‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 84 sur 102 · ÉVÊQUE DE DOL · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE DOL

Monsieur, vide Epist. clxxxiv. * Je suis honteux d'avoir esté si long temps a vous respondre ; je desirois satisfaire a vostre mémoire affin de vous en donner advis par mesme moien. J'y ay apporté tout le soing et invention quy m'a esté possible, quy est d'où a procédé cette longueur. En fin, après m'estre informé exactement en cette ville, je me suis aidé de Monsieur Favier pour y emploier un sien amy sur le lieu, quy est un honneste gentilhomme, chanoine en l'Eglise de Poictiers, duquel vous verrez, sil vous plaist, la responce que je vous envoie. Que si vous estimez que par cette voie il se puisse quelque chose davantage, commandez moy librement, comme vous pouvez, faisant estât, Monsieur, que je confesse de ne devoir point tant a homme du monde qu'a vous, l'obligation que je vous ay estant infinie par les bons offices que vous me rendez d'un bien quy n'a point de fin. Que pleust a Dieu que pour resentiment de tant de faveur je peusse vous rendre aultant de service comme je vous en présente de remercimentz ; vous verriez de quel courage je recognoistroy le plain pouvoir que vous avez sur moy, dont attendant qu'il s'offre quelque occasion, je vous supplie, Monsieur, de prendre toute créance de ma disposition a l'obéissance que je vous doibz.

Du reste, je praticquerey voz bonnes instructions au plus près de la lettre qu'il me sera possible, et premièrement pour ce quy est de • vide supra, p. 188, l'eslection de Monsieur du Val*, tant pour prendre de la conduitte de luy en la vie que vous m'avez proposée, que pour me servir de la Lettre Apostolique que vous m'avez envoiée, de laquelle j'ay différé d'user attendant que j'eusse asseurance de l'expédition de mes Bulles, pour laquelle ces jours passez nous avons fourny a la composition qu'on nous a faict de deux mil escus pour tout. Aussy que j'ay doubté si j'en avois bien grand besoing, d'autant que despuis, les parties ont revocqué toutes promesses suspectes, et : quod consensu et pacto contractuel est, contrario consensu et pacto dissolvitur, et obligatio inde nata (quy est icy ex delicto per pactum illicitum contracta) ipso jure tollitur. De faict, ma partie m'a promis et juré de se contenter de ce quy luy sera légitimement permis, et de reparer avec moy ce que nous aurons mal faict. Pour tesmoignage, il m'a desja relasché un

not. (i).

Lettres de Mgr Antoine de Revol

prieuré qu'il avoit faict mettre quelque temps au paravant en mon nom et qu'il m'avoit faict promettre de luy rendre, protestant de ne se vouloir jamais mesler de beneffice plus qu'il ne luy sera permis. Cela estant, et les susdites maximes veritables/wr* Poli, comme elles le sont iureforiy il y a que doubter s'il est besoing d'aultre remède. Toutesfois, je ne m'en croirey pas ; saint Hyerosme disoit de soy : Ea etiam de quibus me scire arbitrabar interrogare me solitum, quanto magis de us super qiùbus anceps eram /J'en enquerrey ceux que vous m'avez nommé, ou, si vous me faictes ce bien de m'adjouster vostre advis, j'en serey encor plus asseuré, n'ayant point tant de créance a nul aultrequ'a vous.

J'ay faict provision des livres que vous m'avez marqué, principalement de tous ceux du premier temps, selon vostre division ; entre lesquelz, après Grenade que j'ay tout en sa langue, au moins ce quy s'en trouve, je trouve admirables les epistres d'Avila ; mais il les fauldroit avoir aussy en la langue de l'auteur, car la traduction en françois est très mal faicte. Je les lirey soigneusement et comme par vostre advis, vous suppliant neantmoins, Monsieur, me départir tousjours de voz bons discours et instructions par les vostres, que je prise et chéris par dessus tout, et ou je trouve plus d'ediffication qu'en livre quelconque, comme venant de personne que je tiens pour un digne exemple a tous ceux quy ont charge en cet estât. Je vous baise très humblement les mains, et suis a jamais, Monsieur,

Vostre très humble et très obéissant serviteur, Revol, nommé Ev. de Dol.

A Paris, ce Ier d'aoust 1603.

A Monsieur Monsieur PEvesque de Genève, A Annessy.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

Monsieur, * Je n'ay pas oublié le devoir que je vous ay, encor qu'il y ait long * Vide Epist. ccnva. temps que je ne vous en aye rendu des effectz. J'attendoy de sçavoir si l'on vous auroit rendu celles que je vous escrivis sur la réception de la lettre de Rome quil vous pleust m'envoier * désirant en avoir des * vide supra, p. 187. nouvelles advant que de vous importuner d'aultres lettres. En fin, n'en ayant sceu rien apprendre, j'ay creu qu'en tout cas vous n'auriez point désagréable ce tesmoignage de l'affection que je vous doy,

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vous suppliant de prendre en bonne part que je vous rende conte de moy despuis le temps que vous n'avez eu des miennes, et que je vous donne advis jusques ou je suis advancé en la profession dont vous

* Epist. clxxxiv. m'avez faict l'honneur de me donner les premières instructions *.

Je vous direy donc, Monsieur, qu'en fin j'ay eu mes expéditions de Rome avec la grâce de nostre Sainct Père telle que je la pouvoy espérer, sinon que j'eusse eu le gratis entier. Je les receuz quelques jours advant les festes de Noël passé, et me disposoy après au sacre, que je receuz le jour de la feste des Roys de la main de Monsieur l'Archevesque d'Aix (0, assisté de Messieurs de Bologne (2) et de Mascon (3), aiant auparavant usé de la préparation dont vous me fistes ce bien de m'advertir, le mieux qu'il m'a esté possible ; non pas toutes fois si bien que j'eusse désiré.

Il ne reste maintenant que de m'aller rendre au lieu ou je suis envoie ; ce que je suis prest de faire dans quelques jours, avec l'aide de Dieu, et de commencer a mettre la main a l'œuvre ; ou, si je ne craignoy de vous estre importun, je vous supplieroy volontiers, continuant ce que vous avez commencé en moy, de me vouloir assister de voz bons advis et conseilz, que je mettrey peine d'ensuivre au plus près quil me sera possible, sil vous plaist de m'en favoriser. Je ne vous direy pas combien je m'en tiendrey vostre obligé, quy vous suis desja tout acquis, et suis entièrement a vous par tant d'occasions que je désespère de vous en pouvoir jamais assez donner de recognoissance ; vous suppliant neantmoins de croire qu'il ne se descouvrira aulcun endroict de le pouvoir faire que vous ne me voiez efforcer en mon debvoir.

Et sur cette asseurance de mon service, je vous supplie de m'aimer et me conserver l'honneur de voz bonnes grâces, priant Dieu, Monsieur, qu'il vous donne, en très parfaicte santé, très longue et très heureuse vie.

Vostre très humble serviteur et confrère indigne,

Antoine Revol, Ev. de Dol.

A Paris, ce xxe janvier 1604.

Si vous me faictes l'honneur, Monsieur, de me donner de voz

* Vide supra, p. 116, nouvelles, vous pourrez addresser a M. de Soulfour*pour les bailler a not. (i), et p. 297. ^ Favier, quy me les fera asseurément tenir en vostre maison de Dol.

A Monsieur ' Monsieur l'Evesque de Genève.

A Annessy.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

( 1 ) Paul Hurault de THospital, archevêque d'Aix de 1 595 à 1624 . (2) Claude Dormy ou d'Ormy, évêque de Boulogne de 1600 à 1626. ( 3 ) Gaspard Dinet, évêque de Màcon de 1599 à 1619.

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