CXLII, IO
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plus fort et malaysé endroit que je puisse presque rencontrer en la navigation que je fay sur la mer tempestueuse de ce diocaese, et n'est pas croyable combien vos lettres m'ont apporté de consolation. Je suis seulement en peyne si je pourray tirer de la presse de mes affaires le loysir quil faut pour vous respondre si tost comme je désire et si bien comme vous attendes. Je diray ce que je pourray tumultuayrement, et sil me reste quelque chose après cela, je vous l'escriray dans bien peu de tems par homme de connoissance qui va a Dijon et revient.
Je vous remercie de la peyne que vous aves prise a me desduire l'histoire de vostre porte de saint Claude *, et Vide supra, p. 369, prie ce béni Saint, tesmoin de la sincérité et intégrité de cœur avec laquelle je vous chéris en Nostre Seigneur et commun Maistre, quil impetre de sa sainte bonté l'assistence du Saint Esprit qui nous est nécessaire pour bien entrer au repos du tabernacle de l'Eglise *. (*) C'est asses * Cf. Pss. xiy, r, dit une fois pour toutes : ouy, Dieu m'a donné a vous ; je dis uniquement, entièrement, irrévocablement (2).
Pour vostre procès, je vous diray qu'en ayant conféré avec un des excellens hommes qui vivent, affin quil m'aydast a m'en bien esclarcir, j'ay rencontré, ce me semble, le nœud de l'affaire pour vous bien et solidement conseiller pour nostre ame, qui est a Dieu et delaquelle, pour l'amour d'icelluy, il nous faut estre fort jaloux. C'est que j'ay veu que le contract des moulins et la transaction de la succession ont esté faitz a mesme jour, mesme heure, par le mesme notaire, en la mesme mayson, devant les mesmes tesmoins. Cela les rend correspectifz l'un a l'autre, et delà s'ensuit que, voulant faire casser et rompre celuy des moulins a cause de l'énorme lésion, il faut aussi rompre et casser celuy de la transaction qui luy est correspectif, et laysser les affaires au mesme estât auquel elles estoyent avant la transaction et l'achapt des
(1) Le texte, à partir d'ici jusqu'à ligne 34 de la page suivante, a été supprimé par les premiers éditeurs.
(2) Les mots qui terminent cette phrase : «je dis uniquement, entièrement, irrévocablement, » ont été ajoutés par le Saint en marge de l'Autographe.
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moulins. Car, puisque vous voules oster les quatorse mille francz a celuy a qui ilz avoyent esté donnés pour le faire transiger, il est bien raysonnable que la transaction quil a faitte pour les avoir soit aussi gastee. Vous voules reprendre ce que vous luy avés donné, qui est la somme de 14000 francz ; rendes luy aussi ce que vous avés de luy a cette considération, qui est la cession de cette succession. Que si il ni avoit nul droit en ce temsla, il n'en aura non plus maintenant.
En cette façon je ne voy pas quil y ait rien a craindre pour nostre chère ame, car vous ne luy faites nul tort de reprendre ce que vous luy aves donné, luy rendant ce quil vous a donné. Je ne suis pas bien asseuré si je dis bien en ceci, parce qu'a l'adventure n'ay-je pas bien conceu le fait avec toutes ses circonstances ; car je suis extrêmement dur a l'intelligence de ces choses-la. C'est pourquoy, en ayant conféré avec des personnes entendantes au mestier et consciencieuses, desquelles vous ne manques pas a Dijon, si mon opinion n'est pas jugée bonne ne la suives pas, mais la leur, car je le désire ainsy, bien que j'espère que j'auray bien deviné, selon la proposition que vous m'en avés faitte. Prenes garde, en la poursuite du procès, de ne point relascher de la pure et entière charité du prochain, et faittes les sollicitations religieusement ; et, moyennant cela, ne vous laysses nullement inquiéter d'aucun scrupule, car il ni a nul danger.
Je ne vous diray plus rien du doute que vous avies si Dieu vouloit ou ne vouloit pas ce qui se passa a Saint Claude ; car, puisque sa bonté s'est inclinée jusques aux aureilles de vostre cœur pour s'en declairer a vous, il n'est plus quaestion que vous en douties. Pour moy, il ne me seroit pas possible, quand je le voudrois, d'en entrer en aucune difficulté.
Je viens a vostre croix, et ne sçai si Dieu m'aura bien ouvert les yeux pour la voir en ses quattres boutz. Je le souhaitte infiniment et l'en supplie, affin que je vous puisse dire quelque chose bien a propos. C'est une certaine impuissance, ce me dites vous, des facultés ou parties
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de vostre entendement qui l'empesche de prendre le contentement de la considération du bien, et, ce qui vous fasche le plus, c'est que, voulant lhors prendre resolution, vous ne sentes point la solidité accoustumee, ains vous rencontrés une certaine barrière qui vous arreste tout court ; et de la vient le torment des tentations de la foy. C'est bien dit, ma chère Fille, vous vous exprimés bien ; je ne sçai si je vous entens bien. Vous adjoustés que néanmoins la volonté, par la grâce de Dieu, ne veut que la simplicité et fermeté en l'Eglise, et que vous mourries volontiers pour la foy d'icelle.
O Dieu soit béni, ma chère Fille, Yinfirmité n'est pas a la mort, mais affin que Dieu soit glorifié en icelle*. Vous aves deux peuples au ventre de vostre *joan.,xi, 4. esprit, comm'il fut dit a Rebecca ; Vun combat contre Vautre, mais en fin le plus jeune surmontera l'aisné*. *Gen., xxv, 23. L'amour propre ne meurt jamais que quand nous mourons, il a mille moyens de se retrancher dans nostre ame, on ne l'en sçauroit desloger ; c'est l'aisné de nostr'ame, car il est naturel, ou au moins connaturel ; il a une légion de carabins avec luy, de mouvemens, d'actions, de passions ; il est adroit et sçait mille tours de souplesse. De l'autre costé, vous aves l'amour de Dieu, qui est conceu après et est puisné ; il a aussi ses mouvemens, inclinations, passions, actions. Ces deux enfans en un mesme ventre s'entrebattent comm'Esau et Jacob ; c'est pour quoy Rebecca s'écrie : M'estoit il pas mieux de mourir que de concevoir avec tant de douleurs * ? De ces convulsions * Cf. ibid., jr. 22. s'ensuit un certain degoustement qui fait que vous ne savoures pas les meilleures viandes. Mais que vous importe-il de savourer ou ne savourer pas, puis que vous ne laissés pas de bien manger ? Sil me failloit perdre l'un des sentimens, je choysirois que ce fut le goust, comme moins nécessaire, voire mesme que l'odorat, ce me semble. Croyes-moy, ce n'est que le goust qui vous manque, ce n'est pas la veùe. Vous voyes, mais sans contentement ; vous maschés le pain comme si c'estoyent des estouppes, sans goust ni saveur. Il vous semble que vos resolutions sont sans force par ce qu'elles ne sont pas
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gayes ni joyeuses, mais vous vous trompés, car l'Apostre Rom., vu, 21-25. saint Paul bien souvent n'en avoit que de cette sorte-la *. La pauvre Lia est un petit chassieuse et laide, mais il faut que vostre esprit couche avec elle avant que d'avoir Gen., xxix, 16-28. la belle Rachel *. Et courage, car elle ne laissera pas de faire des beaux enfans et des œuvres aggreables a Dieu. Mais je m'arreste trop.
Vous ne vous sentes pas ferme, constante, ni bien résolue. Il y a quelque chose en moy, ce dites vous, qui n'a jamais esté satisfait, mais je ne sçaurois dire que c'est. Je le voudrois bien sçavoir, ma chère Fille, pour vous le dire ; mais j'espère qu'un jour, vous oyant a loysir, je l'apprendray. Cependant, seroit-ce point peut estre une multitude de désirs qui fait des obstructions en vostre esprit ? J'ay esté malade de cette maladie. L'oyseau attaché sur la perche se connoit attaché et sent les secousses de sa détention et de son engagement seulement quand il veut voler ; et tout de mesme, avant qu'il aye ses aisles il ne connoit son impuissance que par l'essay du vol. Pour un remède donques, ma chère Fille, puisque vous n'aves pas encor vos aysles pour voler et que vostre propre impuissance met une barrière a vos efFortz, ne vous débattes point, ne vous empressés point pour voler ; ayes patience que vous ayes des aisles pour voler comme les Ps. liv, 7. colombes *. Je crains infiniment que vous n'ayes un petit
trop d'ardeur a la proye, que vous ne vous empressies et multipliies les désirs un petit trop dru. Vous voyes la beauté des clartés, la douceur des resolutions ; il vous semble que presque presque vous les tenes, et le voysinage du bien vous en suscite un appétit démesuré, et cet appétit vous empresse et vous fait eslancer, mais pour néant ; car le Maistre vous tient attachée sur la perche, ou bien vous n'aves pas encor vos aisles, et ce pendant vous amaigrisses par ce continuel mouvement du cœur et alanguisses continuellement vos forces. Il faut faire des essays, mais modérés, mais sans se débattre, mais sans s'eschauffer.
Examines bien vostre procédure en cet endroit ; peut estre verres vous que vous bandes trop vostr'esprit au
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désir de ce souverain goust qu'apporte a l'ame le ressentiment de la fermeté, constance et resolution. Vous aves la fermeté, car qu'est ce autre chose fermeté que vouloir plus tost mourir qu'offencer ou quitter la foy ? mais vous n'en aves pas le sentiment, car si vous l'avies vous auries mille joyes. Or sus, arrestes vous, ne vous empresses point ; vous verres que vous vous en treuveres mieux et vos aisles s'en fortifieront plus aysement. Cest empressement donques est un défaut en vous, et c'est ce je ne sçai quoy qui n'est pas satisfait, car c'est un défaut de résignation. Vous vous resignes bien, mais c'est avec un mais ; car vous voudries bien avoir ceci et cela, et vous debates pour l'avoir. Un simple désir n'est pas contraire a la résignation ; mais un pantelement de cœur, un debattement d'aysles, un'agitation de volonté, une multiplication d'eslancemens, cela indubitablement est faute de résignation. Courage, ma chère Seur ; puisque nostre volonté est a Dieu, sans doute nous sommes a luy. Vous avés tout ce quil faut, mais vous n'en avés nul sentiment ; il ni a pas grande perte en cela. Sçavés vous ce quil faut faire? Il faut prendr'en gré de ne point voler, puisque nous n'avons pas encor nos aisles.
Vous me faites resouvenir de Moyse. Le saint homme, arrivé sur le mont de Phasga, il vit toute la terre de promission devant ses yeux, terre a laquelle il avoit aspiré et espéré quarant'ans continuelz, parmi les murmurations et séditions de son armée et parmi les rigueurs des desers : il la vit et ni entra point, mais mourut en la voyant *. Il * V^., ult., 1-5. avoit vostre verre d'eau aux lèvres et ne pouvoit boire. O Dieu, quelz souspirs devoit jetter cett'ame. Il mourutla, plus heureux que plusieurs qui moururent en la terre de promission, puisque Dieu luy fit lhonneur de l'ensepulturer luymesme *. Or sus, sil vous failloit mourir * Ibid., f. 6. sans boire de l'eau de la Samaritaine*, et qu'en seroit *Joan., iv, 15. ce pour cela, pourveu que nostr'ame fut receue a boire aeternellement en la source et fontaine de vie * ? Ne vous * Ps. xxxv, 10. empresses point a des vains désirs, et mesme ne vous empresses pas a ne vous empresser point. Ailes doucement vostre chemin, car il est bon.
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Saches, ma très chère Seur, que je vous escris ces
choses avec beaucoup de distractions, et que si vous les
treuves embrouillées ce ne sera pas merveille, car je le
suis moymesme, mais, Dieu merci, sans inquiétude. Vou-
les vous connoistre si je dis vray que le défaut qui est en
vous c'est de cett'entiere résignation ? Vous voules bien
avoir une croix, mais vous voules avoir le choix ; vous
la voudries commune, corporelle et de telle ou telle sorte.
Et qu'est cela, ma Fille très aymee ? Ah non, je désire
que vostre croix et la mienne soit entièrement croix de
*Joan.,xix,25;Ga- Jesuschrist * et quand a l'imposition d'icelle et quant au lat., ult., 14. •/, . , ? . , . ., „ .
choix. Le bon Dieu sçait bien ce quil fait et pourquoy ;
c'est pour nostre bien sans doute. Nostre Seigneur donna
*IIReg.,uit., 12-14. le choix a David de la verge delaquelle il seroit affligé * ;
et, Dieu soit béni, mais il me semble que [je] n'eusse pas
choysi, j'eusse laissé faire tout a sa divine Majesté. Plus
une croix est de Dieu, plus nous la devons aymer.
Or sus, ma Seur, ma Fille, mon ame (et ceci n'est pas
trop, vous le sçaves bien) (T), dites moy, Dieu n'est il pas
meilleur que l'homme ? mais l'homme n'est il pas un
* Isaiœ, xl, 17. vray néant en comparaison de Dieu*? Et néanmoins
voyci un homme, ou plustost le plus vray néant de tous les neans, la fleur de toute la misère, qui n'ayme rien moins la confiance que vous aves en luy, encor que vous en ayes perdu le goust et le sentiment, que si vous en avies tous les sentimens du monde ; et Dieu n'aura-il pas aggreable vostre volonté bonne, encor qu'elle soit sans
* Ps. cxvni, 83. nul sentiment ? Je suis, disoit David *, commune vessie
sechee a la fumée du feu, qu'on ne sçauroit dire a quoy elle peut servir. Tant de sécheresses qu'on voudra, tant de stérilités, pourveu que nous aymions Dieu.
Mais avec tout cela vous n'estes pas encor au pais ou il ni a point de jour, car vous aves le jour par fois et Dieu vous visite. Est il pas bon a vostre advis ? Il me semble que cette vicissitude vous le rend bien savoureux. (2) J'appreuve néanmoins que vous remonstriés a
(1) Les mots compris dans cette parenthèse ont été également ajoutés en marge par le Saint.
(2) L'original de cette lettre se composait de deux grandes feuilles; la
nostre doux Sauveur, mais amoureusement et sans empressement, vostre affliction, et, comme vous dites, qu'au moins il se laisse treuver a vostre esprit ; car il se plait que nous luy racontions le mal qu'il nous fait et que nous nous plaignions de luy, pourveu que ce soit amoureusement et humblement, et a luy mesme, comme font les petitz enfans quand leur chère mère les a fouettés. Cependant il faut encor un petit souffrir, et doucement. Je ne pense pas qu'il y ayt aucun mal de dire a Nostre Seigneur : Venes dans nos âmes ; non, cela n'a nulle apparence de mal.
Ce Seigneur sçait si j'ay jamais communié sans vous des mon despart de vostre ville... Dieu veut que je le serve en souffrant les stérilités, les angoisses, les tentations, comme Job, comme saint Paul, et non pas en présentant. Serves Dieu comme il veut ; vous verres qu'un jour il fera tout ce que vous voudres et plus que vous ne sçauries vouloir. Les livres que vous lires demi heure sont Grenade, Gerson ( r), la Vie de Jésus Christ mise en françois, du latin de Ludolphe Chartreux, la Mère Thérèse, le Traittê de V Affliction, que je vous ay marqué en la précédente lettre*. Hé, serons nous pas un jour * Vide p. 355. tous ensemble au Ciel a bénir Dieu éternellement ? Je l'espère et m'en res-jouïs.
La promesse que vous fistes a Nostre Seigneur de ne jamais rien refuser de ce qui vous seroit demandé en son nom, ne vous sçauroit obliger sinon a le bien aymer ; c'est a dire que vous pourries l'entendre en telle façon que la prattique en seroit vicieuse, comme si vous donnies plus qu'il ne faut et indiscrètement. Cela donq s'entend en observant la vra}*e discrétion, et, en ce cas la, ce n'est
première, conservée à la Visitation de Turin, contient la partie du texte qui précède. La première moitié de la feuille suivante n'a pu être recouvrée; mais il est très probable qu'elle n'a pas été insérée in extenso dans l'édition princeps, qu'à défaut d'original nous suivons pour les pages 387, 388, où l'absence de transitions laisse facilement deviner des suppressions. La dernière partie de l'Autographe est conservée à la Visitation de Nantes ; elle correspond à nos pages 389, 390.
( 1 ) Il s'agit probablement ici du livre de limitation de Jésus-Christ, désigné communément alors sous le nom de l'auteur auquel il était le plus générale* ment attribué. (Voir tome III de cette Edition,, note ( 1 ), p. 107.)
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non plus que de dire que vous aymeres bien Dieu et vous accommoderes a vivre, dire, faire et donner selon son gré.
Je garde les livres des Psaumes, et vous remercie de la musique, en laquelle je n'entens rien du tout, bien que je l'ayme extrêmement quand elle est appliquée a la louange de Nostre Seigneur.
Vrayement, quand vous voudres que je depesche et que je treuve du loysir sans loysir pour vous escrire, envoyés
* Vide infra, p. 396. moy ce bon homme [Rose*]; car, sans mentir, il m'a
pressé si extrêmement que rien plus, et ne m'a point voulu donner de relasche, pas seulement d'un jour ; et vous dis bien que je ne voudrois pas estre juge en un procès duquel il fust solliciteur.
Je ne puis laisser le mot de Madame, car je ne veux pas me croire plus affectionné que saint Jan l'Evangeliste, qui néanmoins en l'Epistre sacrée qu'il escrit a la
* Epist. II, jfrjh i, 5. sainte dame Electa * l'appelle Madame; ni estre plus
sage que saint Hierosme, qui appelle bien sa dévote Eus-
* Epist. xxii, § 2. tochium Madame *. Je veux bien néanmoins vous défen-
dre de m'appeller Monseigneur ; car encor que c'est la coustume de deçà d'appeller ainsy les Evesques, ce n'est pas la coustume de delà, et j'ayme la simplicité.
La Messe de Nostre Dame que vous voules vouer pour toutes les semaines le pourra bien estre, mais je désire que ce ne soit que pour une année, au bout de laquelle vous revoùeres, s'il y eschoit ; et commencés le jour de la Conception Nostre Dame, jour de mon sacre, et auquel je fis le grand et espouvantable vœu de la charge des âmes et de mourir pour elles s'il estoit expédient. Je devrois trembler m'en resouvenant. J'en dis de mesme du Chapelet et de Y Ave maris Stella.
Je n'ay observé ni ordre ni mesure a vous respondre ; mais ce porteur m'en a levé le moyen. J'attens de pied coy une grande tempeste, comme je vous ay escrit au commencement, et pour mon particulier, mais joyeusement ; et, regardant en la providence de Dieu, j'espère que ce sera pour sa plus grande gloire et mon repos, et beaucoup d'autres choses. Je ne suis pas asseuré qu'elle arrive, je n'en suis que menacé. Mais pourquoy vous dis-je
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ceci ? Et pour ce que je ne m'en sçaurois empescher ; il faut que mon cœur se dilate avec le vostre comme cela ; et puisqu'en cett'attente j'ay de la consolation et de l'espérance de bonheur, pourquoy ne vous le dirois-je pas ? mais a vous seule, je vous prie.
Je prie soigneusement pour nostre Celse Bénigne et pour toute la petite trouppe de filles ; je me recommande aussi a leurs prières. Resouvenes vous de prier pour ma Genève, afftn que Dieu la convertisse. Item, resouvenes vous de vous comporter avec un grand respect et honneur en tout ce qui regardera le bon Père spirituel que vous sçavés*; et mesme traittant avec ses disciples et enfans * Vide supra, Epp.
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spirituelz, quilz ne reconnoissent que la vraye douceur et humilité en vous. Si vous recevies quelques reproches, tenes vous douce, humble, patiente et sans autre mot que de vraye humilité, car il le faut.
Dieu soit a jamais vostre cœur, vostre esprit, vostre repos, et je suis,
Madame,
Vostre très dédié serviteur en Nostre Seigneur,
(0 Ma mère malade vous salue humblement et vous offre son très humble service et de toute sa mayson. Je suis si pressé que j'ay transposé les pages, mais vous les remettres par la marque. A Dieu soit honneur et gloire *. * iTim., 1, 17.
Jour de la Présentation de Nostre Dame, 2 1 novembre 1604.
J'adjouste ce matin, jour sainte Cécile, que le proverbe tiré de nostre saint Bernard* : L'enfer est plein de *Cf. Soiiioq.,inter bonnes volontés ou désirs, ne vous doit nullement trou- p* ' ern*' Sl" bler. Il y a deux sortes de bonnes volontés. L'une dit : Je voudrois bien faire, mais il me fasche et ne le feray pas ; l'autre dit : [Je] veux bien faire, mais je n'ay pas tant de pouvoir que de vouloir, c'est cela qui m'arreste. La première remplit l'enfer, la seconde le Paradis. La
(1) Les deux phrases suivantes sont inédites.
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première volonté ne fait que commencer a vouloir et désirer, mais elle n'achevé pas de vouloir; ses désirs n'ont pas asses de courage, ce ne sont que des avortons de volonté, c'est pourquoy elle remplit l'enfer. Mais la seconde produit des désirs entiers et bien formés, et c'est Dan., ix, 33. pour celle la que Daniel fut appelle homme de désirs *. Nostre Seigneur vous veuille donner la perpétuelle assistence de son Saint Esprit, ma Seur et Fille très aymee.
A Madame Madame la Baronne de Chantai.