‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 70 sur 88 · LETTRE DU CHEVALIER CLAUDE DE LA VERCHÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE DU CHEVALIER CLAUDE DE LA VERCHÈRE

Monsieur,

* vide P. 338, not. (4), * Il y a quelque temps que nous avez asseuré, monsieur de Gerlande ( 2 ) et moy, par vostre reponce à celles que luy et moy vous avions escriptes, que me donneriez tout contentement pour le faict de mes biens de Crozet, pays de Gex, dans les limites de vostre evesché, desquels vous avez prins la possession sans qu'il vous appartienne ; car de tout temps, ça esté un membre despandant de ma commanderie, fors des la prinse dudit pays par les seigneurs de Berne ( 3 ), qu'il a esté occuppé par ceux de la religion, ainsi que je

(1) Claude delà Verchère, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de la commanderie des Feuillets de 1610 à 161 5 (cf. cidessus, p. 338, note (4), n° 3). On le retrouve encore avec ce titre en 1641 et 1645. (Archives du Rhône, Fonds Malte, H. 278, 280.)

(2) Le chevalier Just de Fay de Gerlande fut d'abord commandeur de Villefranche et de Charrières, et ensuite grand-prieur d'Auvergne. En 1613 et 1614, il était « recepveur gênerai de l'Ordre Sainct Jean de Hierusalem. » (Ibid., H. 63, 258, 260, 281.)

(3) En 1536. (Cf. tome XII, pp. 229, 230, 412.)

Lettres de quelques correspondants 395

vous ay fait entendre par mes lettres et comme le sieur Girod, mon fermier ( * ), l'a fait voir sur lieux aux curez de Gex ( 2 ) et Farges ( 3 ), qu'aviez a ces fins députez, tant par mes derniers terriers, que ceux qui sont faiz des cent et quattre vingts ans en ça, desquels il leur a baillé les coppies pour les vous fere tenir des le moys d'octobre dernier ; par ou il appert clairement, avec d'autres enseignements, que la chappelle de Crozet ne fust jamais cure ny parroisse, moings que lesdits biens en feussent depandants (4). De quoy, du despuis, je n'ay heu de vous aucune resolution, quoique mon fermier aye sollicité lesditz curez, nottamment ceux (sic) de Gex qui l'a entretenu a parolles jusques a Noël dernier, et remettant l'affaire sur vous, puis que vous avon envoyé lesdittes coppies et mémoires. Tellement que, par le silence que m'en a du despuis fait ledit Girod (auquel j'avois donné charge d'en suivre les poursuittes), a cause d'une maladie qui des lors l'a retenu au lit jusques a présent, je croyois que luy en aviez relasché la possession.

Mais je vois maintenant le contraire et que me détenez tousjours lesdits biens contre tous nos droits et privilleges ; car jamais les Evesques n'ont heu a cognoistre sur ceux qui depandent de nostre Ordre. De sorte que, comme il a pieu a Sa Majesté remettre les Catholiques en la possession de tous les biens ecclésiastiques dudit Gex et les choses au mesme estât qu'elles estoyent anciennement, afin que chacun jouy du sien paisiblement, je m'estois librement dispancé de luy accenser ceux dont il est question ; dequoy il me demande de grands dhommages et interests, faute de l'en faire jouir. C'est pourquoy je vous ay encor fait ceste, par laquelle je vous prie

(1) Claude Girod, « praticien, abitant du village de Croset et fermier des dicts membres... du Croset et Maconnex. «(Archives du Rhône, Fonds Malte, H. 260, n° 86.) Il paraît dans le Procés-verbal de Gex, comme mandataire du chevalier de la Verchère; cf. note (4).

(2) Etienne Dunant (voir le tome précédent, note (1), p. 65, et ci-dessus, note (1), p. 63).

(3) Humbert Curton (cf. ci-dessus, note ( 1 ), p. 6}).

(4) Le 26 juillet 1612, Claude Girod (voir note (1) ci-dessus), au nom du commandeur de la Verchère, avait déjà remontré aux commissaires royaux « que l'église dudict Crozet n'avoit oncques esté paroisse, ains une simple chapelle qui avoit esté premièrement construicte par les commandeurs » des Feuillets « pour leur usage... Que du temps que le seigneur duc de Savoye estoit possesseur du bailliage de Gex, les biens dépendants de ladicte chapelle estoient annexés a laditte commanderie et membre dudict Crozet ; et partant, empechoit que ledict sieur Evesque fust mis en la possession de ladicte église, comme estant une chapelle particulière. » Malgré ces réclamations, les délégués de Sa Majesté passèrent outre, et mirent saint François de Sales en possession de la chapelle et des biens qui en dépendaient, pour être « employés a l'usage auquel ils » avaient « esté destinés par les fondateurs. » (Procès-verbal de Gex.)

396 Appendice

mettre le tout en considération; après quoy je m'asseure qu'aurez pour agréable a me relascher amiablement lesditz biens, ensemble les fruicts tant de la présente que dernière année. Lhonneur et le respect que je vous porte me fait souhaiter de n'en venir par la voye que chacung recherche pour conserver le sien, que je seray contraint de suivre si, de vostre propre motif, vous ne vous rendez a la raison.

Et quant a ce qui concerne le service que je doibs faire célébrer en laditte chappelle, je veux tousjours rendre mon debvoir et payer le prestre qui le voudra faire au jour de la fondation ; mais d'y entretenir ung, je ne le puis, tant pour en estre dispencé, que a cause des grandes charges que je paye a ma Religion, joinct que le revenu n'est suffizant pour l'y entretenir (0. L'asseurance donques que je prends que ne voudriez vous prevalloir de ce qui depand de nostre Ordre, ny le constituer en frais pour chose si juste, mais plustot qu'en desiriez l'accroissement, me fait croire que me donnerez tout contentement et que l'équité de vos proceddures ne refusera ce qu'avec justice nous pourroit avec toute raison facilement rendre.

Cela m'obligera de tant plus a demeurer, comme je suis a jamais,

[Janvier 16 13 .]

A Monsieur et Révérend Seigneur, Monsieur de Salles, Evesque de Genève.

A Necy.

Revu sur la mimite inédite, conservée à Lyon, Archives du Rhône, Fonds Malte, H. 240, n° 29.

( 1 ) Nous lisons dans le Procès-verbal de la visite de Cro\et et Maconnex, faite par le commandeur de Gerlande (voir ci-dessus, note (2), p. 394), le 29 octobre 1614 : Le membre « de Croset consiste en une église, ne sachant si elle est parochiale ou chapelle, d'aultant que ceux de la prétendue religion y ont faict leur exercisse il y a longues années, » et « ne si dict point de Messe... estant tous huguenots. » (Archives du Rhône, Fonds Malte, H. 260, n° 86.) Vers la moitié du xvne siècle, la chapelle fut reconstruite par les soins de Révérend Léonard Boudillon, qui en avait été pourvu par le commandeur de la Verchère en 1630.

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