait Fdit-< P- 4*90
- - , . *S.Basil.,Hexaem.,
perdre courage : cela est un grand deschet de leur gène- 1. IX; Piin., Hist. rosité. C'est aussi une grande tare a la bonté de vostre nat"' " ' a u* mayson d'y avoir des pensions particulières et semblables defautz, après que l'on y a veu tant d'autres qualités louables ; soyés donq fidèles en la reformation de ces menues imperfections, affin que vostre Espoux vous constitue sur beaucoup de perfections et qu'il vous appelle un jour a sa gloire*. *Matt.lxxv,2i, 23.
Mais après tout cela, permettes moy, je vous supplie, de vous dire mon opinion touchant ces defautz. Hz sont, a la vérité, petitz si on les met en comparaison des plus grans, car ce ne sont que commencemens, et tout commencement, soit en mal soit en bien, est tous-jours petit ; mais si vous les considères en comparaison de la
(u) d'une reformation — de ces petites défectuosités, et
142 Lettres de saint François de Sales
vraye et entière perfection religieuse a laquelle vous deves aspirer, ilz sont sans doute très grans et très dangereux. Est ce, je vous supplie, un petit mal que celuy qui attaque et gaste une partie noble de vostre cors, a sçavoir le vœu de pauvreté ? On peut estre bonne Religieuse (v) sans chanter au chœur, sans porter tel ou tel habit, sans telle ou telle abstinence ; mais sans la pauvreté et communauté, nulle (w) ne le peut estre. Le ver-
Videsupra, p.138. misseau qui rongea la courge de Jonas * sembloit estre petit, mays sa malice estoit si grande que l'arbrisseau en périt. Ces defautz de vostre mayson (x) semblent bien minces ; mais leur malice est si grande qu'elle gaste vostre vœu de pauvreté.
Ismaël estoit petit garçon ; mais incontinent qu'il commença a piquer et agacer Isaac, la sage Sara le fit chas-
Gen., xxr, 9-14. ser, avec Agar sa mère, hors la mayson d'Abraham *. [Vostre mayson est une vraye mayson d'Abraham,] c'est a dire du grand Père céleste ; il y a une Sara et une Agar. [L'une est] ceste partie supérieure et en certaine façon surhumaine, l'esprit et l'intérieur ; et l'autre, plus basse et humaine, est le cors avec son extérieur. L'esprit a engendré le bon Isaac : c'est le vœu que vous aves fait comme un sacrifice volontaire sur la montagne de la Religion, ainsy qu'Isaac sur la montagne de Vision
Ibid., xxn, 9-12. s'offrit de volonté en sacrifice *. La chair et partie corporelle n'engendre qu'Ismaël : c'est le soin et désir des choses extérieures et temporelles. Pendant que cet Ismaël, ce soin et désir n'attaque point vostre Isaac, c'est a dire vostre vœu et profession, bien qu'il demeure chez vous et en vostre mayson, j'en suis content, et, ce qui est le principal, Dieu n'en est point offensé. Mays quand il agace vostre vœu, vostre pauvreté, vostre profession, (y) je vous supplie, mais je vous conjure, chassés le et le
(v) On peut — bien estre Religieux (w) nul
(x) de vostre mayson — ces petites affections a la particularité et propriété (y) Mays quand il — heurte Isaac, vostre vœu, vostre profession, vostre pauvreté, non seulement
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bannisses. Qu'il soit tant petit qu'il voudra, qu'il soit tant enfant qu'il vous plaira, qu'il ne soit pas plus grand qu'une fourmy ; mais il est mauvais, il ne vaut rien, il vous ruinera, et gastera vostre mayson.
Encor treuvé je ce mal en vostre mayson bien grand parce qu'il y est maintenu, parce qu'il y est en repos et qu'il y séjourne comme habitant ordinaire; c'est le grand mal que j'y voy, que ces particularités sont meshuy (z) bourgeoises. Les mouches mourantes perdent la suavité du bausme et unguent*. Si elles ne faisoyent que * Eccles., x, 1. passer sur l'unguent et le succer en passant, elles ne le gasteroyent pas ; mais y demeurant mortes et comme ensevelies, elles le corrompent. Je veux que les manquemens et defautz de vostre mayson ne soyent que mouches, mais le mal est qu'elles s'arrestent sur vostre unguent, elles y arrestent (a') et y sont ensevelies avec faveur. Pour petit que soit le mal, il croist aysement quand on le flatte et qu'on le maintient : nul ennemy, disent les soldatz, n'est petit quand il est mesprisé. Ce sont les raysons que Dieu m'a données pour vous prier de vouloir reformer vostre mayson touchant ces petites ou grandes fautes que l'on m'a dit y estre ; mays je ne puis assouvir le désir (b') que j'en ay. (c)
J'ay encor voulu considérer quelz empeschemens vous
( z ) le — plus grand mal que j'y voy, que ces particularités y sont mesme
(a1) séjournent
(b') besoin
(c') [On conserve à Casorzo (diocèse de Casale en Piémont) un fragment de la minute autographe que nous reproduisons ici intégralement.]
vostre ne fut pas commencé avec ces pensions, ains avec Une très exacte
pauvreté et résignation de toutes particularités. Mes Seurs, il faut remonter jusques a la source de vostre Religion et boire en icelle l'eau de vostre reformation ; vous y treuveres un'eau qui vous fera oublier l'affection que vous aves a ces petites particularités. Regardes a la pierre de laquelle vous aves estes tirées, vous n'y verres aucune paille de propriété. TMais quand tout ceci ne se... pour Dieu...J Vous deves donques, ce me semble, vous reformer.
Je sçai bien que vous aves de très grans empeschemens de ce faire ; [c'est] cela qui me fait pitié et pourquoy je me suis mis a vous escrire, car j'ay certaines considérations sur les empechemens Tque je m'imagine estre en vous pour ceste bonne et s,e action.. J qui vous peuvent [arrêter] en ce bien, lesquelles a mon advis vous ayderont
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pourroyent rendre ce saint œuvre malaysé, et vous en dire mon advis. Je me doute que vous n'estimes pas qu'en ces pensions et autres particularités il y ayt aucune propriété contraire a vostre vœu, parce qu'a l'adventure tout s'y fait sous la permission et licence de la Supérieure. C'est des-ja un mauvais mot que celuy de permission et licence parmi l'esprit de perfection : il seroit mieux de vivre sous (d') les lois et ordonnances que d'avoir des exemptions, licences et permissions. Vous voyes des-ja un sujet
Deut., xxiv, i. de reformation. Moïse* avoit donné une permission et licence touchant l'intégrité du mariage ; Nostre Seigneur reformant ce saint Sacrement et le remettant en sa pu-
Matt., xix, 7-9. reté, protesta * que Moïse ne l'avoit permis qu'a force et contrainte, pour (e') la dureté de leurs cœurs. Bien souvent les Supérieures plient ce qu'elles ne peuvent rompre, et permettent ce qu'elles ne peuvent empescher ; et la permission, par après, a ceste ruse et malice, qu'ayant duré quelque tems elle s'en fait accroire et, au contraire des choses qui viellissent, elle se renforce et semble perdre petit a petit sa laideur et difformité. Les permissions n'entrent jamais que par grâce dans les monastères; mais y ayant pris pied, elles y veulent demeurer par force, et n'en sortent (f) jamais que par rigueur.
Mays, outre cela, je dis qu'il n'est rien de si semblables que deux gouttes d'eau : néanmoins, l'une peut estre de roses, et l'autre de ciguë ; l'une guérit, et l'autre tue. Il y a des permissions qui peuvent estre aucunement bonnes, mais celle cy ne l'est pas, car c'est en fin une propriété, quoy que voilée et cachée ; c'est l'idole que Rachel
Gen., xxxi, 34. tenoit cachée sous sa robe *. On dit que la Supérieure le permet et que c'est sous son bon playsir : voyla Rachel qui parle. Mays ce sont les pensions d'une telle Seur et non pas d'une autre : voyla l'idole de la propriété. Si ce n'est pas propriété, [que veut dire] que l'une a plus de commodité sans nécessité , et l'autre plus de nécessité
(d1) sans
(e1 ) permis — que forcé et contraint par
(f ) n'en sortent — presque
ANNEE l6o2 145
Sans commodité ? Que veut dire qu'estant toutes seurs ,
vos pensions ne sont pas seurs? L'une souffre et l'autre ne
souffre point ; l'une a faim, diray je presque comme saint
Pol*, Vautre abonde : ce n'est pas la une Communauté * I Cor., xi, 21 ;
de Nostre Seigneur. Appelles cela comme vous voudres,
mais c'est une pure propriété ; car la ou il n'y a point de
propriété « il n'y a point de mien et de tien, qui sont les
deux motz qui ont produit le malheur du monde *. » Le *S.Chrvsost.,Orat.
Religieux qui a un liard ne vaut pas un liard, disoyent
les Anciens.
L'amour et tendre affection que vous portes a vostre mayson peut aussi estre un grand empeschement a la reformation d'icelle, par ce que ceste passion ne peut permettre que vous pensies mal d'elle, ni que vous oyes de bon cœur les reprehensions qu'on vous en fait. Mais prenes garde (g'), je vous supplie ; car l'amour propre est rusé, il se fourre et glisse par tout, et nous fait accroire que ce n'est pas luy. Le vray amour de nos maysons nous rend jaloux de leur perfection réelle, et non de leur W réputation seulement. La femme du bon Tobie prit a point d'honneur un advertissement de son mary par ce qu'il sembloit révoquer en doute l'estime de sa famille *. Elle * Tobias, h, 19-23. estoit trop pointilleuse : si ce mal n'y estoit pas elle en devoit louer Dieu , s'il y estoit elle le devoit corriger. Il nous faut manger le beurre et le miel avec Nostre Seigneur, adoucir nos espritz et nous humilier, choisissant le bien et rejettant le mal *. Les abeilles ayment leurs • Isaiœ, vu, 15. ruches, qui sont comme leurs maysons (je vous dis un jour que c'estoit comme des religieuses naturelles entre les animaux) ; mays elles ne laissent pas d'esplucher par le menu ce qui y est et de les purger a certains tems. Rien n'est si constant sous le ciel qui ne fléchisse*; • Eccta., n, u. rien de si pur qui ne recueille quelque poussière.
C'est bien fait de ne point dire inutilement les defautz que l'on voit dans les maysons et de ne les point
(g') prene» garde — a vous (h1) de leur — perfection en
Lbttrbs II ift
146 Lettres de saint François de Sales
manifester ; mays de ne les vouloir pas reconnoistre ni confesser a ceux qui peuvent estre utiles pour y donner remède, c'est un amour des-ordonné. L'Espouse au Can-
* Cap. 1, 4, 5. tique confesse son imperfection * :Je suis noire, dit elle,
encor que belle; ne p renés pas garde a ce que je suis brune, c'est le soleil qui m'a haslee (*'). Je pense que vous en pouves bien dire autant de vostre mayson : elle est belle et vertueuse, c'est la vérité ; mais la longueur du tems et des années a un petit altéré son teint. Pourquoy ne luy redonneres vous pas ses couleurs (ï) par une sainte reformation ? Quand il y a quelque défaut passager dans une mayson, on le peut dissimuler ; mais quand il est permanent et par manière de coustume, il le faut chasser [a cor et a cry s'il en est besoin. Mais ici il n'en est pas besoin]; il suffit d'y appeller ceux qui y peuvent (k') servir. Ce fut un amour desmesuré en David de ne vouloir pas qu'on desfit Absalom, tout mauvais et rebelle qu'il
* Il Reg., xvin, 5 estoit*. Quicomque ayme sa mayson, en procure la santé,
la pureté et reformation.
Je pense qu'il y a un autre empeschement a la reformation de vostre mayson : c'est que, a l'adventure, vous estimes qu'elle ne pourroit se maintenir sans ces pensions par ce qu'elle est pauvre. Au contraire, je pense que le monastère est pauvre par ce que ces pensions y sont. Il y a en Italie deux nobles republiques, Venise et Gennes ; a Venise les particuliers ne sont pas si riches qu'a Gennes, [mais la republique est bien plus riche que celle de Gennes.] La richesse des particuliers empesche celle du public. Si une fois vous esties a bon escient pauvres en particulier, vous séries par après (r) riches en commun.
Dieu veut que l'on se fie en luy chacun selon sa vocation. Il n'est pas requis en un homme laïc et mondain de s'appuyer en la providence de Dieu en la sorte que nous
( T ) décolorée
( j' ) ses — premières couleurs et beautés
( k' ) y peuvent — remédier et
( T ) bien tost
Année 1602 147
autres ecclésiastiques devons faire ; car il nous est défendu de thesaurizer et faire marchandises, mais il n'est pas défendu aux mondains ; ni les ecclésiastiques séculiers ne sont pas obligés d'espérer en ceste mesme Providence comme les Religieux ; car les Religieux y doivent espérer si fort qu'ilz n'ayent aucun soin de leur particulier pour avoir des moyens. Or, entre les Religieux, ceux de saint François excellent en cest endroit, qui est la confiance et résignation qu'ilz ont en la Providence divine, n'ayant nul moyen ni en particulier ni en gênerai, pratiquant pleinement la parole du Psalmiste * : Jacta cogitatum *Ps. liv, 23 (juxta tuum in Domino, et ipse te enutriet ; Jette tout ton ec lonem an lci-) soin en nostre Seigneur, et il te nourrira. Chacun doit jetter tout son soin en Dieu, et aussi il nourrit tout le monde ; mays chacun ne le jette pas en mesme degré de résignation. Les uns l'y jettent sous le travail et industrie que Dieu leur a donnée et par laquelle Dieu les nourrit ; les autres , plus purement, sans l'entremise d'aucune industrie, tendent a cela. Hz ne sèment ni ne recueillent, et le Père céleste les nourrit*. Or, vostre *Matt., vi, 26. condition religieuse vous oblige a vous resigner en la Providence de Dieu sans l'ayde ni faveur d'aucune pension ni propriété particulière ; c'est pourquoy vous les deves rejetter.
David* admire comme Dieu nourrit les petitz poussins * Ps. cxlvi, 9. des corbeaux ; aussi est ce chose admirable. Mais ne nourrit il pas aussi les autres animaux? Si fait, mais non pas de la [mesme] sorte ni si immédiatement, d'autant que les autres sont aydés de leurs pères et mères [et de leur travail ; mais par ce que la condition naturelle de ces petitz poussins porte qu'ilz sont abandonnés de leurs pères et mères,] et n'ont d'ailleurs moyen de travailler, nostre Seigneur les nourrit presque miraculeusement. Aussi nourrit il tous-jours ses dévotes servantes et créatures, lesquelles, par la condition de leur estât et profession, se sont dévouées (m') a la communauté et pauvreté particulière,
[ta*) vouées
148 Lettres de saint François de Sales
sans l'entremise d'aucun moyen contraire a leur condition. Les Cordeliers ont estimé qu'ilz ne pourroyent vivre en ceste estroitte pauvreté que leur Règle primitive requeroit ; les Capucins leur ont fait voir clairement que si. Pendant que saint Pierre se fia en Celuy qui l'appelloit il fut asseuré ; quand il commença a douter et perdre la
Matt.,xiv, 37-30. confiance il enfonça dans les eaux*. Faysons ce que nous devons, chacun selon sa condition et profession, et Dieu ne nous manquera point. Pendant que les enfans d'Israël estoyent en Egypte il les nourrissoit de la viande que les Egyptiens donnoyent ; lhors qu'ilz furent au désert,
Exod., xvi. ou il n'y en avoit aucune, il leur donna la manne*,
viande commune a tous et particulière a nul, et laquelle, si je ne me trompe, représente une certaine communauté. Vous estes sorties de l'Eg}^pte mondaine, vous estes au désert de la Religion : ne recherchés plus les moyens mondains, espérés fermement en Dieu; il vous nourrira
Videpag.pneced. sans doute *, quand il devroit faire pleuvoir la manne.
Je me doute encor qu'il y ayt un autre empeschement a vostre reformation : c'est qu'a l'adventure, ceux qui vous l'ont proposée ont manié la playe un peu asprement. May s voudries vous bien pour cela rejetter vostre guerison ? Les chirurgiens sont quelquefois contrains d'aggrandir la playe pour amoindrir le mal, lhors que sous une petite playe il y a beaucoup de meurtrisseures et concasseures ; c'a esté peut estre cela qui leur a fait porter le rasoir un petit bien avant dans le vif. Je loue leur méthode, bien que ce ne soit pas la mienne, sur tout a l'endroit des espritz nobles et bien nourris comme sont les vostres ; je croy (n') qu'il est mieux de leur monstrer simplement le mal, et leur mettre le fer en main affln qu'ilz fassent eux mesmes l'incision. Néanmoins, ne laissés pas pour cela de vous reformer. J'ay accoustumé de dire que nous devons recevoir le pain de correction avec beaucoup d'estime, encor que celuy qui le porte soit desaggreable et fascheux, puisque Helie mangeoit le pain
(n') pense
porté par les corbeaux *. Ainsy celuy nous doit aggreer * III Reg., xv". 6qui procure nostre bien , quoy qu'il soit de tout point desaggreable et fascheux. Job racloit l'ordure et suppuration de se^ ulcères avec une pièce de pot cassé* ; * Job, h, 8. c'estoit une dure abjection, mays elle estoit utile. Le bon conseil doit estre receu, soit qu'il soit trempé au fiel ou qu'il soit confit au miel.
Que tous ces empeschemens ne soyent point asses fortz, je vous prie, pour vous (°') retarder de faire le voyage de ceste sainte et nécessaire reformation. Je prie Dieu qu'il envoyé ses Anges pour vous porter entre leurs mains, affin que vous 11e heurties point aux pierres d'achoppement*. *Psalm.xc(nf ia;
Il me reste a vous dire (p') mon advis touchant l'ordre que vous devesU') tenir. Pries Dieu par des oraisons communes et distinctes (0 a cest effect, qu'il vous fasse voir les defautz de vostre mayson et les moyens pour y remédier et pour recevoir la (*') grâce. Puisqu'il est le Dieu de paix *, apaises vos espritz, mettes les en repos ; ne per- * I Cor., xiv, 33. mettes pas que la [coustume, la difficulté, je diray clair et net, ne permettes pas que la] contention que vos espritz auront peut estre faite contre ceux qui vous auront cy devant voulu corriger, fasse aucun préjugé contre la lumière céleste. Ne tenes plus vostre parti ni celuy de vostre mayson, [mays simplement celuy de vostre bien et du bien de vostre mayson.] Faites tout ainsy que si vous voulies instituer une nouvelle Congrégation selon vostre Ordre et vostre Règle ; traittes en les unes avec les autres en esprit de douceur et de charité. Lhors vostre Espoux vous regardera avec ses Anges, comme nous faysons les abeilles quand elles sont doucement empressées a la confection de leur miel, et je ne doute point que ce saint Espoux ne parle a vostre cœur pour vous dire ce qu'il dit a
( o' ) pour vous — empescher ou (p') donner (q') pourres ( 0 destinées (s') sa
son serviteur Abraham : Chemines devant moy et soyes
* Gen., xvii, 1. parfait* ; entrés plus avant au désert de la perfection.
Vous aves des-ja fait la première journée par l'exacte chasteté, et la seconde par l'obéissance, et une (*') partie de la troisiesme par quelque sorte de pauvreté et com- *Cf. Exod.,xv, 22. munauté * : mais pourquoy vous arrestes vous en si beau chemin, et pour si peu de chose comme sont ces pensions particulières ? Marchés plus avant, achevés la journée : mettes tout en commun, renonces a la particularité, affin
* Rom., xn, 1. que, selon la sainte Parole*, vous fassies une sainte
immolation et entier sacrifice [a nostre Dieu], en esprit, [en cors] et en biens.
Apres que vous aures traitté de vostre affaire avec vostre Espoux et par ensemble, appelles a vostre secours et pour vostre conduitte quelques uns (u') des plus spirituelz qui sont a l'entour de vous ; ilz ne vous manqueront pas. J'en nommerois quelques uns, mais vous les nommeres mieux que moy, et ceux la mesme, a l'adventure, que je voudrois nommer. Ce sont gens extrêmement bons a cela, des espritz doux et gracieux, condescendans quand ce vient a l'effect, bien que leurs reprehensions semblent un petit aspres et mordicantes. A ceux la vous deves confier (v') vostre affaire, afiin qu'ilz jugent de ce qui sera plus convenable ; car vostre sexe est sujet des la création
* Gen , m, 16. a la condition de l'obéissance *, et ne réussit jamais
devant Dieu qu'en se sousmettant a la conduitte et instruction. Voyes toutes les excellentes Dames de la Mère de miséricorde jusques a présent, et vous treuveres que je dis vray ; mays en tout je présuppose que l'authorité de Madame de Fontevrault (O tienne son rang.
C'est peut estre trop parler et trop escrire d'un sujet duquel vous aves, a l'adventure, les oreilles des-ja trop
(t' ) et la seconde — encores par l'obéissance, et une bonne (u') conduitte — quelque homme ( v1) communiquer
(1) Eléonore de Bourbon, tante de Henri IV, qui gouvernait l'abbaye de Fontevrault dès Tannée 1575 et qui mourut le 26 mars 1611.
Année 1602 151
battues; mais Dieu, devant lequel je vous escris, sçait que j'ay beaucoup plus d'affection que de paroles en cest endroit. Je suis indigne d'estre escouté, mais j'estime vostre charité si grande que vous ne mespriseres point mon advis, et croy que le bon Jésus ne m'a pas donné tant d'amour et de confiance en vostre endroit qu'il ne vous aye donné une affection réciproque de prendre en bonne part ce que je vous propose pour le service de vostre mayson, laquelle je prise et honnore a l'esgal de toute autre, et l'estime une des bonnes que j'aye veùes. C'est cela qui m'a fait désirer qu'elle soit meilleure et parfaite. Il me fasche de voir de si grandes qualités, comme sont celles de vostre mayson, esclaves sous ces menues imperfections, et, comme parle l'Escriture*, de voir vostre vertu *Ps. ucxvn, 61. réduite en captivité, et vostre beauté spirituelle entre les mains des ennemis. C'est pitié de voir une pretieuse liqueur perdre son prix par le meslange d'une petite souilleure, et un vin exquis, (w') par le meslange de l'eau. Ton vin, dit un Prophète *, est meslé d'eau. Je vous di- * Isaiae, 1, 22. ray comme vostre saint Patron saint Jan (*) qui reçut commandement d'escrire aux prelatz d'Orient* : Je sçay vos * Apoc.,i, n; n, 2, œuvres qui sont presque toutes bonnes, vous estes presque très bonnes Religieuses ; mais fay quelque petite chose a dire contre vous, il vous manque quelque chose. Je vous loue en toutes choses, dit saint Pol a ses Corinthiens *, mais en cela je ne vous loue pas. Je vous sup- * 1 Ep., xi, 22. plie et conjure, par la charité qui est entre vous, ostes de vostre mayson ce qui est de trop et adjoustes ce qui y défaut.
Donnes moy, je vous prie très humblement, ceste consolation de lire ceste lettre en repos et tranquillité d'esprit, et de la peser non au poids vulgaire, mais au poids du sanctuaire et de la charité. Et je prie Dieu qu'il
un vin exquis — affoibli
(1) L'idée dominante qui inspira la constitution de l'Ordre de Fontevrault était d'honorer les rapports de maternité et de filiation établis entre la Sainte Vierge et saint Jean au pied de la croix.
152 Lettres de saint François de Sales
vous donne les resolutions nécessaires a vostre bien, pour la plus grande sanctification de son saint nom en vous, affin que vous soyes de nom et d'effect ses vrayes filles. Je me prometz l'assistance de vos oraisons pour toute ma vie, et plus particulièrement pour ceste entrée que je fay en la laborieuse et dangereuse charge d'Evesque, affin que, preschant le salut aux autres, je ne sois reprouvé I Cor., ix, ult. a damnation *.
Dieu soit nostre (x') paix et consolation. Je suis et seray toute ma vie,
Mes Révérendes Dames et très chères Seurs en Jésus Christ, Vostre serviteur très humble et affectionné en Nostre Seigneur (f),
Françs De Sales, Evesque [élu] de Genève.
De Sales, le 22 novembre 1602.
(x') vostre
(y') et — très asseuré