A MONSEIGNEUR ANDRÉ FREMYOT, ARCHEVEQUE DE BOURGES
(fragment)
Envoi d'un règlement de vie. — Dans quel esprit l'observer. — Savoir y déroger pour servir le prochain. — Ne jamais lui sacrifier « la tressainte liberté d'esprit. »
Monseigneur,
C'est pour vous obéir que je vous envoyé ce pauvre escrit, lequel* pour la plus grande partie de ses pointz, vous sera inutile. Ce n'est pas certes qu'il ne fust desiderable que nos maysons episcopales fussent dans ce
(1) C'est par suite d'une faute de lecture dans le Manuscrit de Y Année Sainte de la Visitation, que l'éditeur Datta attribue à cette lettre la date de 1609. M«r Frémyot avait réclamé les conseils de l'Evêque de Genève dès qu'il fut en rapports avec lui (cf. ci-dessus, p. 327) ; cette lettre a donc dû être écrite dans le courant de 1604.
Année 1604 403
règlement, nous sçavons ce que saint Paul en dit*; mais *lTim.,m,i-5;Tit. je sçay par mon expérience qu'il faut s'accommoder a la ' nécessité du tems, du lieu, de l'occasion et de nos occupations. Je vous confesse que je n'ay point de scrupule de me desregler de mon règlement quand c'est le service de mes brebis qui m'occupe, car alhors il faut que la charité soit plus forte que nos propres inclinations, pour bonnes que nostre amour propre nous les face voir; et, en faysant cet escrit que je vous envoyé, mon dessein a esté, non de me gesner, mais ouy bien de me régler, sans m'obliger a aucun scrupule de conscience, car Dieu me fait la'grace d'aymer autant la tressainte liberté d'esprit que haïr la dissolution et le libertinage. En somme, Monseigneur, nous devons dire avec le grand Evesque d'Hippone * : *Confess., 1. XIII, « Amor meus pondus meum O. »
Revu sur un ancien Ms. de Y Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.
(*) « Mon amour est mon poids. »