‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 17 sur 91 · MINUTE · texte numérisé non relu

MINUTE

François de Sales sollicite l'indulgence de Charles-Emmanuel pour un homme plus malheureux que coupable. — Les deux ailes de la renommée des bons princes.

Thonon, 7 juillet 161 7.

(a) Monseigneur,

Je demande très humblement pardon a Vostre Altesse, si, en un tems auquel elle est environnée de tant d'affaires de conséquence (0, je prens la confiance en sa

(a) [L'Autographe d'une première minute, inédite mais incomplète, de cette lettre se conserve à la Visitation d'Annecy. Il est reproduit ci-dessous intégralement, avec la plupart de ses ratures.]

Monseigneur, TAvant que je face ma supplication a V. A.J je TluyJ demande très humblement pardon a V. A., si, en un tems auquel elle est environnée de tant d'affaires de conséquence, je prens la confiance en sa bonté de luy présenter

( i ) Le duc de Savoie était alors dans de grandes inquiétudes au sujet de la ville de Verceil, assiégée depuis le 24 mai par le gouverneur de Milan. Encore

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douceur de luy présenter cette supplication, a laquelle je suis forcé par le devoir que ceux de ma condition ont de compatir aux misérables et soulager les désolés, lors mesme qu'ilz sont abandonnés de tout autre secours.

Apres, donq, avoir bien sceu que l'estrange accident advenu au sieur [Président Crespin] estoit procédé de malheur, plustost que d'aucune malice ou délibération ( « ) ; voyant qu'en une si extrême tribulation il recouroit a moy pour obtenir, par ma très humble intercession, l'accès aux pieds de Vostre Altesse, je ne l'ay peu ni voulu esconduire, de peur d'offencer Celuy qui jugera les vivans et les mortz selon l'assistence qu'ilz auront , Cf Matt xxv faite aux affligés *, puysque mesme les deux personnes 34-46.

[~cet escritj cette supplication, forcé du devoir que ceux de ma condition ont de Tsecourir les...J compatir aux affligés et Tde consoler... d'alléger ceux...J de soulager les désolés, et lors particulièrement qu'ilz sont abandonnés de tout autre secours.

Apres donq avoir bien sceu que fce funestej l'estrange accident TarrivéJ advenu au Président Crespin estoit plus tost procédé de malheur |"et desastrej que d'aucune malice et délibération, fcornme font foy les....J (') et que d'ailleurs les deux personnes qui en ont esté les plus touchés (sic) semblent conspirer au désir que le coulpable soit absoulz : puisque, quant a l'une, ayant perdu sa mère, elle ne craint rien tant que d'estre encor destituée de son père; et l'autre, soit quil ay (sic) eu compassion Tde l'extrême tribu-

lationj de ce père et de cette fille, soit qu'il ayt

. . . voyant qu'en une si grande tribulation, Tdelaissé d'un chacunj il recouroit a moy pour avoir en quelque sorte accès en la miséricorde de V. A., je ne l'ay peu ni volu esconduire, de peur d'offencer Celuy qui |~cornmande a ses. . . J jugera les vivans et les mors selon l'assistence qu'ilz auront fait aux misérables: puysque mesme les deux personnes qui ont esté les plus touchées en ce desastre semblent conspirer au désir de la consolation Tdu coulpablej de celuy fqui en est. . .J auquel il est fadvenuj arrivé.

quelques jours, et le baron de Digoine-Damas, commandant pour Son Altesse, serait obligé de capituler, faute de poudre; en vain Charles-Emmanuel avaitil essayé d'en faire pénétrer dans la place. La chute de Verceil (26 juillet) eut surtout pour cause le rappel, par la cour de France, des troupes de Lesdiguières; la Reine mère ne jugeait plus à propos de combattre contre les intérêts du duc de Mantoue, devenu son cousin par son mariage avec Catherine de Médicis. (Cf. Guichenon, Hist. généal. de la Maison de Savoie, tome II.) ( 1 ) Voir au tome précédent la Lettre mccci, p. 390, et plus loin, note ( 1 ), p. 56.

( 1 ) Les cinq lignes suivantes, encadrées d'abord par un trait de plume pour être transposées, représentent une leçon que l'auteur a ensuite abandonnée.

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qui ont esté les plus touchées en ce desastre semblent conspirer au désir de la consolation de celuy auquel il est arrivé : car la fille (0 ne souhaite rien tant que d'avoir son père, puisqu'elle a perdu sa mère ; et quant a monsieur [l'Abbé de la Mente (2),] soit qu'il ayt eu compassion de ce père et de cette fille, soit qu'il ayt esté animé de ce divin Esprit qui nous fait vouloir du bien Cf. Matt., v, 44. a ceux qui nous font du mal *, il a des-ja protesté qu'il ne vouloit procurer aucune punition, ni faire partie.

Reste l'œil du publiq qui, je m'asseure, regardera avec édification la grâce d'un homme qui a tant de raysons et de justes excuses, ainsy que Vostre Altesse jugera bien, si elle commande que rapport luy soit fait de cette desadventure, selon qu'il en résultera des procédures de justice. Et partant, Monseigneur, la faveur que Vostre Altesse fera a cette calamiteuse famille sera également ornée de justice et de miséricorde, qui sont les deux aisles sur lesquelles Taggreable renommée des bons princes vole et au Ciel et en terre, parmi mille bénédictions et de Dieu et des hommes.

Playse donq a vostre debonnaireté, Monseigneur, de tendre sa main secourable a ce pauvre désolé, et d'excuser la liberté avec laquelle je luy propose ce bon œuvre, protestant que c'est avec toute la très humble révérence que je doys a Vostre Altesse, a laquelle je souhaite le comble de toute sainte prospérité, demeurant a jamais,

Monseigneur,

Son très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

Franç\ E. de Genève.

Le 7 julliet 1617, a Thonon.

( 1 ) A la date du 29 juin 1619, Jean de Coysia, conseiller de Son Altesse et plus tard sénateur au Sénat de Savoie, signe son contrat de mariage avec Dlle Claude, fille de noble et spectable Georges Crespin, du Dauphiné. C'est, très vraisemblablement, la fille du malheureux Président.

(2) Sylvestre de Saluées (voir le tome précédent, note (5), p. 390, et à l'Appendice II, sa lettre au duc de Savoie, 18 juin 1617). Ses bonnes dispositions ne durèrent pas longtemps, comme on peut le constater par la lettre du président Crespin à saint François de Sales, donnée à l'Appendice I.

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MCCCXXX

(fragment inédit)

Deux offensés qui souhaitent la grâce de l'offenseur. Plus d'infortune que d'iniquité.

Thonon, 7 juillet 1617.

la fille ne (a) craint rien tant que de se voir privée de son père, a mesure qu'elle se treuve avoir perdu sa mère ; et quant a monsieur l'Abbé de la Menthe, soit quil ayt eu compassion du père et de la fille, soit quil ayt esté animé de l'Esprit céleste qui nous fait souhaiter du bien a ceux mesme qui nous font du mal, il a protesté qu'il ne vouloit en façon quelcomque faire partie, ni procurer aucune punition.

Reste le publiq (b) lequel, je m'asseure, ne (c) sera nullement scandalisé si, sur forces (sic) raysons justificatives d'un tel accusé, il plait a Son Altesse d'ouctroyer la grâce, laquelle aiïîn de pouvoir plus aysement obtenir, j'addresse a vostre (d) charité, Monseigneur, cette très humble requeste, fondée partie sur la justice, partie sur la miséricorde ; d'autant que, comme on ne peut pas nier qu'il ny ayt en cet accident quelque sorte d'apparence de coulpe, puisqu'il y a des mortz et blessés, aussi faut il confesser qu'il y a beaucoup d'innocence en effect, et plus de grande infortune que de grande iniquité.

(a) ne — TcraignantJ

(b) le publiq — Tet la Justice J

(c) ne — ["tirera nul scandale. . . J

(d) a vostre — fbontéj

( 1 ) Ce fragment semble faire suite à la variante de la minute précédente ; mais la confrontation des deux Autographes et la mention de <« Son Altesse » ne permettent pas de douter qu'il n'y ait deux lettres différentes. François de Sales, comme il le faisait souvent, en écrivant au Duc se sera adressé en même temps au prince de Piémont pour obtenir son appui.

46 Lettres de saint François de Sales

Play se donq a Vostre Altesse de gratifier de sa faveur ( e ) ce calamiteux demeurant de famille, affln que, par le pardon fait a son chef, elle puisse aucunement subsister après un si funeste esbranlement.

Revu sur l'Autographe appartenant à M"e Angéline Gavard. à Ville-en-Sallaz (Haute-Savoie).

(e) de sa faveur — Pcette pauvrej

MCCCXXXI

A LA MÈRE DE CHANTAL

Une postulante attendue à Sainte-Catherine et qu'il faut recevoir à la Visitation. — Madame du Puits-d'Orbe en route pour Annecy. — Trempe d'esprit de l'Abbesse. — Le Saint offre son logis pour la voyageuse. — Malades corporelles et malades spirituelles.

Thonon, vers le 8 juillet 1617 ( 1 ).

Ma très chère Mère,

M. le Premier (2) et M. de la Valbonne (3) m'escrivent d'un'affection si extraordinaire pour Mlle de Beauvilars, que j'ay creu ne pouvoir ni devoir l'esconduire (4), attendu que ce bon seigneur peut et veut tant favoriser nostre mayson d'Annessi en toutes les occurrences esquelles la Congrégation en pourra avoir besoin. Vous verres, sil vous plait, la lettre que j'escris et celles que j1ay receues,

(1) L'allusion à la prochaine arrivée de Rose Bourgeois à Annecy, permet de rapprocher cette lettre de la suivante à l'Abbesse du Puits-d'Orbe.

(2) Antoine Favre, premier président au Sénat de Savoie.

(3) René Favre, fils du précédent, seigneur de la Valbonne. (Voir ci-après, note ( 1 ), p. 57.)

( 4 ) 11 s'agit sans doute de la fille de Gaspard de Bernières, sieur de Beauvillars, en Dauphiné (voir note ( 4 ) de la page suivante), qui avait épousé, en 1601, Huguette de Copier, ou Coppier. L'enfant n'était « qu'entrée en sa quatorzième année, » comme l'écrit la Sainte à la Mère Favre (Lettre du 8 juillet 1617, vol. I, p. 203), et c'est pourquoi on avait fait difficulté de la recevoir à la Visitation. Rien n'indique qu'elle y vint en effet, car son nom ne figure sur aucun livre de l'ancien Monastère.

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par lesquelles, je pense, vous connoistrés que nous ne pouvons pas gauchir.

Je voy bien qu'a Sainte Catherine (0, ou on gardoit la place, j'auray a m'excuser, puisque mesme la chère fille (2) s'estoit desfaite de tout autre besoigne pour avoir le soin de cette fille ; mays j'auray plus tost accommodé cela que mon esprit, si en chose qui se peut j'avois despieu a monsieur le premier Praesident. Dieu, ce crois-je, convertira ceci en bien, et si la fille sçait lire et escrire, et qu'elle soit si bien conditionnée qu'on dit, l'incommodité ne sera pas si grande. Monsieur le Curé de Bons (3), qui connoit M. de Beauvilars (4), en dit beaucoup de bien.

Mays voyla un'autre affaire. Mmedu Puys d'Orbe vient ( 5 ), et je ne puis nullement quitter les affaires que j'ay icy sur les bras, qui sont publiques et pour ma charge. Et encor, si un jour sufïisoit a voir cette fille, je m'efforcerois de courir jusque la et revenir ; mays, comme vous sçaves, cet esprit est malaysé a s'ouvrir, il y va des jours et des jours. Ma pauvre très chère Mère, ma vie (je vous asseure que je pensois escrire ma mie, mais il ne va pas mal ainsy) ; je dis donq, ma très chère Mère, escrives moy ce que je pourray et devray faire, a vostre advis.

Mays, mon Dieu, cette pauvre fille que j'ayme tant (6), a grand tort, ce me semble, d'avoir veu M. de Sauzea (7)

(1) L'abbaye cistercienne de Sainte-Catherine (voir tome XIII, note (4), p. 116).

( 2) Plutôt Louise de Ballon que Bernarde de Vignod, bien que toutes deux fussent les « chères filles » de l'Evêque de Genève.

( 3 ) Jean Mangier (voir tome XIV, note ( i ), p. 38).

( 4 ) Fils de Guillaume de Bernières, Gaspard (voir note ( 4 ) de la page précédente) occupa toute sa vie dans un interminable procèsà lui suscité par Jacques de Rochevieille, chanoine de Saint-Chef, au sujet delà maison-forte de Ville- Moirieu, près Crémieu. Propriété de la famille du Bourg, cette maison-forte avait été apportée à M. de Beauvillars par sa femme, veuve en premières noces de Laurent du Bourg-Cézargues. (Rivoire de la Bâtie, Armoriai du Dauphiné.)

(5) Rose Bourgeois était en route, en effet, pour Annecy. Elle s'arrêta à Lyon trop longtemps, et n'arriva pas jusqu'en Savoie. (Voir la lettre suivante, et plus loin celle du 13 janvier 1618 à M. Milletot.)

(6) L'Abbesse elle-même.

(7) André de Sauzéa (voir tome XIII, note ( 1 ), p. 271), qui avait été confesseur de la Communauté du Puits-d'Orbe.

48 Lettres de saint Fkancois de Sales

a Lyon ; car, quand il seroit un saint, puisque M. le Premier ( 1 ) et M. le Baron d'Origni (2) l'aborre (sic) si fort, ne failloit il pas s'abstenir de cette veùe ? Or bien, il ny a remède ; c'est pour cela que Dieu donne ces affections paternellement maternelles, affin qu'on se degouste point de servir ces enfans emmi leurs enfances.

Au reste, serves vous absolument de nostre logis pour la recevoir et de tout ce qui y est, sil vous semble bon de la faire loger la. En somme, je ne sçai que vous dire ; vous sçaves mon cœur comme le vostre propre, faites ce que vous verres. Osi la petite mayson de M. le fiscal (3) estoit desembarassee, il y auroit commodité ; au moins, moins d'incommodité.

Voyla aussi cett'autre fille de Bons qui peut estre viendra (4) : voyla bien du tracas. Tout se convertira en

(1) Beau-frère de l'Abbesse par son mariage avec Marie Bourgeois (voir tome XII, note ( i ), p. 267). Nicolas Brûlart était fils de Denis Brùlart, baron de la Borde et de Madeleine Hennequin. Il eut d'abord la charge de maître des requêtes au Parlement de Bourgogne ; devenu président en 1602, et premier président en 1610, sur la démission de son père, il mourut en 1627. (Moreri, 1740, tome II.)

(2) Guillaume Bourgeois, frère de Mme du Puits-d'Orbe. (Voir tome XIV, note (4), p. 131.)

(3) La maison de Maurice Barfelly, procureur fiscal au Conseil de Genevois (voir tome XVI, note (2), p. 257), ne fut acquise définitivement que le 15 août suivant. (Voir ci-après, Lettre mcccxlii, p. 62, et les notes qui l'accompagnent.)

(4) On peut suggérer avec beaucoup de probabilité le nom de Jeanne- Antoinette de Chevron- Villette-la-Couz. Religieuse de l'abbaye de Bons, où les « tendres âmes » couraient de grands dangers par suite des scandales qui, trop souvent, venaient s'ajouter à la décadence de la vie monastique. (Voir tome XIV, note (3), p. 81, et cf. ci-dessus, Lettre mcccxxv, p. 36.) La Cistercienne, fille de Pierre de Chevron-Villette, seigneur de la Couz, et de Simonne de Bussy et Gevressia, était la propre sœur de Françoise-Jéronyme de Villette, professe de la Visitation de Lyon.

Notre conjecture s'appuie sur deux lettres de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, revues sur les Autographes. « Je saurai la tentation de la pauvre Sœur F. Jéronyme, » écrit-elle à la Mère Favre le 10 avril 1617; « hélas! sa pauvre sœur s'est perdue, à ce que l'on dit; je prie Dieu qu'il la radresse. » (Voir Lettres, vol. I, p. 192. 1 Et quelques mois plus tard, à la même : « Je n'ai point parlé à Monseigneur; il m'a mandé que demain il donnerait une heure et demie à ma sœur de la Coût ( 1 ) pour sa confession. » (Ibid., p. 217.)

( 1 ) La Tour est. dans l'imprimé, une erreur de lecture, et la date de septembre attribuée à cette lettre est inexacte; en la comparant avec celle du 15 août (ibid., p. 213), on se convainc en effet qu'elle a dû la précéder.

bien, et la peine de l'enfantement estant passée, on se res-jouira du bien qui demeurera. La multitude des occasions de bien faire tient quelquefois lieu de croix, mais cet (sic) pourtant la croix la plus douce. Les convulsions des enfantemens, les tranchées, les douleurs sont fascheuses; les stériles, pourtant, les prefereroit (sic) a la tristesse de la stérilité.

Nos malades m'ont fait une grande consolation de guérir (0, et ces malades spirituelles nous en feroyent encor un (sic) plus grande si elles guerissoyent. On ne peut pas aymer sans travail, mais le travail est aymable quand on ayme *. (-) * Cf. s. Aug., De

bonoViduit.jC.xxi.

Ce qui me tient en peine pour le fait de la fille de la petite seur (3), c'est que je l'ay oùie en confession et la fille de chambre aussi, et bien que de ce coste la je ne sache chose au monde de ce qu'on dit, si est ce quil faut éviter qu'on le puisse penser. Dieu me conduira, car j'ay cela bien a cœur.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation du Mans.

Celle-ci dut arriver à Annecy peu après le retour du saint Evêque (30 juillet).

Ajoutons qu'il ne pouvait y avoir à cette époque une autre « soeur de la Coût », puisque la mère des deux Religieuses avait passé à de secondes noces et que leur frère Claude ne se maria qu'en 1644.

( 1 ) Voir ci-dessus, note ( 3 ), p. 32.

(3) Ici s'arrête le premier feuillet de l'Autographe; les lignes suivantes sont écrites en marge et continuaient sans doute la troisième page de la lettre, la quatrième étant ordinairement réservée à l'adresse.

(3) Françoise de Charmoisy (voir ci-dessus, note (3), p. 33).

l.fcTTRF.S VIII

MCCCXXXII

a madame bourgeois, abbesse du puits-d'orbe (0

Bienvenue à l'Abbesse. — La société des âmes pleines d'amour divin allège

les afflictions.

Thonon, 15 juillet (2) 1617.

Ma très chère Seur,

Je sçavois vostre venue de deçà par un advis que monsieur le Premier, vostre beaufrere ( 3 ), m'avoit envoyé, et par un billet receu des que je suis icy de madame la Première, nostre bonne seur (4). Et bien que je sois attaché icy encor pour quelque jours, si n'avois-je pas laissé de donner ordre que vous fussies receu (sic) Annessi, comme vous seres, Dieu aydant, a vostre arrivée (5), laquelle je suis infiniment marri avoir esté

retardée par cette (6) ntion. O Dieu, que.

vous a causé de desplaysirs ! Venes, ma très chère Seur, et venes bien disposée a suivre mes conseilz, qui partiront d'un esprit qui chérit vostre ame nompareillement. Que ce rencontre n'fébranle] point vostre courage ; Dieu convertira tout cela en bien.

La bonne madame de Chantai vous attend impatiemment ; vous seres, ce me semble, toute alegee du fardeau

( 1 ) L'Autographe de cette lettre est collé sur un carton, en sorte qu'on ne peut voir l'adresse, écrite sur le verso et dont on aperçoit des traces au recto. Mais la seule lecture et la comparaison de ce texte avec celui de la lettre précédente suffisent à persuader que la destinataire est Rose Bourgeois, abbesse du Puits-d'Orbe. (Voir tome XII, note ( 1), p. 271.)

( 2 ) Le second chiffre du quantième est très oblitéré sur l'Autographe; nous ne donnons 15 que sous réserve, car on pourrait lire aussi 12 ou ij.

(3) Nicolas Brûlart, premier président au Parlement de Bourgogne. (Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 48.)

(4) La présidente Brûlart, soeur de la destinataire. (Voir tome XII, note ( r ), p. 267.)

(5) Voir la lettre précédente, p. 48.

(6) Plusieurs mots ont disparu de l'Autographe par suite de l'usure; nous rétablissons entre crochets [ ] ceux que le sens permet de supposer, et remplaçons les autres par des points de suspension.

Année 1617 51

de vos afflictions quand vous aures esté un jour avec elle *et avec ses filles, qui sont, a la vérité, toutes pleines du divin amour et de douceur (O.

J'escris a monsieur le lieutenant (a) qui, je [m'assure,] suivra mon advis. Dieu vous bénisse, ma très chère Seur, ma Fille, et je suis en luy,

Vostre plus humble frère et serviteur, Franc5, E. de Genève.

A Thonon le 15 (?) julliet 161 7.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Gustave Chevallier, Missionnaire apostolique, à Fixin (Côte-d'Or).

(1) Nous avons dit déjà (note (5), p. 47) que la voyageuse ne vint pas à Annecy; cependant, ainsi que l'atteste la lettre du 13 janvier 1618, elle vit le Saint, sans doute à Grenoble, pendant l'Avent de 1617.

(2) « Lieutenant général des armées du Roi, baillif de Dijon, capitainelieutenant des gensdarmes de M. le Prince, » Claude de Saulx, comte de Tavanes et de Beaumont, était fils de Guillaume de Saulx, deuxième du nom, et de Catherine Chabot. En 1613, il était devenu neveu de l'Abbesse par son mariage avec la fille de la présidente Brûlart, Françoise, qui lui donna onze enfants. (Cf. tome XIV, note (1), p. 278.) Claude mourut de maladie au siège de Fontarabie, en 1638. (Moreri, 1740, tome VII.)

MCCCXXXIII

AU CHANOINE JEAN-FRANÇOIS DE SALES, SON FRÈRE (O Un empressé départ.

Thonon, 19 juillet 1617.

Mon cher Frère, Ces deux motz sont escritz sur le plus empressé départ

( 1 ) Voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 48. — Ce billet et le suivant sont écrits au recto d'un même feuillet, dont le verso porte pour adresse : A Monsieur de Boysi.

52 Lettres de saint François de Sales

que je fis onques (0; M. le Collatéral vous le dira (2), et tout le reste. Vives joyeux avec Nostre Seigneur.

A Thonon, le 19 julliet 1617.

A Monsieur Monsieur de Boysi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

( 1 ) Le Saint partait pour Evian et Saint-Paul. Peut-être allait-il conférer avec Claude de Blonay des affaires de la Sainte-Maison.

(2) Claude de Quoex (voir tome XII, note ( i ), p. 84), veuf depuis le 31 mai de sa première femme, Bernardine de Chissé, était allé, au commencement de juillet, sur l'avis de l'Evêque et l'invitation de son frère Philippe, se « promener jusques » à Thonon, pour voir Rose d'Yvoire qu'il épousa bientôt après.

MCCCXXXIV A la mère de chantal

Annonce de retour.

Thonon, 19 juillet 1617.

A nostre Mère.

Ma très chère Mère,

Ces trois motz vous annonceront ma santé et l'espérance de vous revoir bien tost. J'escris sur le départ pour Evian, ou je vay le plus empressement que jamais j'allay en lieu du monde; M. le Collatéral vous le dira.

Je suis, ma très chère Mère, comme vous sçaves vous mesme, tout vostre.

19 julliet 16 17.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

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MCCCXXXV

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