‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 48 sur 102 · A M. ANTOINE DES HAYES · texte numérisé non relu

A M. ANTOINE DES HAYES

Félicitations pour le pardon accordé à un contradicteur. — Remerciements. — Désir de terminer sans procès un différend avec l'Archevêque de Bourges. — Le Saint n'abandonne jamais l'étude de la théologie. — Affaire d'intérêt. — Estime pour les Pères Jésuites : joie de les savoir rentrés en France.

Annecy, 16 janvier 1604.

Monsieur,

J'ay despuis peu receu deux de vos lettres. La première m'advertit de l'ennuy que vous a fait un secrétaire au traitté des offices de Montargis. Je participer ay tous-jours a tous les evenemens aggreables et desaggreables qui vous toucheront ; mais je me res-jouis de cettuy-ci qui vous a donné sujet de prattiquer la charité chrestienne au pardon que vous aves fait a celuy qui, sans sujet, avoit prattiqué la desloyauté mondaine en vostre endroit. C'est en cette action en laquelle gist le plus grand effort de la

(1) Antoine des Hayes, « gentilhomme servant de la Maison du roi, écuyer du duc de Nemours, » était fils d'André des Hayes, conseiller au Parlement, et de Geneviève Le Noir. Ses relations avec saint François de Sales, commencées en 1600, devinrent telles qu'on le nommait « l'arch'intime » de l'Evêque de Genève, d'après l'expression de ce dernier. Des Hayes, qui avait épousé Marie Chapelle (contrat dotal du 16 juillet 1597), prit dans la suite les titres de seigneur de la Bretonnière, de Courmenin et de Courton, secrétaire des commandements du duc de Nemours, maître d'hôtel et conseiller du roi en son Conseil d'Etat et privé. Vers le milieu de 1605, il fut nommé capitaine

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force et constance d'un généreux esprit, et qui attire le plus la faveur du Ciel. Vives tous-jours comme cela, Monsieur, et parmi l'orage de la mer ou vous estes, regardés perpétuellement vostre port. Il m'a fallu dire ce mot pour vous tesmoigner l'ayse que je reçois de vostre vray bien parmi les phantosmes de vostre mal apparent ; mais le bon est qu'après tout cela la victoire vous demeure, comme indubitablement elle fera tous-jours, et cela me donne encor du contentement selon le monde et selon Dieu.

Vostre seconde lettre me donne advis de quelques bons offices qu'avés pris la peyne de faire pour les affaires de Gex en mon nom, lesquelz ont esté faitz si a propos que non plus, sur les difficultés que Monsieur Fremyot, Archevesque de Bourges, me fait au relaschement des biens ecclésiastiques qu'il avoit obtenuz du Roy par surprise, au préjudice de la concession que Sa Majesté en avoit faitte précédemment a l'Eglise et aux curés l1). Car si je ne puis par autre voye chevir de ce saint dessein, sur le souvenir que Sa Majesté a de cette affaire et de sa promesse par vostre moyen, je recourray a elle pour faire faire un commandement absolu audit Archevesque, plustost que de plaider a Dijon, comme j'ay fait ci devant, considérant bien que les procès entre gens de la qualité de laquelle luy et moy sommes ne peuvent estre que scandaleux. Je ne puis encor rien dire pertinemment de la volonté dudit seigneur Archevesque que je ne me sois abouché avec luy, comme j'espère faire restant a Dijon ce Caresme, ou j'ay accordé d'aller plus pour cette seule affaire que pour nulle autre ; estimant que j'y seray d'ailleurs asses inutile, principalement maintenant que

gouverneur de la ville et du château de Montargis. (La remise de ses lettres de provision à la municipalité eut lieu le 21 août de la même année.) Le 21 octobre suivant le Conseil délibère sur les propositions faites par Antoine des Hayes touchant l'établissement d'un siège présidial à Montargis, et l'introduction des Jésuites pour l'éducation de la jeunesse. Le gouverneur ne s'occupa pas avec moins de zèle de l'établissement des Barnabites dans la même ville (14 mai 1620). Il mourut le 30 mai 1637, âgé d'environ cinquante-huit ans. (Bibliothèque Nationale, Dossiers bleus, vol. 352 ; Inventaire sommaire des Archives de Montargis.)

1 1 ) Le doyenné de Gex avait été cédé à l'Evêque de Genève par patentes royales du 19 septembre 1602.

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la présence des Pères Jésuites ne laisse cette ville la en aucune nécessité d'assistence spirituelle. Néanmoins, la parole ayant esté donnée avant leur retour, et les nécessités de mon diocèse le requérant, je m'essayeray de coopérer avec eux a V œuvre de Nostre Seigneur *, *Cf.iCor.,uit estudiant tous-jours en théologie, comme il a pieu au Roy de me faire resouvenir, comme n'ayant nul autre désir que celuy la, ni aucune autre occupation qui me soit aggreable. J'espère que Sa Majesté n'aura jamais sujet de penser autrement de moy ni de mes deportemens.

M. de la Porte est en ces quartiers, qui prendra quelque argent de nous, ainsy qu'il m'escrit, et que Madame de Mercœur m'a commandé de luy donner en déduction de nostre dette envers elle. Je ne laisseray pas de presser le plus que je pourray pour en envoyer de delà, mays il faut que je vous confesse la vérité : c'est icy un pauvre païs et auquel il est malaysé de treuver des sommes après tant de remuemens et troubles.

J'ay appris que M. de Berulle m'a fait l'honneur de m'envoyer le livre que je desirois ; mais je ne doute point qu'il l'aura confié a mon frère*, qui n'en aura pas eu le * Vide supra, p. 186, soin proportionné au prix que je fay de tout ce qui part dudit seigneur de Berulle, de la bienveuillance duquel je suis autant jaloux que nul autre. J'escris sur ce sujet a mon frère, afiîn que, s'il ne l'a perdu, je le puisse avoir par la première commodité.

Je me suis extrêmement res-joui du bon succès des affaires des Pères Jésuites en France (r), a laquelle, comme vous sçaves, je désire et souhaitte toute bonne et sainte prospérité, qui ne luy peut jamais arriver que par la renaissance de son ancienne vertu et pieté, a laquelle cette excellente Compaignie peut infiniment contribuer, estant favorisée du zèle de Sa Majesté comme elle va estre, a ce qu'on me dit.

Je ne sçay comme je doy vous remercier de tant de faveurs que vous me faites ; l'amas des obligations en est

(1) Les Jésuites, bannis en 1594 par arrêt du Parlement de Paris, venaient d'être rappelés par un édit royal rendu à Rouen le Ier septembre 1603 et enregistré au Parlement le 1 janvier suivant.

not. ( 2

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si grand que j'en ay l'esprit et le cœur tout saysis. Je prie continuellement Nostre Seigneur pour vostre santé et contentement, et suis inviolablement, Monsieur, Vostre très humble et fidelle serviteur,

Françs, E. de Genève.

16 janvier 1604.

L'argent de bon qui doit estre a Gex, les pensions des ministres payées , est entre les mains des ministres mesmes qui opiniastrent autant pour ne le rendre pas que pour aucun article de leur foy ; mais je verray si a Dijon je pourray y mettre du remède.

A Monsieur des Hayes, Gentilhomme de la Mayson du Roy,

Escuyer de Monsieur le Duc de Genevois et de Nemours.

A UN INCONNU (minute inédite)

Réponse aux reproches adressés au Saint, relativement au séjour qu'il projetait de faire hors de la Savoie.

Annecy, février 1604.

(a) Monsieur,

Je vous remercie très humblement du soin qu'il vous plait tesmoigner a mon bien par l'advis que le bon Père

(a) [Cette lettre et la suivante, conservées à la Visitation de Turin, sont écrites sur le même feuillet. La minute que nous donnons ci-dessous en seconde leçon est de la main du Saint et occupe la première page; la seconde et la troisième pages sont demeurées en blanc, et la quatrième contient les deux minutes reproduites dans notre texte, sous les numéros ccxi et ccxii. Elles sont écrites par secrétaire.]

Monsieur,

Je vous remercie très humblement du soin quil vous a pieu me tesmoigner

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Recteur (*) m'a donné de vostre part. Et ne vy jamais mon esprit party au choix de deux inconveniens, comme je l'ay eu en ceste occasion ; mais ayant tout considéré, j'ay fait élection de celluy qui pouvoit recepvoir plus de remède et qui ne tumboit pas si droittement sur le service des âmes, aymant mieux m'exposer a la mercy de l'opinion des bons qu'a la cruauté de la calomnie des mauvais. Pleut a Dieu que l'advis me fust arrivé en un tems auquel j'eusse peu regaigner ma liberté sans la perte de tant d'affaires ecclésiastiques ; j'eusse bien tost treuvé la resoulution. J'accuse fort vollontier la pauvreté de mon esprit, qui, regardant touttes choses en leur face naturelle, n'a sceu pénétrer jusques a ce succès.

Si Dieu m'accompagne, Monsieur, je reviendray bien tost appres Pasques, avec un dessein inviollable de ne jamais sortir du diocèse, je ne dis plus sans le congé, mais bien sans le commandement de Son Altesse, et espère que les jours suyvans jugeront les precedens de

de mon bien par l'advis que le bon P. Recteur m'a donné de vostre part. Pleut a Dieu quil me fut arrivé en un tems auquel j'eusse peu recouvrer ma liberté sans la perte de mon honneur et de tous les affaires ecclésiastiques que par force je doy traitter a Dijon. Je ne me vy jamais l'esprit parti entre deux desplaysirs et pertes comme je l'ay eu au choix que j'ay deu faire d'aller ou de demeurer. Mais ayant tout considéré, j'ay Tpreferé la perte du costé ou j'ay veu...J fait élection du mal qui pouvoit recevoir plus de remède et qui ne tumboit pas si droittement sur le service des âmes. J'accuse fort volontiers mon enfance qui, fprenantj regardant toutes choses selon leur face naturelle, n'a pas sceu Tdiscerner ce que je devoy...J considérer cet événement.

Si Dieu m'accompagne, Monsieur, je reviendray immédiatement après Pasques, avec un inviolable dessein de ne jamais sortir de mon diocœse de ce costé la, je ne diray plus sans le congé, mais sans le commandement exprès fde ceux desquels.. J de S. A. Tdesquelz je crains maintenant le... a l'intention desquelz... duquel j'ay tous-jours tant craint de... désiré de me ranger.. J et espère que les jours suivans jugeront les precedens de ma vie, et le dernier les jugera tous. Le P. Recteur, auquel je doy des-ja tant, m'obligera bien encor de vous dire quelque particularité Tde l'ennuy avec lequel je m'en vay, puisque ce n'est...J sur ce sujet.

Je prie Nostre Seigneur quil vous comble de ses grâces, et je suis sans fin, Monsieur,

Vostre

(1) Le P. Jean Fourier, recteur de Chambéry (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 156).

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• Cf. 1 Cor., m, 15. ma vie et que le dernier les jugera tous *. Le Père Recteur me fera ce bien de vous dire plus de particularités sur ce suject, et je prieray Dieu pour vostre prospérité, demeurant sans fin,

Monsieur,

Vostre très humble serviteur.

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL Ier (minute)

Annonce de son prochain départ pour Dijon. — Protestation de fidélité.

Annecy, février 1604.

Monseigneur,

Il y a quelque tems que monsieur de Villette m'asseura de la part de Vostre Altesse qu'elle auroit aggreable que j'allasse a Dijon ce Caresme et que j'y preschasse, pour y avoir plus de faveur aux affaires ecclésiastiques de Gex que je dois traitter avec la court de Parlement de ce pays la. Sur ceste asseurance je m'y en vay, Monseigneur, toujours esgal a moy mesme au désir extrême que j'ay de rendre très humble service et obéissance a Vostre Altesse, avec touttes les preuves d'un'inviollable fidellité. Je n'y seray que le moins que je pourray, comme y estant hors de l'air de ma tranquilité.

Que pleut a Dieu, Monseigneur, que les nouvelles qui courent il y a quelques moys de deçà de la restitution de Gex a Vostre Altesse ne soyent autant certaines qu'elles sont désirables ; j'en auroy ce particulier contentement de voir la sainte religion asseuree en tout mon diocèse, sans employer ny tant de peine ni tant de soing comme je suis obligé de faire maintenant.

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Je fay en toutte humilité la révérence a Vostre Altesse et prie Dieu pour sa prospérité, désirant l'honneur cTestre toutte ma vie advoùé,

Monseigneur, Son très humble et très obéissant serviteur et orateur.

A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII (minute)

Difficultés que présente l'administration de la partie française du diocèse de Genève. — Le Saint contraint de se rendre à Dijon v prêchera le Carême.

Annecy, fin février 1604.

Beatissimo Padre,

Frà le moite miserie di questa diocesi, una è la divisione délia giurisditione temporale di essa, essendo che, se bene la maggior parte è sottoposta al Serenissimo Duca di Savoya, nientedimanco una parte notabilissima è sotto alla corona di Francia. Et da questa diversità de Principi nasce in me una nécessita di trattar et star bene con ambidue, et con li loro luogotenenti et Parlamenti, o vero Senati ; nel che non ho poca difficoltà, massime dalla banda di Francia, essendo che loro sanno ch' io

Très Saint Père, Parmi les nombreuses difficultés que présente l'administration de ce diocèse, l'une des plus considérables vient de ce qu'il est soumis à deux juridictions temporelles différentes; bien qu'il soit en grande partie sous la domination du Sérénissime duc de Savoie, néanmoins une partie très considérable est soumise à la couronne de France. Cette diversité de souverains m'oblige nécessairement à traiter et à demeurer en bonne intelligence avec tous deux, ainsi qu'avec leurs représentants et leurs Parlements ou Sénats ; ce qui ne me cause pas peu d'embarras, surtout à l'égard de la France, où l'on sait que je

Lettres II 17

258 Lettres de saint François de Sales

sonno Savoyarde» et che délia Savoya sonno feudatario. Et perché il Parlamento di Digione è superiore di quella parte délia diocesi che è in Francia, cinque difficoltà in questa mutatione ho da trattare con esso.

La prima è per conto del balliagio di Gex, per li béni ecclesiastici del quale (se bene sonno pochi, perché in tre luoghi soli vi si fa essercitio catholico) bisogna litigare con un Consigliere di esso Parlamento. La seconda, del modo di visitare quella parte délia diocesi, perché è prohibito di cavare alcun denario dal popolo , né per fabriche di chiesa, né per altro. La terza, che quelli popoli nuovamente separati dalla Savoya domandano un vicario foraneo. La quarta, che se bene per li ufficii fatti con diligentia dall' IHmo signor Nuntio Apostolico di Francia non si tratta più di stabilir Tessercitio heretico nel luogo di Sessel f1), tuttavia vengo avvertito che se io

suis savoyard et feudataire de la Savoie. Or, parce que la partie de ce diocèse qui appartient à la France relève du Parlement de Dijon, je dois traiter avec lui pour cinq chefs différents.

La première question est relative au bailliage de Gex ; quoique les biens ecclésiastiques soient peu considérables dans ce bailliage (l'exercice du culte catholique n'ayant été rétabli que dans trois lieux seulement), il faut néanmoins plaider contre un conseiller dudit Parlement. La seconde concerne la manière de visiter cette partie du diocèse, car il est défendu d'exiger aucun argent du peuple, soit pour la bâtisse des églises, soit pour autre chose. La troisième difficulté vient de ce que ces populations, récemment détachées de la Savoie, demandent un vicaire forain. La quatrième est celle-ci : grâce à la diligente intervention de Mgr l'Illustrissime Nonce de France, il n'est plus question d'établir le culte hérétique à Seyssel (0 ; toutefois, à

(1) On lit dans une lettre du Nonce de Savoie au Cardinal Aldobrandino en date du 25 octobre 1603 (Archives Vaticanes, Borghese, série III, 95, c3) :

« Monsignor Vescovo di Geneva, con una di 18 del présente, mi scrive con molta amaritudine che nella terra di Sesel, dominio hora del Re di Francia et diocesi di lui, si tratta di metter l'essercitio heretico; et pure non vi è delli habitanti ne anco uno heretico, ne vi fu mai taie essercitio, essendosi conservata sempre quella terra senza corrutione alcuna. »

Le 10 janvier 1604 M»1" del Bufalo, Nonce de France, écrivait au même Cardinal: «M. Le Grand... mi ha mandato ad assicurare chealdetto luogo di Sesel non si metterà altrimenti il maledetto essercitio heretico. » (Ibid., Francia, vol. 49.)

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non dô particolare informatione délie circonstanze che debbono impedire tal stabilimento, non sarà la cosa sradicata, ma solamente quietata. Et la quinta, che molti Catholici di Gex che per via dell' editto délia libertà, che chiamano, potrebbono haver 1' essercitio catholico nelle loro parrochie, non hanno chi proponga le loro suppliche, ne chi ne faccia la sollecitatione.

Per questo, Beatissimo Padre, son sforzato di andare, doppo di haver havuta licentia da Sua Altezza di Savova, in detto Digione, fuori délia diocesi, ma capo délia parte délia diocesi che hora è in Francia ; dove io farô quel tanto che Iddio mi concédera in servitio di quelle negotiationi sopra scritte, et del tutto darô raguaglio ad ambiduoi 1' Illmi signori Nunzii di Vostra Santità, di Francia et di Savoya. Non crederô giamai che Vostra Beatitudine debba riprovar questa poca absentia che son sforzato di fare per li bisogni délia diocesi, laquale io lascio molto ben provista nelle cose spiritual! et spero di rivedere fra duoi mesi ; massime perché quelli signori di quella città, sapendo la nécessita mia di andare costi, mi hanno pregato di volervi fare le prediche quadragesimali, et stimando

moins que je ne donne un mémoire particulier des circonstances qui doivent en empêcher l'établissement, ce projet ne sera point abandonné, mais seulement ajourné. Et en cinquième lieu, bon nombre de Catholiques de Gex qui, moyennant l'édit appelé de liberté, pourraient obtenir l'exercice de la religion dans leurs paroisses, n'ont personne pour présenter leurs requêtes ni pour en solliciter l'entérinement.

C'est pourquoi, Très Saint Père, après m'ètre muni de l'autorisation de Son Altesse de Savoie, je suis contraint d'aller à Dijon, ville située hors de mon diocèse, mais dont relève cette partie du diocèse appartenant à la France. Là je travaillerai, selon que Dieu m'en donnera le moyen, à l'arrangement des affaires indiquées ci-dessus, et je rendrai compte de tout aux deux Nonces de Votre Sainteté en France et en Savoie. Jamais je ne pourrai croire que Votre Béatitude doive désapprouver cette courte absence que je suis contraint de faire pour les besoins du diocèse. Je le laisse fort bien pourvu de secours spirituels, et j'espère le revoir dans deux mois. Surtout les notables de Dijon, sachant que je devais me rendre dans leur ville, m'ont prié d'y prêcher

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che quella fatica giovarebbe a cavar con più prestezza et favore li negotii miei dalle mani lc-ro, ho liberamente acconsentito. Nientedimeno non ho voluto lasciar di dirne conto a Vostra Santità, si corne io desidero di fare di tutte le mie attioni, lequali dal beneplacito Apostolico in tutto et per tutto hanno da esser regolate.

Et cosi, chiedendo la santa benedittione da Vostra Beatitudine, bascioli con humiltà li santi piedi.

F. V. di G.

le Carême. J'y ai volontiers consenti, pensant que cet apostolat contribuerait à terminer plus promptement et plus heureusement les affaires que j'ai avec eux. Néanmoins je n'ai pas voulu manquer de rendre compte à Votre Sainteté de cette détermination, comme je désire faire de toutes mes actions, qui doivent en tout et partout être réglées par le bon plaisir apostolique.

Je sollicite donc la sainte bénédiction de Votre Béatitude et je baise très humblement ses pieds sacrés.

F. E. de G.

A M. JACQUES DE VALLON (O Condoléances sur la mort de son père.

Annecy, fin février 1604.

Monsieur mon Cosin,

Je puis dire que ce fut sans ma faute que nous laissasmes retourner vostre laquais sans response a la lettre que vous aves pris la peyne de rrTescrire. M. Deage fut celuy qui me trompa, ayant luy mesme le premier esté trompé par sa surdité ; car il me dit que vostre laquais

(1) Jacques de Gex, seigneur de Vallon, Morillon, Arbusigny, Couvette, Châtelard du Foug et Montfort, baron de Saint-Christophe (i6«), gentilhomme de la chambre du duc de Nemours. Sa femme était Antoinette-Françoise Vidomne de Charmoisy. Il mourut le 8 mars 1631.

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estoit sorti de la ville le soir pour faire son partement plus matin, qui me garda d'escrire comme je devois.

Je suis trop long a faire cette excuse, mays pardonnes moy. Ce que je crains [est] le deschet de l'opinion que vous m'asseures vous aves de mon affection, laquelle, si elle pourvoit croistre, s'augmenteroit tous les jours comme vous en faites naistre en tout tems de nouveaux sujetz, comme est la patience qu'il vous a pieu avoir a ma prière a l'endroit de M. de Bellecombe (0 ; de laquelle ne voulant plus abuser, Monsieur, on ne vous priera point de la continuer plus avant, [craignant] de la voir employer avec vostre incommodité et sans leur prouffit, puisqu'ilz ne s'en sont servis a faire l'appointement que vous desires.

J'ay sceu le trespas de monsieur vostre père, mon Oncle (2), bien tost après qu'il fut advenu, et en ressentis les afflictions que je devois a l'amitié de laquelle il avoit tous-jours honnoré nostre mayson et a la perte que vous aves faitte, laquelle je sçeus bien [appréhender] par la mémoire de celle que peu d'années auparavant j'avois fait moy mesme sur un pareil sujet. Je n'attendis pas, croyés le bien je vous supplie, de recommander son ame a Nostre Seigneur que vous m'en eussies adverti, mais luy rendis ce devoir sur le champ a la première nouvelle ; et n'eusse pas retardé non plus a vous escrire pour vous faire la cérémonieuse (5) offrande du service de nostre mayson et du mien en particulier, si je n'eusse sceu que vous nous croyes tout vostres pour une bonne fois, sans qu'il soit nécessaire d'en renouveller si souvent

(1) Jean-François de Thoyre, seigneur de Bellecombe, Siriez, Cholex, Chateaublanc d'Onion, Gravernel, etc., et coseigneur de la Bastie-Dardel. Il mourut le 10 mars 1625. Deux de ses seigneuries provenaient de sa femme, Françoise de Cholex, dame de Bellecombe (contrat dotal du Ier mai 1564).

(2) Charles de Gex, seigneur de Vallon, était mort le 31 janvier de cette année. Il était allié à la famille de Sales par sa femme, Michelle Martin du Fresnoy (contrat dotal du 7 janvier 1555), cousine de Mme de Boisy au second degré.

(3) Il est fort douteux que cet adjectif ait été employé ici par saint François de Sales ; mais l'Autographe n'ayant pu être recouvré, les éditeurs sont contraints de se contenter du texte donné par Hérissant, quoiqu'il soit fautif en plusieurs endroits. Les mots qu'il a été facile de rétablir d'après le sens, sont placés entre crochets.

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les reconnoissances. Et quant aux consolations, je sçai qui vous estes, et ma cousine aussi, et laisse au bon Jésus, lequel vous aves en vostre esprit, a vous faire cet office. J'en dis de mesme de M. du Villars mon cousin (0.

i ) Claude de Gex, seigneur du Villard, frère de M. de Valh

A LA baronne de chantal

26 avril 1604 ( 1 ).

Dieu, ce me semble, m1a donné a vous (a) ; je m'en asseure toutes les heures plus fort. C'est tout ce que je vous puis dire; recommandés moy a vostre bon Ange (b).

(a) [Charles-Auguste de Sales (Histoire du B. François de Sales, liv. VI) donne ce billet avec de légères variantes ; nous les indiquons ici.]

a vous — pour le service de vostre ame

(b) dire — maintenant.

[M. Hamon (Vie de saint François de Sales, tome I, liv. IV, chap. m) a publié, sans en signaler la source, la leçon suivante, reproduite par Vives et Migne :]

Dieu, ce me semble, m'a donné à vous; je m'en assure à toutes les heures davantage. Je prie la Bonté divine de nous mettre souvent ensemble dans les sacrées plaies de Jésus-Christ, et de nous y faire rendre la vie que nous en avons reçue. Je vous recommande à votre bon Ange ; faites-en autant pour moi qui vous suis dédié en Jésus-Christ.

François, E. de Genève.

(1) D'après la Mère de Chaugy ce billet, qui est inséré dans le Procès de Canonisation de sainte Jeanne-Françoise de Chantal, lui fut écrit « a la première disnee » que le Saint « fit au partir de Dijon. » Or, il avait quitté cette ville le 26 avril, accompagné d'une escorte nombreuse, qui le suivit jusqu'à Beaune. C'étaient six des échevins députés par le corps de ville, et en outre « les sieurs de Vellezelle, de Villars fils, Robin et son frère, le sieur advocat Morel, le maistre des enfans de la Sainte-Chapelle, le sieur Blondeau... avec vingt deux chevaux et des serviteurs de pied. » (Archives municipales de Dijon, Registre des Délibérations de la Chambre de Ville.)

Année 1604 263

A LA MÊME l1)

Le désir de la sainteté et l'amour de la viduité sont pour une veuve les deux supports de l'édifice spirituel: comment les affermir. — Amour de Dieu et de la sainte Eglise. — Devoir de prier pour les pasteurs et prédicateurs. — Envoi d'un écrit de dévotion.

Annecy, 3 mai 1604.

Madame,

C'est tous-jours pour vous asseurer davantage que j'observeray soigneusement la promesse que je vous ay faitte de vous escrire le plus souvent que je pourray. Plus je me suis esloigné de vous selon l'extérieur, plus me sens-je joint et lié selon l'intérieur. Je ne cesseray jamais de prier nostre bon Dieu qu'il luy plaise de parfaire en vous son saint ouvrage *, c'est a dire le bon désir et dessein * Cf. Philip., 1, 6.

( 1 ) Ce n'est pas une simple note biographique, ce seraient de longues pages que réclamerait la mémoire de cette femme éminente dont la vie, pendant dix-huit ans, s'identifia presque avec celle de saint François de Sales.

C'est elle qui va désormais occuper la plus large place dans la correspondance du Saint ; elle qui recevra la confidence de ses plus intimes pensées, qui sera le plus cher objet de son affection, mais affection si haute, si transfigurée par la charité divine, qu'on se demande ce qu'il faut admirer le plus, de sa délicate pureté ou de sa profonde tendresse. Tour à tour, la veuve désolée, avec l'évocation de ses joies évanouies, avec ses douleurs toujours présentes, la mère de famille avec ses craintes et ses espérances, revivront, comme par une sorte de réverbération, sous la plume de saint François de Sales. Cette correspondance nous permettra de saisir sur le vif la docilité de la disciple et la sagesse du directeur, concourant dans une parfaite harmonie à préparer ce chef-d'œuvre de la grâce qu'on appelle une âme de sainte. Résumons en quelques mots cette féconde existence.

Jeanne-Françoise, fille de Bénigne Frémyot, second président au Parlement de Bourgogne, et de Marguerite de Berbisey, était née à Dijon le 23 janvier 1572. Son union avec Christophe de Rabutin, baron de Chantai (contrat dotal du 28 décembre 1592), fut bénie par la naissance de six enfants, dont deux moururent en bas âge. Rien n'avait troublé le bonheur de sa vie conjugale lorsqu'un tragique accident de chasse la rendit veuve à vingt-huit ans. Se retournant alors avec l'énergie d'une âme toute virile vers Jésus, l'Epoux qui ne meurt jamais, elle fit vœu de chasteté perpétuelle, et s'adonna tout entière aux œuvres de piété et de miséricorde. Quatre ans plus tard, saint François de

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de parvenir a la perfection de la vie chrestienne ; désir lequel vous deves chérir et nourrir tendrement en vostre cœur, comme une besoigne du Saint Esprit et une estincelle de son feu divin.

JHay veu un arbre planté par le bienheureux saint Dominique a Romme : chacun le va voir et chérit pour l'amour du plantateur ; c'est pourquoy, ayant veu en vous l'arbre du désir de sainteté que Nostre Seigneur a planté en vostre ame, je le chéris tendrement, et prens playsir a le considérer plus maintenant qu'en présence, et je vous exhorte d'en faire de mesme et de dire avec moy : Dieu vous croisse, o bel arbre planté ; divine semence céleste, Dieu vous veuille faire produire vostre fruit a * Cf. Ps. 1, .j. maturité *, et lhors que vous Taures produit, Dieu vous

veuille garder du vent qui fait tomber les fruitz en terre, ou les bestes vilaines les vont manger. Madame, ce désir doit estre en vous comme les orangers de la coste marine de Gennes, qui sont presque toute l'année chargés

Sales étant venu prêcher le Carême à Dijon, ces deux grandes âmes, qui avaient été révélées Tune à l'autre dans de mystérieuses visions, se reconnurent à leur première rencontre (5 mars 1604), et dès lors s'établirent entre elles ces relations dont nous allons suivre les phases diverses et les merveilleux résultats.

Après avoir donné sa fille aînée, Marie-Aimée, en mariage à Bernard de Sales, l'un des frères cadets de l'Evêque de Genève, la baronne de Chantai devint — osons-nous dire la fondatrice, car son humilité récusa toujours ce titre, — du moins la pierre fondamentale de l'Ordre de la Visitation (6 juin 1610). De concert avec le saint Evêque, elle en fixa les Règles, en détermina les pratiques, et contribua, soit par un concours personnel, soit par ses conseils, à l'établissement de quatre-vingt-six monastères de cet Institut.

Quand le saint Fondateur eut quitté la terre, elle fit écrire sa Vie (1624), publier ses Epistres spirituelles (1626), ses Vrays Entretiens spirituels (1629), et seconda le commandeur de Sillery dans la préparation de l'édition des Œuvres du Bienheureux François de Sales (1641). C'est encore elle qui fit commencer le Procès de Béatification du grand Evêque dont elle avait été la plus ardente admiratrice. Le recueil de Lettres qui forme la majeure partie de ses Œuvres (Paris, Pion, 1874-1879) renferme, outre l'autobiographie de la Sainte et la peinture de la Visitation à son âge d'or, les documents d'une spiritualité aussi sûre que forte et élevée, commentaire original de la doctrine de saint François de Sales. On lui doit aussi le livre des Réponses sur les Règles et Constitutions de son Ordre, ouvrage si rempli de sagesse et d'onction que saint Vincent de Paul ne pouvait le lire sans verser des larmes.

Cette grande Servante de Dieu, dont la liturgie célèbre « l'admirable force d'esprit, » mourut au Monastère de Moulins entre les bras de la duchesse de Montmorency, le 13 décembre 1641. Elle a été béatifiée par Benoît XIV le 13 novembre 1751, et canonisée par Clément XIII le 16 juillet 1767.

Année 1604 265

de fruitz, de fleurs et de feuilles tout ensemble ; car vostre désir doit tous-jours fructifier par les occasions qui se présentent d'en effectuer quelque partie tous les jours, et néanmoins il doit ne jamais cesser de souhaitter des nouveaux objetz et sujetz de passer plus avant, et ces souhaitz sont les fleurs de l'arbre de vostre dessein ; les feuilles seront les fréquentes reconnoissances de vostre imbécillité, qui conservent et les bonnes œuvres et les bons désirs : c'est la l'une des colomnes de vostre tabernacle.

L'autre est l'amour de vostre viduité, amour saint et désirable pour autant de raysons qu'il y a d'estoilles au ciel, et sans lequel la viduité est mesprisable et fause. Saint Paul * nous commande d'honnorer les vefves qui * l Tim-> v> 3sont vrayement vefves ; mays celles qui n'ayment pas leur viduité ne sont vefves qu'en apparence, leur cœur est marié. Ce ne sont pas celles desquelles il est dit * : * Ps- cxxxi, 15. Bénissant je bénir ay la vefve ; et ailleurs*, que Dieu *Pss.lxvh,6,cxlv, est le juge, protecteur et défenseur des vefves. Loué soit Dieu, qui vous a donné ce cher et saint amour ; faites le croistre tous les jours de plus en plus, et la consolation vous en accroistra tout de mesme, puisque tout l'édifice de vostre bonheur est appuyé sur ces deux colomnes. Regardés au moins une fois le moys si l'une ou l'autre est point esbranlee, par quelque dévote méditation et considération pareille a celle de laquelle je vous envoyé une copie, et que j'ay communiquée avec quelque fruit a des autres âmes que j'ay en charge. Ne vous lies pas toutefois a cette mesme méditation, car je ne la vous envoyé pas a cet effect, mais seulement pour vous faire voir a quoy doit tendre l'examen et espreuve de soy mesme que vous deves faire tous les moys, aflin que vous sachies vous en prévaloir plus aysement. Que si vous aymes mieux repeter cette mesme méditation, elle ne vous sera pas inutile. Mais je dis, si vous l'aymes mieux, car en tout et par tout je désire que vous ayés une sainte liberté d'esprit touchant les moyens de vous perfectionner ; pourveu que les deux colomnes en soyent conservées et affermies, il n'importe pas beaucoup comment.

Gardés vous des scrupules et vous reposes entièrement

266 Lettres de saint François de Sales

sur ce que je vous ay dit de bouche, car je l'ay dit en Nostre Seigneur. Tenes vous fort en la présence de Dieu par les moyens que vous sçaves. Gardés vous des empressemens et inquiétudes, car il n'y a rien qui nous empesche plus de cheminer en la perfection. Jettes doucement vostre cœur es playes de Nostre Seigneur, et non pas a force de bras ; ayés une extrême confiance en sa miséricorde et bonté qu'il ne vous abandonnera point, mays ne laissés pas pour cela de vous bien prendre a sa sainte Croix.

Apres l'amour de Nostre Seigneur je vous recommande celuy de son espouse l'Eglise, de cette chère et douce colombe laquelle seule peut pondre et faire esclorre les colombeaux et colombelles a l'Espoux. Loués Dieu cent fois le jour d'estre « fille de l'Eglise, » a l'exemple de la Mère Thérèse qui repetoit souvent ce mot a l'heure de * Ribera, vu. M* sa mort avec une extrême consolation *. Jettes vos yeux tris Teresiœ, (Sai- l'Espoux et sur l'Espouse, et dites a l'Espoux : O que

niant., 1500), 1. III, r „ ,, „ , , i)T7„„rtlloQ .

vous estes Espoux d'une belle Espouse ! et a 1 Espouse . Hé, que vous estes Espouse d'un divin Espoux ! Ayés grande compassion a tous les pasteurs et prédicateurs de l'Eglise, et voyés comme ilz sont espars sur toute la face de la terre, car il n'y a province au monde ou il n'y en ayt plusieurs. Priés Dieu pour eux affin qu'en se sauvant ilz procurent fructueusement le salut des âmes ; et en cet endroit, je vous supplie de ne jamais m'oublier, puisque Dieu me donne tant de volonté de ne jamais vous oublier

aussi.

Je vous envoyé un escrit touchant la perfection de la vie de tous les Chrestiens (O. Je l'ay dressé non pour vous, mays pour plusieurs autres; néanmoins vous verres en quoy vous le pourrés faire valoir pour vous. Escrivesmoy, je vous supplie, le plus souvent que vous pourres, avec toute la confiance que vous sçaures ; car l'extrême désir que j'ay de vostre bien et advancement me donnera de l'affliction si je ne sçay souvent a quoy vous en estes.

(t) L'écrit ici mentionné, ainsi que ceux dont il est question dans les deux lettres suivantes (pp. 269 et 271), sera publié parmi les Opuscules de saint François de Sales..

c. xv.

Année 1604 267

Recommandés moy a Nostre Seigneur, car j'en ay plus de besoin que nul homme du monde. Je le supplie qu'il vous donne abondamment son saint amour, et a tout ce qui vous appartient.

Je suis sans fin et vous supplie me tenir pour Vostre serviteur tout asseuré

et dédié en Jésus Christ,

A Neci, le jour Sainte Croix 1604

A LA PRÉSIDENTE BRULART (x)

En quoi consiste la perfection propre aux femmes du monde : s'unir à Dieu par la méditation, l'usage des Sacrements, les pieuses lectures et les fréquentes oraisons jaculatoires. — S'unir au prochain par l'affabilité, les œuvres de miséricorde, la condescendance envers ses proches. — Rendre la piété aimable en la rendant utile et agréable à tous.

Annecy, 3 mai 1604.

Madame,

Je ne vous puis pas donner tout a coup ce que je vous ay promis, car je n'ay pas asses d'heures franches pour mettre tout ensemble ce que j'ay a vous dire sur le sujet que vous avés désiré vous estre expliqué par moy. Je vous le diray a plusieurs fois, et outre la commodité que j'en auray, vous aurés aussi cellela, que vous aures du tems pour bien remascher. mes advis.

( 1 ) Cette Présidente était Marie Bourgeois, fille de Claude Bourgeois, seigneur de Crépy, d'Origny, et de Françoise de Montholon. Elle avait épousé Nicolas Brûlart, baron de la Borde, qui remplit d'abord la charge de maître des requêtes, devint président au Parlement de Bourgogne (1602), puis premier président (1610) par la démission de son père. Mme Brûlart mourut le 22 juillet 1622, et fut inhumée chez les Cordeliers de Dijon.

268 Lettres de saint François de Sales

Vous avés un grand désir de la perfection chrestienne : c'est le désir le plus généreux que vous puissies avoir, nourisses-le et le faittes croistre tous les jours. Les moyens de parvenir a la perfection sont divers selon la diversité des vocations ; car les Religieux, les vefves et mariés doivent tous rechercher cette perfection, mais non pas par mesme moyen. A vous, Madame, qui estes mariée, les moyens sont de vous bien unir a Dieu et a vostre prochain et a ce qui despend d'eux.

Le moyen pour s'unir a Dieu ce doit estre principalement l'usage des Sacremens et l'orayson. Quant a l'usage des Sacremens, vous ne devés nullement laisser escouler aucun moys que vous ne communiyes, et mesme dans quelque tems, selon le progrès que vous aurés fait au service de Dieu et selon le conseil de vos pères spirituelz, vous pourres vous communier plus souvent. Mais quant a la Confession, je vous conseilleray bien de la fréquenter encor plus, principalement sil vous arrivoit quelque imperfection delaquelle vostre conscience fut affligée, comm'il en arrive bien souvent au commencement de la vie spirituelle. Néanmoins, si vous n'avies pas les commodités requises pour se confesser, la contrition et repentance suppleeroit.

Quant a l'orayson, vous la devés fort fréquenter, spécialement la méditation, a laquelle vous estes assés propre, ce me semble. Faittes en donques tous les jours une petite heure le matin avant que de sortir, ou bien avant le souper, et gardés vous bien de la faire ni après le disner ni après le souper, car cela gasteroit vostre santé. Et pour vous ayder a la bien faire, il faut qu'avant icelle vous sachies le point sur lequel vous devés méditer, affin que, commençant l'orayson, vous ayes vostre matière preste. Et a cet effect, il faut que vous ayés les autheurs qui ont couché les pointz des méditations sur la vie et mort

* Vide supra, p. 190,

not. (6). de Nostre Seigneur, comme Grenade (0, Bellintani

( i ) Dévotes contemplations et spirituelles instructions sur la Vie, Passion, Mort, Résurrection et Ascension de N. S. J . C. Traduict de l'espagnol de R. P. Louis de Grenade par F. de Belleforest. Paris, De la Noue, 1572.— Cf. le Mémorial, le Supplément au Mémorial, etc.

Capillia(I), Bruno (2), dans lesquelz vous choysirés la méditation que vous voudrés faire, et la lires attentivement pour vous en resouvenir au tems de l'orayson, et n'avoir autre chose a faire que de les remascher, suyvant tous-jours la méthode que je vous mis par escrit en la méditation que je vous donnay le Jeudy Saint*. * Vide supra, p. 266,

Outre cela, faittes souvent des oraysons jaculatoires a Nostre Seigneur, et ce a tous (sic) les heures que vous pourres et en toutes compaignies, regardant tous-jours Dieu dans vostre cœur et vostre cœur en Dieu. Prenes playsir a lire les livres que Grenade a fait de l'orayson et méditation*, car il ni en a point qui vous instruise mieux * Vide ubi contra. ni avec plus de mouvemens. Je voudroy quil ne se passast aucun jour sans que vous donnassies une demi heure ou un 'heure a la lecture de quelque livre spirituel, car cela vous serviroit de prsedi cation. Voyla les principaux moyens de se bien unir avec Dieu.

Quant a ceux qui servent pour se bien unir avec le prochain, ilz sont en grand nombre, mais je n'en diray que quelques-uns. Il faut considérer le prochain en Dieu, qui veut que nous l'aymions et caressions. C'est l'advis de saint Paul *, qui ordonne aux serviteurs de servir Dieu * Ephes., ult., 5-7. en leurs maistres et leurs maistres en Dieu. Il faut s'exercer en cet amour du prochain, le caressant extérieurement ; et, bien qu'il semble au commencement que c'est a contre cœur, il ne faut point laisser pour cela, car ceste répugnance de la partie inférieure en fin sera vaincue de l'habitude et bonn'inclination qui sera produitte par la répétition des actions. Il faut rapporter a ce point les oraysons et méditations , car après avoir demandé l'amour de Dieu il faut tous-jours demander

(1) Capiglia (Capilla) André, Chartreux espagnol, évèque d'Urgel, mort en 1610. Méditations sur les Evangiles... et f estes des Saincts, divisées en trois Parties. Composées en espagnol par le P. Dont André Capiglia, prieur de la Chartreuse dicte Porta Cœli, nouvellement traduictes enfrançoyspar R.G.A. G. Paris, De la Noue, 1601.

(2) Bruno Vincent, Jésuite italien (1532-1594). Méditations sur les Mystères de la Passion et Résurrection de Jésus Christ Nostre Seigneur... traduites d'italien en françoys par Philibert Du Sault, chanoine de Bourdeaux. Douay, Baltazar Bellere, 1596.

27° Lettres de saint François de Sales

celuy des prochains, et particulièrement de ceux ausquelz nostre volonté n'a null'inclination.

Je vous conseille de prendre quelquefois la peyne de visiter les hospitaux, consoler les malades, considérer leurs infirmités, attendrir vostre cœur sur icelles et prier pour eux en leur faysant quelqu'assistence. Mais en tout ceci prenes garde soigneusement que monsieur vostre mari, vos domestiques et messieurs vos parens ne soyent point offencés par des trop longs séjours aux églises, des trop grans retiremens et abandonnement du soin de vostre mesnage, ou, comm'il arrive quelquefois, vous rendant contrerolleuse des actions d'autruy ou trop desdaigneuse des conversations ou les règles de dévotion ne sont pas si exactement observées ; car en tout cela il faut que la charité domine et nous esclaire, pour nous faire condescendre aux volontés du prochain en ce qui ne sera point contraire aux commandemens de Dieu.

Vous ne devés pas seulement estre dévote et aymer la dévotion, mais vous la deves rendre aymable a un chacun. Or, vous la rendres aymable si vous la rendes utile et aggreable. Les malades aymeront vostre dévotion silz en sont charitablement consolés ; vostre famille, si elle vous reconnoist plus soigneuse de son bien, plus douce aux occurrences des affaires, plus amiable a reprendre, et ainsy du reste ; monsieur vostre mari, sil void que a mesure que vostre dévotion croist vous estes plus cordiale en son endroit et plus soùefve en l'affection que vous luy portés ; messieurs vos parens et amis, silz reconnoissent en vous plus de franchise, de support, de condescendence a leurs volontés qui ne seront pas contraires a celle de Dieu. Bref, il faut, tant qu'il est possible, rendre nostre dévotion attrayante.

J'a}^ fait un petit advertissement sur le sujet de la * Vide suPra,p. 266, perfection de la vie chrestienne *, dont je vous envoyé une copie que je désire estre communiquée a Madame du Puis d'Orbe. Prenes-la en bonne part, comm'aussi cette lettre, qui sort d'un'ame qui est entièrement affectionnée a vostre bien spirituel, et qui ne désire rien plus que de voir l'œuvre de Dieu parfait en vostr'esprit.

not. (1).

Année 1604 271

Je vous supplie de me donner quelque part en vos prières et Communions, comm'aussi je vous asseure que je vous feray toute ma vie part aux miennes et sera3r sans fin,

Madame, Vostre serviteur plus affectionné en Jésus Christ,

Françs, E. de Genève.

3 mai 1604.

A Madame Madame la Prœsidente Brulart.

A Dijon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Maison-Mère des Religieux des SS. Cœurs, dits de Picpus, à Paris.

A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE ( l )

Moyens à employer pour la réforme de son monastère : bons exemples, douceur, fidélité aux exercices spirituels.

Annecy, 3 mai 1604.

Madame,

J1ay envoyé a madame la présidente Brulart, vostre seur un escrit que je désire vous estre communiqué*; * Vide contra. non pas que celuy que je vous ay donné * ne suffise pour *Videsupra,p.266, vous et pour ce tems, mais affin que vous ayés tous-jours plus d'esclaircissement en vostre esprit, a l'advancement duquel je me sens tant obligé que je ne suis de rien plus désireux en ce monde, non seulement pour cette grande confiance que Dieu vous a donnée en mon endroit, mays

( 1 ) L'abbaye royale du Puits-d'Orbe était située dans le bailliage d'Auxois, sur les confins de la Bourgogne et de la Champagne. Il est difficile d'indiquer la date de fondation de ce couvent, dont l'église fut consacrée en 1129.

L'Abbesse qui le gouvernait en 1604 était Rose Bourgeois de Crépy, sœur cadette de la présidente Brulart. Probablement, selon l'abus régnant à cette époque, le titre de cadette, de par la volonté de son père, lui avait tenu lieu de vocation à la vie religieuse. Néanmoins, touchée par les exhortations de saint François de Sales, elle résolut de réformer non seulement sa vie privée

272 Lettres de saint François de Sales

aussi pour celle qu'il me donne que vous servires beaucoup a sa gloire. N'en doutés point, Madame, et ayés bon courage.

Je suis infiniment consolé du playsir que vous prenes a lire les Œuvres et la Vie de la Mère Thérèse, car vous verres le grand courage qu'elle eut a reformer son Ordre, et cela vous animera sans doute a reformer vostre Monastère, ce qui vous sera bien plus aysé qu'il ne fut pas a elle, puisque vous estes Supérieure perpétuelle. Mais tenes la méthode que je vous ay dite, de commencer par l'exemple ; et bien qu'il vous semblera prouffiter peu au commencement, ayés néanmoins de la patience, et vous verres ce que Dieu fera. Je vous recommande sur tout l'esprit de douceur, qui est celuy qui ravit les cœurs et gaigne les âmes. Tenes bon et ferme en ce commencement a bien faire tous vos exercices, et prépares vous Cf. Eccius., 11, 1. aux tentations et contradictions * ; car le malin esprit vous en suscitera infiniment pour empescher le bien qu'il prévoit devoir sortir de vostre resolution ; mais Dieu sera vostre protecteur. Je l'en supplie de tout mon cœur et l'en supplieray tous les jours de ma vie.

Je vous prie de me recommander a sa miséricorde, et croire que je suis, autant que vous le sçauries désirer et que je puis,

Madame, Vostre serviteur très affectionné en Jésus Christ,

Françs, E. de Genève.

A Neci, le jour Sainte Croix, 3 mai 1604.

Mon compagnon ( l ) m'a dit en chemin que vous desiries

mais encore son abbaye, et à cet effet elle entretint une correspondance suivie avec le saint Evêque. Les oppositions qui se produisirent au-dedans et les influences défavorables du dehors firent échouer ce projet. Le transfert de la Communauté à Châtillon-sur-Seine (21 décembre 1619) ne ramena pas la régularité. Dans la suite, les irrésolutions de TAbbesse, son insubordination envers l'Evèque de Langres , dans le diocèse duquel était située l'abbaye, compliquèrent encore les difficultés. Plus heureuse que Rose Bourgeois, Jeanne de Chauvigny de Saint-Agoulin, qui lui succéda (Bulle du 25 mai 1657), parvint à rendre au monastère la prospérité et la ferveur.

(1) Quel est celui de ses compagnons de voyage que le Saint désigne ici ? Nous ne saurions le préciser. Le Registre des Délibérations de la Chambre de Ville de Dijon en mentionne deux. C'est d'abord « le sieur Brunet, homme

Année 1604 273

venir a Saint Claude et qu'a cette occasion j'auray le bien de vous voir. Je vous prie qu'en ce cas la je le sçache avant le tems, affin que je me puisse treuver en lieu et loysir propre a vostre consolation.

A Madame l'Abbesse du Puis d'Orbe.

En son Monastère.

d'Eglise, » auquel fut délivrée « la somme de cent cinquante livres pour fournir aux frais de voyage » du saint Evêque, « pour s'en retourner avec sa suite en sa maison, et pour ceux emploies a venir en cette ville. » C'est ensuite « le sieur de Saint Pol, durant cinq jours entiers... logé chez Me Régné avec son cheval... qu'il ramenoit pour la monture dudit sieur de Genefve pour son retour. »

A UN CALVINISTE (l)

(minute)

Sans certaines conditions les conférences sont infructueuses. — Les hérétiques doivent prouver leurs négations. — Prières pour les morts. — Canonicité des Livres des Machabées et de l'Apocalypse. — Promesse de ne pas refuser une conférence avec les Genevois s'ils la demandent.

[Annecy, mai 1604.]

Monsieur,

Mon dessein ne fut pas d'entrer en aucune conférence avec vous ; la prochaine nécessité de mon despart m'en ostoit entièrement l'occasion. Si les conférences ne se

( 1 ) La date de cette minute est conjecturée d'abord par l'écriture; en outre il est très vraisemblable qu'elle a suivi de près le Carême de 1604. Durant cette station, en effet, le Saint, d'après Charles-Auguste de Sales, « le plus souvent traictoit des matières controversées entre les Catholiques et huguenots... lesquels il peschoit tous les jours a Nostre Seigneur, au grand bien de son Eglise. » Lui-même écrit (voir lettre du 14 août 1604) : « Quelques hugue- « notz se sont convertis » alors. Un certain émoi dut à cette occasion se produire parmi les calvinistes de Dijon, et l'exemple du fameux ministre Cassegrain, qui proposa une dispute publique au Prédicateur, fut probablement suivi par quelqu'autre de ses coreligionnaires, car évidemment cette lettre n'est pas destinée à Cassegrain. A ce dernier le saint Evêque était prêt à accorder une conférence, tandis qu'il répond ici par un refus à une proposition semblable.

Lettres II 18

274 Lettres de saint François de Sales

font bien conditionnées et accompagnées de loysir et de commodités de les parachever, elles sont infructueuses. Je ne regarde qu'a la gloire de Dieu et (a) le salut du prochain ; ou cela ne peut estre procuré, je ne fay point de conférence.

Vous sçavés bien ce que je veux dire quand je parle du Livre des Maccabees II 3^ en a deux, et deux font un cors de livre. Je ne prendray pas la peyne de vous en dire d'avantage, car je ne piquotte point. Il est vray que nous disons et affermons, et que vous niés et rejettes. L'Eglise a tous-jours esté combattue par cette mesme façon ; mais vos négatives doivent estre preuvees par une mesme sorte de preuve qu'est celle que vous exigés de nous, car c'est a celuy qui nie de preuver, quand il nie contre la possession et que sa négative sert de fondement a son intention. Les jurisconsultes vous le tesmoi- *Videtom.praeced. prieront, puisque c'est d'eux (b) que la maxime est tirée* :

hujus Edit., Epist. ô , r ,, ,. .

lxi. vous n en refuseres pas 1 explication.

La prière pour les trespassés a esté faitte par toute

* Instit., 1. III, c. v, l'ancienne Eglise, Calvin mesme le reconnoist * ; les Pères § 10.

l'ont preuvee par l'authorité du Livre des Maccabees et

l'usage gênerai de leurs prédécesseurs. Voyés la fin et le commencement du livre de saint Augustin, qu'il a fait *DeCuraproMor- sur ce sujet *. Nous marchons sur leurs pas et suivons leurs traces. Ni les Livres des Maccabees, ni l'Apocalipse n'ont pas esté si tost reconneus que les autres ; l'un et l'autre néanmoins le fut esgalement au Concile de Car-

* Prosp.,Chronic thage, ou saint Augustin assista*. On a douté loysi-

blement de quelques Livres canoniques pour un tems, desquelz il n'est pas loysible de douter maintenant ; les passages que j'ay cités sont si exprès qu'ilz ne peuvent estre divertis a autre sens.

Je vous conjure, par les entrailles de Jésus Christ, de vouloir meshuy lire et l'Escriture et les anciens Pères avec un esprit deschargé de préoccupations : vous verres

(a) et — |~ne me veux nullement acquérir de la réputation. ..J

(b) [La moitié de l'Autographe ayant été coupée, le texte, à partir d'ici jusqu'à ligne 6 de la page suivante, est emprunté à l'édition de 1641.]

Année 1604 275

que les parties principales et essentielles de la face de l'Eglise ancienne sont entièrement conservées en celle qui est maintenant. On me dit que Dieu a mis en vous beaucoup de dons de nature ; n'en abusés pas pour forclorre ceux de la grâce, et considères attentivement les qualités de la part en laquelle vous desires conférer.

Il ne seroit pas possible de faire avec proffit des conférences par escrit entre nous, nous sommes trop esloignés de séjour ; et que pourrions nous escrire qui n'ait esté répété cent fois ? Si la commodité le permettoit , croyes que je ne la refuserois pas, non plus que je ne la refuseray pas aux sieurs ministres de Genève, mes voysins, quand il la désireront en bons termes.

Confères a vostre salut l'attentive méditation sur nos raysons et sur les anciens Pères, et j'y confereray mes pauvres et chetives prières, que je presenteray a la miséricorde de nostre Sauveur, auquel et pour l'amour duquel je vous offre mon service et suis

Vostre serviteur bien humble,

Franc., E. de Genève.

Revu en partie sur l'Autographe conservé à la Visitation de Soleure.

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL Ier

Pauvreté du prieuré de Bellevaux.

Le Prieur est digne des libéralités de Son Altesse.

Annecy, 29 mai 1604.

(0 Monseigneur,

J'ay receu commandement de Vostre Altesse de luy donner advis certain de Testât du prieuré et monastère de Bellevaux (2), par ce que sil est si misérable que l'on

(1) Cette lettre est écrite par secrétaire, sauf la clausule et la date qui sont de la main du Saint.

(2) Le prieuré clunisien de Bellevaux en Bauges, dans le diocèse de Genève, fondé en 1078 parNanthelme de Miolans, subsista jusqu'en 1788. D'après

luy a fait entendre, elle veut relascher les décimes au Prieur (0. J'obéis donques a la voulonté de Vostre Altesse, et sur une particulière connoissance que j'ay de la vérité, je la puis asseurer que ce monastère, qui fust jadis asses célèbre, est presque ruiné quant aux bastimens, et tellement appauvri quant au revenu qu'il ne sçauroit de long tems rendre cent ducatons annuels a son Prieur ; et pour la présente année, ayant receu un grand degast par la tempeste, il n'y a pas, a beaucoup près, dequoy supporter les charges. A quoy adjoustant l'indigence du nouveau Prieur (2) et le désir quil a de résider et bien faire son devoir, la conclusion ne peut estre sinon que Vostre Altesse fera une sainte aulmosne d'exercer sa libéralité en ce sujet.

Je fay très humblement la révérence a Vostre Altesse, priant Nostre Seigneur quil multiplie ses faveurs et sur elle et sur ses désirs, et demeurant, comme je dois,

Monseigneur, Très humble et tres-obeissant serviteur et orateur de Vostre Altesse,

Franc8, E. de Genève.

A Neci, le 29 may 1604.

A Son Altesse.

Revu sur l'original appartenant au comte Olivieri, à Turin.

l'historien Besson, « l'église fut sacrée en grande solennité et avec un concours prodigieux de peuple, qui s'y rendit de toute part, environ l'an 1090, par Boson, archevêque de Tarentaise, assisté de Boson, évêque d'Aoste, et de Conon, évêque de Maurienne. »

( 1 ) Les décimes étaient une des formes de l'impôt perçu par les ducs de Savoie sur les biens ecclésiastiques. Charles-Emmanuel Ier, pour lever cet impôt, avait obtenu en 1587 une autorisation du Saint-Siège qui fut pendant longues années renouvelée de trois en trois ans.

(2) Aimé ou Aimon Mermonio de Luyrieu avait été institué prieur commendataire de Bellevaux le 24 mai 1603. Le 30 janvier 1626, il permuta ce bénéfice contre le doyenné de Sallanches. (R. E.)

A LA BARONNE DE CHANTAL

Il rassure Mme de Chantai sur l'inquiétude qu'elle éprouve de l'avoir consulté à l'insu de son directeur. — L'unité de direction ne doit pas nuire à la liberté d'esprit. — Lettre reçue de l'Archevêque de Bourges.

Annecy, 14 juin 1604.

Madame,

Ce m'a esté une très grande consolation d'avoir eu la lettre que vous m'escrivites le 30 de may. Toutes ses parties sont aggreables : la souvenance que vous avés de moy en vos prières, car cela tesmoigne vostre charité ; la mémoire que vous avés des sermons que j'ay fait ce Caresme, car encor que de mon costé il ni aye eu autre chose qu'imperfection, si est ce que c'a tous-jours esté parole de Dieu, delaquelle le souvenir ne peut que vous estre fort utile ; le désir que vous aves de la perfection, car c'est un bon fondement pour l'obtenir. Tout cela donques me console, comm'aussi ce que vous m'escrivés que le Révérend Père que le Seigneur vous a baillé pour directeur ( l ) avoit treuvé fort bon que pendant mon séjour a Dijon vous m'aves communiqué vostr'ame, et que mesme il ne treuveroit pas mauvais que vous me donnassies quelquefois de vos lettres.

Madame, si vous vous en resouvenés, je vous dis bien cela mesme, quand vous me dites que vous craignes de

(1) On aimerait de connaître avec quelques détails cet homme bizarre, presque célèbre à cause de son étrangeté même. Ses contemporains, par charité sans doute, n'ont parlé de lui qu'en des termes fort vagues. De leurs témoignages on peut induire toutefois que sa prudence et son désintéressement n'étaient pas à la hauteur de son zèle.

Voici d'après la Mère de Chaugy (Mémoires sur la vie et les vertus de sainte Jeanne-Françoise Frêmyot de Chantai, Ire Partie, chap. xi) dans quelles circonstances la baronne de Chantai fit la rencontre de ce « Révérend Père » : « Etant allée à Notre-Dame de l'Etang... elle y trouva un bon Religieux et quelques âmes dévotes. Ces personnes, qui étaient des enfants spirituels de ce

278 Lettres de saint François de Sales

Tavoir offencé ayant receu les petitz advis que je vous donnay verbalement sur le sujet de vostre affliction intérieure qui vous troubloit en la sainte orayson. Car je vous dis qu'en cela vous ne sçauries avoir fait faute, puisque le mal vous pressoit et vostre médecin spirituel estoit absent; que cela n'estoit pas changer de directeur, ce que vous ne pouviés faire sans perte bien grande, mais que c'estoit seulement se soulager pour l'attendre ; que mes advis ne s'estendoyent que sur le mal présent, qui requeroit un remède présent, et partant ne pouvoyent nullement prejudicier a la conduitte générale de vostre premier directeur. Et quant au scrupule que vous aviés de m'avoir demandé mon advis pour l'addresse de toute vostre vie, je vous dis que vous n'aviés non plus contrevenu aux loix de la submission que les âmes dévotes doivent a leur père spirituel, par ce que mes conseilz ne seroyent rien plus qu'un escrit spirituel duquel la pratique seroit tous-jours mesurée par le discernement de vostre directeur ordinaire, selon que la présence de son œil et la plus grande lumière spirituelle, avec la plus entière connoissance qu'il a de vostre capacité, luy donnent le moyen de le mieux faire que je ne puis, estant ce que je suis ; joint que les advis que je pensois vous donner seroyent telz quilz ne pouvoyent estre que bien

bon Père, la pressèrent fort de communiquer de son âme avec lui, à quoi elle se soumit pour leur condescendre, et fut tout étonnée qu'il l'engageât à le prendre pour directeur... Croyant que c'était la volonté du souverain Maître, » elle « se laissa lier par ce berger, lequel, étant bien aise d'avoir cette sainte brebis entre ses mains, l'attacha à sa direction par quatre vœux : le premier, qu'elle lui obéirait; le second, qu'elle ne le changerait jamais ; le troisième, de lui garder la fidélité du secret en ce qu'il lui dirait ; le quatrième, de ne conférer de son intérieur qu'avec lui. »

Pendant plus de deux ans cette inexorable servitude pesa sur la Sainte, « inquiétée plutôt que dirigée par la voix de ce pasteur, » qui « la tenait en une anxiété perpétuelle. » Sur ces entrefaites, saint François de Sales vint prêcher le Carême à Dijon. Bien qu'elle sût, par une révélation surnaturelle, que le Ciel avait destiné le saint Prélat à sa conduite intérieure, elle ne lui ouvrit pas d'abord son âme. Dans ce même temps le farouche « berger » s'absenta. Pressée d'une tentation violente, la pieuse veuve se crut en droit de demander lumière et consolation à TEvêque de Genève, et, après de douloureuses perplexités, résolut même de le prendre définitivement pour guide. Mais bientôt, troublée par de nouvelles alarmes, elle se reprocha cette démarche comme une transgression des promesses qui la liaient à l'autorité du

Année 1604 279

accordans avec ceux du Père directeur. Mays quand vous m'eustes nommé le personnage , resouvenés vous , je vous supplie, que je vous dis avec pleyne confiance qu'il me connoissoit et m'avoit fait le bien de me promettre un jour son amitié, et que je m'asseurois quil ne treuveroit point mauvaise la communication que vous avies eue avec moy, tant je le tenois de mes amis. Vous voyes donq, Madame, que je jugeay fort bien de tout cela, et n'employay guère de tems ni de considération pour me résoudre a ce jugement. Je me res-jouis donques que vous ayes reconneu combien il est véritable que ceux qui sont bien accordans en l'intention du service de Dieu ne sont jamais guère esloignés d'affections et conceptions.

Je loue infiniment le respect religieux que vous portes a vostre directeur et vous exhorte de soigneusement y persévérer ; mais si faut il que je vous die encor ce mot. Ce respect vous doit sans doute contenir en la sainte conduite a laquelle vous vous estes si heureusement rangée, mais il ne vous doit pas gehenner, ni estoufFer la juste liberté que V Esprit de Dieu donne a ceux quil possède *. * n Cor., m, 17. Pour certain, ni recevoir les advis et enseignemens des autres, ni recourir a eux en l'absence du directeur, n'est nullement contraire a ce respect, pourveu que le directeur et son authorité soit tous-jours praeferé. Béni soit Dieu.

premier directeur. De là des craintes, de cruelles inquiétudes, d'angoissants scrupules, que le Saint s'efforcera de dissiper dans la plupart des lettres écrites durant la fin de l'année 1604.

A partir de cette époque le « bon Père » rentre dans l'ombre, et depuis, un mystère, impénétrable semble-t-il, enveloppe son nom. Les recherches les plus minutieuses faites par les éditeurs, et celles qu'ont entreprises pour eux quelques érudits Dijonnais, n'ont pu réussir à percer l'incognito derrière lequel il se dérobe. Etait-il à demeure sur la sainte colline? Serait-ce un Religieux, venu de Dijon au sanctuaire vénéré? Msr Bougaud a-t-il eu quelque raison sérieuse d'avancer, dans son Histoire de sainte Chantai, qu'il appartenait à l'Ordre des Minimes? Nous ne saurions le dire. Il est sûr toutefois que la chapelle de Notre-Dame-d'Etang dépendait de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Les moines en confiaient la desserte à un chapelain, alors Nicolas Briet (lettres de provision du 21 avril 1587), et à quelques ermites. Ne faudrait-il point chercher le mystérieux personnage dans ce groupe, ou plus vraisemblablement encore parmi les Religieux de l'abbaye? Plusieurs fois en effet un « Père de Saint Bénigne » est mentionné dans la correspondance de saint François de Sales, avec des réticences qui donnent jour à quelques conjectures.

280 Lettres de saint François de Sales

Je vous ay voulu resouvenir de tout ce que je vous ay dit en présence, et y adjouster ce que j'ay pensé en escrivant pour vous représenter pour un bon coup mon opinion sur ce scrupule ; et si, j'ose bien me promettre que si vous la proposes a vostre directeur la première fois que vous le verres, il se treuvera autant conforme avec moy en cet endroit comm'il Ta esté en l'autre. Mais je laisse cela a vostre discrétion, de luy proposer ou non ; bien vous supplieray-je de le saluer a mon nom et l'asseurer de mon service. Je l'ay longuement honnoré avant que de l'avoir veu ; l'ayant veu, mon affection s'en est accreùe, et m'estant apperceu du fruit quil a fait a Dijon (car vous n'estes pas seule), je luy ay donné et voué autant de cœur et de service quil en sçauroit désirer de moy. Je vous chéris en luy et luy en vous, et l'un et l'autre en Jésus Christ (0.

Monsieur l'Archevesque (2) m'a escrit une lettre si excessive en faveurs que ma misère en est accablée ; il le faut pardonner a sa courtoisie et naturelle bonté, mais je m'en plains a vous par ce que cela me met en danger de vanité. Vous ne m'escrives pas de la santé de monsieur vostre père, et toutefois j'en suis extrement désireux ; ni de monsieur vostre oncle (3) que je vous avois supplié de saluer de ma part.

Au demeurant, puisque le Père directeur vous permet de m'escrire quelquefois, faites le, je vous prie, de bon cœur, encor que cela vous donnera de la distraction, car ce sera charité. Je suis en un lieu et en une occupation qui me rend digne de quelque compassion, et ce m'est consolation de recevoir, parmi la presse de tant de fascheuses et difficiles affaires, des nouvelles de vos semblables ;

( i) Des paroles d'une telle courtoisie à l'égard d'un tel homme paraîtraient singulièrement exagérées sous la plume du Saint, si la lettre du 24 juin (voir ci-après, p. 282) n'expliquait les délicates raisons de prudence et de charité qui les ont dictées.

(2) André Frémyot, archevêque de Bourges, frère de la Sainte.

(3) Probablement Claude Frémyot, seigneur d'Is-sur-Tille, qui avait épousé Marthe de Berbisey. D'abord contrôleur en la Chancellerie près le Parlement de Dijon, il résigna cet office en 1577, et fut, la même année, nommé président en la Chambre des Comptes, charge qu'il exerça jusqu'en

Année 1604 281

ce m'est une rosée. Je vous tesmoigne par cette longueur combien mon esprit aggree la conversation du vostre. Dieu nous face la grâce de vivre et mourir en son amour et sil luy plait, pour son amour. Je l'en supplie, et vous salue bien humblement, (O donnant la sainte bénédiction a vos petitz enfans, si vous estes a Chantai ; car si vous estes a Dijon je ne le voudrois entreprendre en la présence de monsieur leur oncle, bien que leur petit agenouillement et vostre demande me fit faire une pareille faute a mon despart.

Dieu soit vostre cœur et vostre ame, Madame, et je suis Vostre plus humble et affectionné serviteur,

Franc8, E. de Genève.

14 juin 1604.

A Madame Madame la Baronne de Chantai.

Revu sur l'Autographe conservé dans la salle Capitulaire de Notre-Dame, à Paris.

( 1 ) La suite de cette phrase est inédite, ainsi que les lignes 21-24 de la Page précédente.

A M. CHARLES d'aLBIGNY

Opportunité de quelques modifications dans les lois relatives à l'immunité des églises.

Annecy, 20 juin 1604.

Monsieur,

Le désir que vous avés que les soldatz puissent estre tirés des lieux sacrés pour estre chastiés selon leurs démérites est fort juste et propre a la conservation du bien publiq. J'ay eu tant de distractions pour ne l'avoir pas voulu permettre (O, que j'ay bien occasion aussi de mon

( 1 ) Le Saint avait eu, entre autres, maints ennuis au sujet d'un soldat espagnol, Antoine Garcia, retiré de force de l'église de Faverges, où il s'était réfugié pour jouir'du bénéfice de l'immunité.

282 Lettres de saint François de Sales

costé de souhaitter que les loix de l'immunité des églises soyent modérées a cet effect. Ce n'est néanmoins pas a moy de le faire, qui suis sujet ; c'est pourquoy j'ay supplié Monsieur le Nonce de m'en faire venir un petit mot de déclaration qui me descharge de leur rigueur, laquelle, ce me semble, n'est pas sortable en ce tems, en ce lieu, en ces occasions.

Je vous supplie, Monsieur, d'avoir aggreable que j'attende puisque ma condition le requiert, en laquelle je prie Dieu tous les jours pour vous, et suis, Monsieur,

Vostre serviteur plus humble,

Françs, E. de Genève.

20 juin 1604.

Monsieur d'Albigni, Chevallier de l'Ordre de S. A. et son lieutenant gênerai deçà les nions.

Revu sur l'Autographe conservé à Florence, dans l'oratoire privé de M>r Donat Velluti-Zati, duc San Clémente, évêque de Pescia (Toscane).

A la baronne de chantal

Encore l'unité de direction et la liberté qu'elle comporte; comment l'entendait sainte Thérèse, et comment il faut la pratiquer à son imitation. — Protestation d'entier dévouement. — Combien sont indissolubles les liens formés par la charité. — Secret que doit garder le pénitent sur ce qui est dit en confession. — Chercher un remède à la tristesse et à l'ennui dans les plaies de Notre-Seigneur. — Mystérieuse formation du Christ dans rame chrétienne.

Annecy, 24 juin 1604.

(a) Madame,

L'autre lettre vous servira pour contenter le bon Père

Vide supra, pp. . . .

277-280. a qui vous desires la pouvoir monstrer *. J y ay tourre

(a) [Un fragment inédit d'une première leçon de cette lettre se conserve à la Visitation d'Annecy; il est ici reproduit in extenso :]

Madame, Je vous ay escrit l'autre lettre en sorte que je pense que vous la

Année 1604 283

beaucoup de choses pour empescher le soupçon qu'il eut peu prendre qu'elle fut escritte a dessein, et l'ay néanmoins escritte avec toute vérité et sincérité, ainsy que je doy tous-jours faire ; mais non pas avec tant de liberté comme cellecy, en laquelle je désire vous parler cœur a cœur.

Je suis bien d'accord avec ceux qui vous ont voulu donner du scrupule, quil est expédient de n'avoir qu'un père spirituel, l'authorité duquel doit estre en tout et par tout praeferee a la volonté propre, et mesme aux advis de tout autre particulière personne ; mais cela n'empesche nullement le commerce et communication d'un esprit avec un autre, ni d'employer les advis et conseilz que l'on reçoit d'ailleurs. Peu auparavant que je receusse vos lettres, un soir je prins en main un livre qui parle de la bonne Mère Thérèse *, pour délasser mon ame des * Vide supra, p.266. travaux de la journée, et je treuvay qu'ell'avoit fait vœu d'obéissance particulière au P. Gracian, de son Ordre (x), pour faire toute sa vie ce quil luy ordonneroit qui ne seroit contraire a Dieu ni a l'obéissance des supérieurs

pourras faire voir a qui vous désirés. J'y ay fourré beaucoup de choses pour empescher le soupçon qu'on eût peu prendre qu'elle fut escritte a dessein. Je l'ay faitte avec sincérité et vérité, comme je doy faire en toutes occasions, mais non pas avec tant de liberté comme celleci, en laquelle je vous parle, ce me semble, cœur a cœur.

La peyne que vostre esprit reçoit de la difficulté qu'on luy a proposée touchant l'unité du père spirituel me semble avoir fort peu de fondement; car toute la confiance que vous aves en moy selon Dieu n'est point contraire a l'unité du père spirituel, puisque, comme je vous dis, en toutes occurrences ou mon advis sera dissemblable au sien, le sien doit estre praeferé, si que en tout et par tout son authorité demeure solidement conservée sur vostre volonté. La plus grande obéissance des Religieux et Religieuses ne s'estend ni peut s'estendre plus loin que cela. Peu au paravant que je receusse vostre lettre, un soir je prins en main un livre qui parle de la bonne Mère Thérèse, pour délasser mon esprit qui estoit recreu des affaires quil avoit portées le long du jour, et je treuvay qu'ell'avoit vouée toute obéissance au P. Gracien, de son Ordre, pour toutes les occasions esquelles celle des supérieurs et supérieures ne la previendroit point. Vous vo'yés bien qu'en cela ell'avoit divers

(1) Jérôme Gratien de Aldorete, né à Valladolid en 1545, avait pris l'habi^des Carmes le 25 mars 1572. Il mourut à Bruxelles (1614), en grande réputation de vertu.

284 Lettres de saint François de Sales

ordinaires de l'Eglise et de son Ordre. Outre cela, elle ne laissoit pas d'avoir tous-jours quelque particulier et grand confident auquel elle se communiquoit, et duquel elle recevoit les advis et conseilz pour les prattiquer soigneusement, et s'en praevaloir en tout ce qui ne seroit contraire a l'obédience vouée ; dont elle se treuva fort bien, comm'elle mesme a tesmoigné en plusieurs endroitz * Vide loca apud de ses escritz *. C'est pour vous dire que l'unité de père

Riberam,ubip.266. . .

spirituel ne forclost point la confiance et communication avec un autre, pourveu que l'obéissance promise demeure ferme en son rang et soit praeferee.

Arrestés vous-la, je vous supplie, et ne vous mettes nullement en peyne en quel degré vous me devés tenir, car tout cela n'est que tentation et vaine subtilité. Que vous importe-il de sçavoir si vous me pouves tenir pour vostre père spirituel ou non, pourveu que vous sachies quell'est mon ame en vostre endroit et que je sache quell'est la vostre au mien ? Je sçai que vous aves une entière et parfaitte confiance en mon affection ; de cela je n'en doute nullement, et en reçoi de la consolation. Saches aussi, je vous supplie, et croyes-le bien, que j'ay une vive et extraordinaire volonté de servir vostre esprit de toute l'estendue de mes forces. Je ne vous sçaurois pas expliquer ni la qualité ni la grandeur de cett'affection que j'ay a vostre service spirituel; mais je vous diray bien que je pense qu'ell'est de Dieu et que pour cela je la nourriray chèrement, et que tous les jours je la voy croistre et s'augmenter notablement. Sil m'estoit bien

devoirs d'obéissance, et tous deux par differens veuz. Mais, outre cela, elle ne laissoit pas d'avoir des intimes et confidens amis spirituelz, avec lesquelz elle communiquoit de Testât de son ame, les oyoit et suivoit leurs advis en tout ce qui ne se treuvoit pas contraire a l'obéissance vouée.

Madame, vous n'aves point de devoir d'obéissance en mon endroit, car je ne l'ay jamais entendu comme cela; seulement vous ay-je promis et asseuré qu'en tout ce que mes foibles forces pourront porter, je serviray de toute mon ame au bien et a Tadvancement de vostre esprit, et n'espargneray ni soin ni travail pour ce service. L'ardant désir que vous aves eu de mon assistence en ce qui regarde vostre conduitte, et l'extrem'inclination que je ressenti (sic) de vous contenter ne me permirent pas d *

séant je vous en dirois davantage, et avec vérité, mais il faut que je m'arreste la. Maintenant, ma chère Dame, vous voyes asses clairement la mesure avec laquelle vous me pouves employer, et combien vous pouves avoir de confiance en moy. Faites valoir mon affection, usés de tout ce que Dieu m'a donné pour le service de vostre esprit : me voyla tout vostre, et ne penses plus sous quelle qualité ni en quel degré je le suis. Dieu m'a donné a vous ; tenes moy pour vostre en luy et m'appelles ce quil vous plaira, il n'en importe.

Encor faut il que je vous die, pour coupper chemin a toutes les répliques qui se pourroyent former en vostre cœur, que je n'ay jamais entendu quil y eut nulle liayson entre nous qui portast aucune obligation, sinon celle de la charité et vraj^e amitié chrestienne, delaquelle le lien est appelle par saint Paul le lien de perfection*, et *Coloss.,m, 14. vrayement il l'est aussi, car il est indissoluble et ne reçoit jamais aucun relaschement. Tous les autres liens sont temporelz, mesme celuy des vœuz d'obéissance, qui se rompt par la mort et beaucoup d'autres occurrences ; mais celuy de la charité croit avec le tems et prend nouvelles forces par la durée. Il est exempt du tranchant de la mort, de laquelle la faux fauche tout sinon la charité : La dilection est aussi forte que la mort et plus dure que V enfer, dit Salomon *. Voyla, ma bonne Seur (et * Cant.,uit, 6; cf. permettes moy que je vous appelle de ce nom, qui est celuy par lequel les Apostres et premiers Chrestiens exprimoyent l'intim'amour qu'ilz s'entreportoyent), voyla nostre lien, voyla nos chaysnes, lesquelles plus elles nous serreront et presseront, plus elles nous donneront de l'ayse et de la liberté. Leur force n'est que suavité, leur violence n'est que douceur ; rien de si pliable que cela, rien de si ferme que cela. Tenes moy donques pour bien estroittement lié avec vous, et ne vous souciés pas d'en sçavoir d'avantage, sinon que ce lien n'est contraire a aucun autre lien, soit de vœu soit de mariage. Demeurés donques entièrement en repos de ce costé-la. Obéisses a vostre premier conducteur finalement et librement, et serves vous de moy charitablement et franchement.

I Cor., xiii, 8.

Je respons a un autr'article de vostre lettre. Vous aves eu crainte de tumber en quelque duplicité quand vous aves dit que vous m'avies communiqué vostre esprit et que vous m'avies demandé quelques advis. Je suis consolé que vous aves en horreur la finesse et duplicité, car il ni a guère de vice qui soit plus contraire a l'embonpoint et grâce de l'esprit. Mais si est ce que ce n'eut pas esté duplicité, puisque si en cela vous avies fait quelque faute a cause du scrupule que vous avies en me communicant vostre cœur et me demandant des instructions, vous l'avies suffisamment effacée par après pour n'estre plus obligée de le dire a personne. Néanmoins je loue vostre candeur et me res-jouïs que vous l'ayés dit, comm'aussi tout le reste, bien que vous devés estre ferme en la resolution que je vous donnay, que ce qui se dit au secret de la Pcenitence est tellement sacré quil ne se doit pas dire hors d'icelle. Et quicomque vous demande si vous aves dit ce que vous aves dit avec le seau (sic) tressaint de la Confession, vous luy pouves hardiment et sans péril de duplicité dire que nanni : il ni a nulle difficulté en cela. Mais bien, béni soit Dieu ; j'aime mieux que vous excedies en naïfveté que si vous en manquiés. Toutefois, un autre coup, demeurés ferme, et tenes pour non dit et totalement tëu ce qui est couvert du voyle sacramental. Et ce pendant ne vous mettes nullement en scrupule, car vous n'aves point offencé le disant, bien qu'a l'adventure vous eussies mieux fait le celant, a cause de la révérence du Sacrement, qui doit estre si grande qu'hors iceluy il ne soit rien mentionné de ce qui s'y dit. Je me resouviens bien ou vous me parlastes sur ce sujet la première fois.

Vous me dites que peut estre auray-je le bien de vous voir environ la septembre. Ce me sera un'extreme consolation, comm'aussi de voir madame Brulart et madamoyselle de Vilars i1). Le sachant, je m'essayeray de vous donner autant de loysir quil me sera possible, et prieray Dieu

(i) « Madamoyselle de Vilars » est Tune des correspondantes du Saint : sa note biographique, avec les lettres qui lui ont été adressées, paraîtra dans le volume suivant.

particulièrement affin que je vous puisse estre autant utile a toutes comme je suis affectionné. J'ay reprins la plume plus de douze fois pour vous escrire ces deux feuilles, et sembloit que l'ennemi me procuroit des distractions et affaires pour m'empescher de ce faire. Interprétés a bien cette longueur, car j'en ay usé pour eschapper, sil m'est possible, les répliques et scrupules qui naissent asses volontiers es espritz de vostre sexe. Gardes vous en, je vous supplie, et ayes bon courage.

Quand il vous surviendra quelqu'ennuy, ou intérieur ou extérieur, prenes entre vos bras vos deux resolutions et colomnes de l'édifice, et, comme une mère sauve ses enfans d'un danger, portés-les es playes de Nostre Seigneur et le pries quil les vous garde et vous avec elles, et attendes la dedans ces sainte cavernes * jusques a ce que * Cant., n, 14; cf.

tt -i i- • III Reg., xix, q.

la tempeste soit passée. Vous aures des contradictions et

amertumes; les tranchées et convulsions de l'enfantement

spirituel ne sont pas moindres que celles du corporel :

vous aves essayé les unes (b) et les autres. Je me suis

souventesfois animé parmi mes petites difficultés par les

paroles de nostre doux Sauveur qui dit * : La femme, *Joan., xvi, ai.

quand elle enfante, a une grande détresse; mais après

V enfantement elle oublie le mal passé parce qu'un

enfant luy est ne. Je pense qu'elles vous consoleront

aussi, si vous les considères et répètes souvent. Nos âmes

doivent enfanter non pas hors d'elles mesmes mais en

elles mesmes, un enfant masle, le plus doux, gracieux et

beau qui se peut désirera C'est le bon Jésus qu'il nous

faut enfanter et produire en nous mesmes* ; vous en estes * Cf. Gaiat.,iv, 19.

grosse, ma chère Seur, et béni soit Dieu qui en est le

Père. Je parle comme cela, car je sçay vos bons désirs ;

mais courage, car il faut bien souffrir pour l'enfanter.

L'Enfant aussi mérite bien qu'on endure pour l'avoir et

pour estre sa mère.

C'est trop vous entretenir ; je m'arreste, priant ce céleste

(b) [L'Autographe de la fin de cette lettre n'ayant pu être retrouvé, ce qui suit est emprunté au texte de l'édition de 1626.]

288 Lettres de saint François de Sales

Enfant qu'il vous rende digne de ses grâces et faveurs, et nous face mourir pour luy, ou au moins en luy. Madame, pries-le pour moy, qui suis fort misérable et accablé de moy mesme et des autres, qui est une charge intolérable si Celuy qui m'a des-ja porté avec tous mes I Pétri, h, 24. péchés sur la Croix * ne me porte encores au Ciel. Au demeurant, je ne dis jamais la sainte Messe sans vous et ce qui vous touche de plus près ; je ne communie point sans vous, je suis en fin autant vostre que vous sçauries souhaitter. Gardes vous des empressemens, des melancholies, des scrupules. Vous ne voudries pour rien du monde offencer Dieu, c'est bien asses pour vivre joyeuse. Ma bonne mère est vostre servante, et tous ses enfans vos serviteurs ; elle vous remercie très humblement de vostre bienveùillance. Mon frère (0 se sent infiniment obligé a la souvenance que vous aves de luy et la contrechange par la continuelle mémoire qu'il a de vous a l'autel ; il est absent, maintenant que j'escris. Je désire sçavoir le nom et l'aage de vos enfans, parce que je les tiens pour miens selon Dieu.

Je n'ose pas presser les dames que vous me nommes du voyage parce qu'il ne me seroit pas séant ; je le désire néanmoins, et me console en l'espérance que j'en ay.

Madame, Vostre serviteur plus humble et entièrement dédié en Nostre Seigneur,

Franc5, E. de Genève. Amen.

Le jour saint Jan, 1604.

Revu en grande partie sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

( 1 ) Le chanoine Jean-François de Sales, qui avait accompagné le Saint à Dijon.

Annéh 1604 2%

A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII

Recommandation en faveur d'André de Sauzéa proposé pour l'évêché de Belley.

Annecy, 15 juillet 1604.

Beatissimo Padre,

(a) È vacante un pezzo fa la diocaesi Bellicense (0, contigua a questa di Geneva, et al Re Christianissimo moite persone sonno state proposte acciô si degnasse favorirle appresso la Santa Sede in questa occasione ; fra le quali ciè un sacerdote francese, Andréa de Sauzea, (b) huomo di moite qualità, bùon theologo et predicatore zelante (c), et di costumi lodevoli (2). Et perché quella Chiesa vacante,

Très Saint Père, Le diocèse de Belley, limitrophe de celui de Genève, est sans titulaire depuis quelque temps l1). Plusieurs candidats ont été proposés au roi très chrétien afin d'être par lui recommandés au Saint-Siège. On distingue entre autres, un prêtre français, André de Sauzéa : c'est un homme plein de qualités, bon théologien, prédicateur zélé et de mœurs irréprochables (2). Or, quoique cette Eglise vacante soit très

(a) [Les variantes qui suivent sont extraites d'une minute autographe conservée à la Visitation d'Annecy.]

TVile et indegno sojetto com'io sono, ardisco di scrivere a V. B°"...J

(b) sonno state proposte — Tper nominare alla Sla Sede Apostolica...J accioche si degnasse volerli favorire appresso V. Sta délia sua nominatione ; Tet sin adesso, per quanto intendo, non havera nominato nessuno...J fra li quali cie uno chiamato Andréa di Sauzea, del regtio di Francia,

(c) celante — délia santa fede catholica

(1) L'Evêque de Belley, Jean Godefroi de Ginod, était décédé le 12 avril de cette année 1604.

(2) André de Sauzéa étant l'un des correspondants de notre Saint, sa note biographique sera jointe à la première lettre qui lui est adressée.

Lettres II 19

290 Lettres de saint François de Sales

se bene è molto povera, è nientedimeno di importanza (d per essere vicina air heresia et su le frontière, et che al bene (e) di questa di Geneva conduce molto la salute (f) di quella : per questo, Padre Beatissimo, (ë) sapendo io che Vostra Beatitudine, la quale ha una sollecitudine essattissima in provedere le chiese cathedrali , vuole usare di spéciale (h) providentia Apostolica alla provisione di detta Chiesa Bellicense, ardisco, vile et indegna creatura ch'io sono, di supplicarla che sia servita di voler assai gratificare quel theologo sopranominato, ad honor del Signor Iddio et beneficio délie anime. Ne questo desidero per interesse mio particolare, poichè non ho conosciuto quel personaggio se non doppo che da

pauvre, elle est néanmoins importante, car elle se trouve dans le voisinage des hérétiques et sur les frontières ; le bien de ce diocèse peut contribuer beaucoup à celui du diocèse de Genève. C'est pourquoi, Très Saint Père, sachant que Votre Béatitude pourvoit avec une très diligente sollicitude les églises cathédrales et qu'Elle veut user d'une bienveillance apostolique toute spéciale à l'égard de l'Eglise de Belley, j'ose, quelque chétif et indigne que je sois, la supplier de favoriser le théologien susnommé, pour l'honneur du Seigneur notre Dieu et le bien des âmes. Ce n'est pas un intérêt personnel qui me sollicite,

(d) è — tuttavia molto importante

(e) et che — alla TsanitaJ consolatione

(f) la — sanita et conservatione

(g) [Pour la suite de cet alinéa l'Autographe présente deux leçons; la première est reproduite in extenso et les variantes de la seconde sont signalées :]

ardisco, vile et indegna creatura corn' io sono, di supplicar a V. B"*, che havendo Ella una sollecitudine essattissima in provedere tutte le chiese cathedrali, et volendo anco particolarmente applicar essa sua cura fpaternaj Apostolica nella provisione di questa diœcœsi, si corne vengo avvertito; et dove fosse il suo beneplacito di voler favorire detto Andréa de Sauzea, sô cerlo che appresso sua divina Maesta ne haverebbe molta gratia, et appresso la diocaesi vacante singolar merito. TU che, Padre Bmo, io dico non certo che io vi..J Et in questo, Padre Bm0, non son mosso da interesse mio particolare, poiche quel theologo non é |~né mio parente, né manco di...J né anco di questa mia patria, essendo Tegli francese...J anzi del regno di Francia ; ma io lo desidero perche sarebbe una promotione utile alla salute di moite anime, et a questa diocaesi vicina di molta consolatione. Sia adunque servita la Sla V. di volere

(h) che Vostra Beatitudine — ha una sollecitudine essattissima in provedere tutte le chiese cathedrali et che vuole particolarmente applicar la sua

Année 1604 29l

un anno in qua'1) egli ha fatto alquante praediche.in questa diocaesi di Geneva, con molto gusto et frutto degli uditori (J).

Riceva Vostra Beatitudine questa mia supplica con quella sua suavissima clementia che a me diede confidenza di scriverle sopra questo negotio. Et basciando i sacri piedi Apostolici, chiedo la sua santissima benedittione.(k)

Di Vostra Beatitudine,

Umilissimo et indegno servo,

Franc0, Vescovo di Geneva.

In Annessi, alli 15 di Luglio 1604.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

puisque je ne connais ce personnage que depuis un an ; il a fait plusieurs prédications dans ce diocèse de Genève, au grand avantage et à la satisfaction des auditeurs.

Que Votre Béatitude reçoive ma requête avec cette très suave clémence qui m'a donné confiance de lui écrire sur cette affaire. C'est en baisant vos pieds sacrés et apostoliques que je demande votre sainte bénédiction.

De Votre Béatitude,

Le très humble et indigne serviteur,

François, Evèque de Genève.

A Annecy, le 15 juillet 1604.

( i ) che (p. 290, lig. 9) — si degni favorire assai quel theologo sopranominato, a beneficio dell' anime et servitio d' Iddio nostro Sigre. Ne a questo desiderio son mosso da interesse mio particolare, fnon havendo né anco conosciuto quel sojettoj senon doppo che da un anno in qua... essendo detto Sauzea del regno di Francia... poiche non [lo] ho né anco conosciuto senon doppo che da Parigi essendo venuto,

( j ) di Geneva, — |~dove egli era venuto, essendo egli di paese molto discosto da questo, pur del regno di Francia. J

(k) quella sua — clementia suavissima ["colla quale Ella dâ fiducia...J dalla cognitione délia quale procède questa confidenza mia di scrivergli in questo negotio. Et basciando li piedi Apostolici di V. P. Sma, chiedo la sua santa benedittione, restando... [La minute ne porte ni clausule ni date,]

A M. CHARLES d'aLBIGNY

Règlement d'une affaire d'intérêt concernant la Sainte-Maison.

Sales, 1 1 août 1604.

Monsieur,

Le seigneur chevalier Lobet (*) m'a treuvé chez ma mère, ou je n'ay sceu luy donner autre satisfaction que de vous supplier bien humblement, comme je fay, qu'il vous playse, Monsieur, de faire examiner ses prétentions autant comme il se peut sommairement, en la présence des seigneurs officiers de Son Altesse qui ont charge de la conservation des biens de la Sainte Mayson ; et je donne des a présent mon consentement a tout ce qui sera advisé et treuvé raysonnable pour terminer cette affaire. Je diray bien néanmoins que je pense plus a propos que la Mayson retienne le tiltre en donnant une pension sortable a la valeur du prieuré, comme seroit de la moytié ou autrement, ainsy qu'il sera jugé; et cela fait, a cette prochaine feste de Nostre Dame de septembre, tout le Conseil de la Mayson se treuvant a Thonon il pourra ratifier le traitté.

Je ne voy point d'autre moyen de servir en cette affaire le seigneur Lobet, eu esgard a la haste qu'il a de s'en retourner en Piémont, et puisque les affaires de cette Sainte Mayson ne sont pas au pouvoir de moy seul, qui, en cette occasion et en tout'autre, feray tous-jours joindre

(1) Jean-François, fils d'Antoine Lobet ou Loubet, lequel était médecin du duc de Savoie. Ce prince avait en juillet 1601 sollicité du Saint-Siège pour le chevalier Loubet la comraende du prieuré de Saint-André de Bellentre en Tarentaise (Archives Vaticanes, Borghese, série III, 64, a, et 95, d) ; mais un peu plus tard ce bénéfice avait été uni à la Sainte-Maison de Thonon (Bulle Exioit incumbentis, 12 avril 1604). De là les réclamations de l'intéressé.

Année 1604 293

ma volonté a vos désirs, comme doit celuy qui, priant Dieu pour vostre prospérité, sera toute sa vie. A Sales, le 11 aoust 1604.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Biblioteca Civica.

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