A M. PIERRE-LÉONARD DE RONCAS BARON DE CHATEL-ARGENT
Même sujet.
Annecy, 31 octobre 1604.
Monsieur,
Je viens de recevoir une lettre de Son Altesse par laquelle elle me commande que je ne poursuive plus le procès qui est entre monsieur de Montjou d'une part, et le curé des Alinges et moy de l'autre. Je proteste, Monsieur, que ledit sieur Praevost tient tort de l'audience du Prince ; car je ne l'ay jamais tiré en instance et ne pensois guère en luy quand, tout aussi tost que je fus en cette charge, il me fit citer et le pauvre curé, auquel il a fait faire de la despense fort hors de propos, et a moy aussi. J'ay de l'advantage par tout, car ledit sieur de Montjou a esté condamné devant les officiers de Son Altesse, et je suis défendeur et en possession, et respons non de mes actions mais de celles de feu Monsieur de Genève mon prédécesseur, et en faveur d'un curé qui, des le fin commencement, a servi fort utilement a la gloire de Dieu en cette parroisse la. Je m'asseure que sur ces fondemens Son Altesse aura aggreables mes procédures, et n'approuvera pas celles de mon adversaire, lequel ayant de gayeté de cœur, ce semble, choysi le parti de l'assaillant et l'exerceant de tout son pouvoir, ne doit pas ni ne peut, sans avoir tort de moy, me faire prohiber celuy du défendant.
( 1 ) Pierre-Léonard de Roncas, baron de Châtel-Argent, premier secrétaire d'Etat (avril 1603), remplit vingt-deux ambassades à Rome, en Allemagne, en Espagne et en France. Mais tous les éminents services rendus à son prince ne l'empêchèrent pas de partager la disgrâce du marquis de Simiane (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 178). Plus heureux toutefois que ce dernier, le baron de Châtel-Argent, après avoir subi une longue réclusion à Ivrée, recouvra non seulement la liberté, mais encore la faveur de ses souverains, dont il jouit jusqu'à sa mort (1639).
Année 1604 379
Monsieur, j'ay veu que la lettre qu'il a pieu a Son Altesse m'envoyer estoit sortie de vostre main, qui m'a fait croire que je devoys vous supplier de prendre en protection mon droit pour ce sujet, comme je vous supplie bien humblement, me resouvenant que vous m'aves fait l'honneur de m'aimer il y a long tems, et me promettant la mesme faveur encor maintenant que je suis,
Monsieur,
Vostre serviteur plus humble, Françs, E. de Genève.
xxxi octobre 1604, a Neci.
A Monsieur Monsieur de Chastelargent,
Conseiller et Secrétaire d'Estat de S. A.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de la Grande Maîtrise des Saints Maurice et Lazare.