‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 56 sur 102 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

AU MÊME

Procès intenté par le Prévôt du Grand Saint-Bernard au sujet de la cure des Allinges. — Le Saint implore la protection de Son Altesse.

Annecy, 31 octobre 1604.

Monseigneur,

La cure des Alinges, qui ne fut onques a la disposition du Prsevost de Montjou, a esté légitimement conférée a un fort honneste prestre (0 lequel, des le commencement du restablissement de la sainte religion en ces quartiers la, y a très utilement travaillé. Je ne fus pas plus tost en cette charge que le sieur Praevost de Montjou m'a fait appeller pardevant Monsieur l'Archevesque de Tharantayse(2), et avec moy ledit curé, pour voir rompre toutes les provisions faittes de laditte cure par feu Monsieur l'Evesque mon praedecesseur, de dévote mémoire. J'ay respondu, Monseigneur, et suis tous-jours prest a respondre. Et néanmoins, le sieur Praevost de Montjou m'envoye une lettre de Vostre Altesse qui me deffend de l'attaquer en procès. Monseigneur, il a tort, et c'est a moy de supplier très humblement Vostre Altesse de luy commander de ne point troubler l'establissement des curés de Chablaix, qui a tant cousté et de peynes et de soin au zèle de Vostre

(1) Ce « fort honneste prestre » était Pierre Mogenier ou Mojonier, natif de Sixt, institué (7 juin 1601) par Msr de Granier curé de la paroisse des Allinges, qu'il desservait par dévouement depuis cinq ans. De son côté, le Prévôt du Grand Saint-Bernard faisait valoir des droits sur cette cure, de laquelle il s'était complètement désintéressé pendant que les revenus avaient été saisis par les protestants ou attribués aux Chevaliers des Saints Maurice et Lazare. Aussitôt la réorganisation du culte catholique, il avait nommé curé des Allinges Nicolas Perret, l'un de ses Religieux (21 octobre 1597). L'Evêque de Genève ne tint nul compte de cette nomination. De là, un procès qui se prolongea durant la plus grande partie de l'épiscopat de saint François de Sales, et se termina par une transaction le 21 mai 1618.

(2) Mgr Jean-François Berliet (voir ci-dessus, note (r), p. 33).

Année 1604 377

Altesse. Il a des-ja esté condamné devant les officiers de Vostre Altesse ; il a néanmoins recouru a Sa Sainteté, laquelle a député Monsieur de Tharantayse, devant lequel il me fait appeller, et ou, j'espère, son tort sera reconnu sil ne cesse de nous travailler.

Vostre Altesse a la Mayson de Saint Bernard en sa protection, mais elle n'a pas moins sous sa grâce et singulière faveur cette misérable evesché de Genève, pour conserver, avec ses commandemens, les droitz de l'un'et de l'autre ; qui est tout ce que je puis souhaitter en cette occasion particulière, en laquelle j'ay trois grans advantages. C'est quil s'agist non de mes actions, mais de celles de feu Monsieur mon prédécesseur, que Vostre Altesse a tous-jours jugé fort homme de bien ; je suis défendeur et en possession, et mon adversaire en cette cause a esté tous-jours condamné jusques a présent. Avec ces raysons, je me prometz que Vostre Altesse aura aggreables mes procédures, et qu'en sachant les fondamens (sic), elle commandera au sieur Praevost de cesser et faire cesser les siennes.

Je prie Nostre Seigneur quil comble Vostre Altesse et sa couronne de toute félicité et prospérité, et luy faysant très humble révérence, je demeure, comme je doy et veux toute ma vie,

Monseigneur, Très humble et tres-obeissant serviteur et orateur de Vostre Altesse,

A Neci, le xxxi octobre 1604.

A Son Altesse.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

378 Lettres de saint François de Sales

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