ARCHEVÊQUE DE BOURGES
Monsieur, * Je ne vous escris pas pour me ramentevoir en vostre mémoire ; * vide supra, p. 280. je sçay l'honneur que vous me faictes de m'aymer, et le rang que vous tenez en la mienne me promet que j'ay quelque place en la vostre. Nous jugeons des intentions d'autruy par les nostres ; ainsi, chérissant voz mérites d'une si particulière inclination, je dois croire que si le sujet manque de mon costé pour vous convier a ce mesme désir, ne pouvant m'aymer pour l'amour de moy, du moins vous m'aymerez par ce que je vous honore et que je vous ayme. Et a la vérité, Monsieur, il faudroit n'avoir ni jugement ni recognoissance si, après avoir heu lhonneur de vostre fréquentation, l'on pouvoit vivre sans vous chérir et sans avoir du regret de vostre absence. Pour moy, je la supporte avec tant d'impatience, que, n'estoit la créance que j'ay que ce n'est pas estre tout a faict séparé de vous que d'estre en vostre esprit, je blasmerois le jour que je vis reluire tant de rares vertus en vous, puis qu'il failloit en estre si tost et si long temps privé. Mais je me trompe ; il m'en est resté une image si vive et si bien représentée, que bien souvent je prends la figure pour le vray naturel, tant les sainctes impressions ont de force en nos âmes que ce qu'elles ont une fois gravé y demeure perpétuellement. Les vostres, qui sont de cette qualité, auront le mesme effect et me rendront constant en la resolution d'estre toute ma vie, Monsieur,
Vostre très humble frère et serviteur, André, Ar. de Bourges.
A Dijon, ce 7 juin [1604].
A Monsieur Monsieur le Reverendissime
Evesque et Prince de Genève.
A Nicy.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de Roussy de Sales, au château de Thorens-Sales.
LETTRE DU MAIRE ET DES ÉCHEVINS DE DIJON (x)
Monsieur, Vide Epist. cxcvm. * La réputation qu'aves acquise par tout, et mesme en ces quartiers, du zèle et affection qu'aves a l'honneur et service de Dieu et a procurer de tout vostre pouvoir l'advancement de son Eglise Catholicque, Nous a faict prandre la hardiesse de vous faire une prière aultant pleine d'affection que d'assurance que l'on nous a donné de la pouvoir obtenir et de n'en estre esconduictz. C'est quil vous plaise, Monsieur, nous faire cest honneur qu'en l'Advent et Caresme prochain nous soyons instruictz par vos sainctes et doctes prédications. Ce vous sera beaucoup d'incommodité, voires aultant qu'a nous de bon heur de vous avoir ; touteffois, tascherons par tous les moiens a nous possibles de vous en révérer.
Nous n'heussions manqué a ce debvoir de vous envoyer l'ung des nostres pour vous en supplier de nostre part ; mais le péril et danger des chemins nous en ont retenu, avec la faveur que nous a faict Monvide supra, p. 272, sieur Brunet * de prandre a sa charge de vous donner cestes, avec nostre supplication, et mesme vous la présenter sil est possible, avec la semblable affection de laquelle, recepvant ung sy grand bien de vous, nous desirons demeurer a jamais,
Voz bien humbles et plus affectionnés amys et serviteurs,
Les Viconte Majeur et Eschevins de la ville de Dijon.
Par ordre :
Martin.
A Monsieur
Monsieur de Salles, Evesque et Prince de Genefve, estant de présent a Nicy.
Revu sur l'Autographe inédit, conservé à la Visitation d'Annecy.
( 1 ) Cette lettre n'est pas datée ; mais la délibération municipale en laquelle il a été décidé que l'Evêque de Genève serait prié de prêcher le Carême à Dijon s'est tenue le 12 août 1603; il est très probable que l'invitation a été faite sans délai puisque la réponse du Saint est datée du 22 août.