AU PÈRE JUVÉNAL ANCINA DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE ( I
Bienveillant accueil reçu de l'Evêque de Lorette et de l'Archevêque de Bologne sur la recommandation du P. Ancina; estime que professe pour ce dernier le duc de Savoie. — Oppositions faites par les Chevaliers des Saints Maurice et Lazare à l'exécution du Bref pontifical concernant les biens ecclésiastiques du Chablais. — Voyage projeté de Charles-Emmanuel en France. — Divers messages.
Turin, 17 mai 1599,
Molto Reverendo Padre et Signore mio osservandissimo,
Se ben non ho ancora finito il viaggio del mio ritorno per esser stato miseramente inchiodato in questa corte un mese intero, devo tuttavia dar raguaglio a V. P. molto Rda delli molti favori ricevuti da me per mezzo et
Mon très Révérend Père et très honoré Seigneur, Bien que je ne sois pas encore au terme de mon voyage de retour, ayant été misérablement cloué en cette cour un mois entier, je dois cependant donner à Votre très Révérende Paternité le détail de toutes
( 1 ) Jean-Juvénal Ancina, qui appartenait à une famille d'origine espagnole, était né à Fossano, en Piémont, le 19 octobre 1544. Il commença à Montpellier des études de philosophie et de médecine qu'il poursuivit à Mondovi et à Padoue, où l'activité de son esprit embrassa presque toutes les branches des connaissances humaines. A Turin il prit les grades de docteur en philosophie et en médecine ; il y professait cette dernière science lorsque le comte Madrucci, nommé ambassadeur à Rome, voulut se l'attacher en qualité de médecin. Ancina se lia avec les premiers membres de l'Oratoire, notamment avec Baronius, et ne tarda pas à entrer dans leur Congrégation (ier octobre 1578), après avoir étudié la théologie sous Bellarmin. Il l'enseigna lui-même d'abord à l'Oratoire de Rome, puis à celui de Naples, où il exerça pendant dix ans son zèle apostolique (1 586-1 596). Un ordre exprès du Pape l'ayant obligé d'accepter l'évêché de Saluces qu'il avait d'abord refusé, il fut sacré le Ier septembre 1602, et s'occupait activement à la réforme de son diocèse quand il mourut
8 Lettres de saint François de Sales
merito suo. In Loreto ho goduto 1' amarevolezza (sic) et le accoglienze di Monsignore Rmo Vescovo (0 et del signor Primicerio (2), che V. P. mi praedisse, in mensura conferta et co agitât a *, et ci fecero celebrare nella Santa Casa, toccar l' Imagine santa et veder tutte le cose praetiose. Monsignor Vescovo non hebbe commodità di favorirme délie sue Opre per non haverne altro essemplare ch' il suo familiare ; ma ne hebbe desiderio, et mi diede in carico che occorrendomi l' occasione di qualche latore, lo facessi ricordare di mandarmene. In Bologna parimente mi abbracciô con molta carità Monsignor
les faveurs que j'ai reçues en sa considération. A Lorette j'ai joui de la part de M-r le Révérendissime Evêque (0 et de M. le Primicier (* ), mais dans une mesure entassée et débordante, de la bienveillance et du bon accueil que vous m'aviez prédits. Ils nous firent célébrer dans la Sainte Maison, toucher la sainte image et voir tous les objets précieux. M=r l'Evêque, quoiqu'il eût le désir de me gratifier de ses Œuvres, ne put le faire, n'ayant d'autre exemplaire que celui dont il se sert habituellement ; mais il me chargea, l'occasion de quelque porteur se présentant, de le faire ressouvenir de me les envoyer. A
empoisonné le 31 août 1604. Ses éminentes vertus et les miracles qu'il opéra pendant sa vie et après sa mort lui méritèrent les honneurs de la béatification (30 mai 1889).
Le bienheureux Ancina a laissé de nombreux opuscules et des poésies. Il avait publié dans sa jeunesse : YAcademia Subalpina (Mondovi 1565) et la Naumachia Principum Christianorum, ad Hieronymum Priolum Veneiiarum Ducem (Padoue 1566).
On verra dans la suite de la correspondance de saint François de Sales quelle estime et quelle affection il avait vouées à l'Evêque de Saluces.
(1) Rutilius Benzoni, de noblesse romaine, remarquable par sa sainteté et son érudition, était évêque de Lorette depuis Tannée 1586. Le siège épiscopal de Recanati qui avait été supprimé cette même année, fut en 1591 reconstitué pour lui et uni à celui de Lorette. Ce Prélat fit rebâtir le palais épiscopal et publia plusieurs dissertations : De Ecclesiastica immunitate, De anno Juhilcei, De Beata Virgine. (Cf. tome V de cette Edition, p. 447.) Il mourut le 31 janvier 1613.
(a) Le primicier était, d'après la Bulle d'érection du Chapitre de Lorette (16 mars 1 586), le troisième dignitaire de ce Chapitre. A don Ginebro Gentilucci, le premier qui en fut investi, avait succédé (Bulle du 31 octobre 1586) don Antoine-François Costantini, d'une noble famille de Recanati, qui était en même temps vicaire général de l'Evêque. Il possédait encore la dignité de primicier H 34- février r6o8. (Archives dir Chapitre de Lorette.)
Année 1599 9
T Illmo Arcivescovo (O, non senza moltissimi favori, se ben non hebbi modo di salutarlo senon in ipso profectionis artlculo, perché la sera et mattina prsecedente si ritruovô travagliato dal catarro in modo che non se glie poteva domandar audientia senza grande indiscretione. Basta che per amor suo son stato conosciuto et accarezzato di quelli duoi segnalati Praelati, la memoriadelli quali non puô se non promovere in me li desiderii del ben vivere. Qui in Turino salutai Monsignor Arcivescovo (2) etiandio a nome di V. P. molto Rda, laquale egli protesté di riverire molto. Feci poi la débita riverenza a Sua Altezza, dandoglie brève rilatione délia mia negociatione romana délia quale restô sodisfatto, dall'essame in poi, il quale prima fronte glie parve fuori del dovere (3) ; ma sentite le mie ragioni, restô appagato. Et fra molti quaesiti venne in proposito di V. P. con quelle honorevoli
Bologne aussi M°r l'Illustrissime Archevêque (0 m'embrassa avec beaucoup de charité et me combla de faveurs, quoique je n'aie pu le saluer qu'au moment du départ ; car le matin et le soir précédent il se trouva incommodé du catharre de telle sorte qu'on ne pouvait lui demander audience sans une grande indiscrétion. Il suffit de dire que, grâce à vous, j'ai été connu et affectueusement traité par ces deux insignes Prélats, dont le souvenir ne peutqu'exciteren moi ledésir de bien vivre. Ici à Turin je n'ai pas manqué de saluer M=r l'Archevêque (2) au nom de Votre très Révérende Paternité, pour qui il m'a protesté avoir une grande estime. J'ai aussi présenté mes hommages à Son Altesse, lui faisant un rapport succinct de ma négociation à Rome. Elle en fut contente, sauf de l'examen qui, de prime abord, lui parut hors de propos (3) ; mais après avoir entendu mes raisons, elle en demeura satisfaite. Entre autres discours, Son Altesse vint à me parler de Votre Paternité en des termes aussi honorables qu'on peut l'attendre d'un
(1) Alphonse Paleotti, noble bolonais, avait été d'abord archidiacre de Bologne, archevêque de Corfou (13 février 1 591) et coadjuteur avec future succession de son cousin, l'illustre Cardinal Gabriel Paleotti, premier archevêque de Bologne, auquel il succéda le 27 juillet 1597. Il posa en 1605 la première pierre de sa cathédrale, et mourut en 1610 à l'âge de 79 ans.
(2) Charles Broglia.
(3) C'est-à-dire opposé au privilège qui dispensait les Evêques de Savoie de tout examen avant leur promotions
io Lettres de saint François de Sales
parole che da tal Prencipe si devono aspettare, non perô senza un amoroso rissentimento del ricusato vescovato,
* Virgil., ^Eneis, « Et spretee injuria formez... manet* ; »