A MADAME DE GENEVE, ABBESSE DE BAUME-LÉS-DAMES
(inédite)
Consécration d'une chapelle mortuaire. — Compliments affectueux et saints conseils.
Thonon, 24 juillet 1617.
Madame ma très chère Mère,
Je pars, certes, accablé de milTaffaires, ayant aujourdhuy consacré la chapelle de monsieur vostre frère, qui sera bien belle, certes, et la tumbe aussi (2). Vous pouves penser si nous avons souvent parlé de vous, mays non pas toutefois si souvent comme j'y ay pensé.
Ma très chère Mère, vives tous-jours toute a Dieu, auquel vostre ame est de si long tems consacrée. Sa Passion soit vostre refuge, sa Croix vostre appuy, sa mort vostre vie et sa vie vostre gloire aeternelle. Je suis sans fin,
Madame ma très chère Mère,
Vostre très humble filz et serviteur, Franc3, E. de Genève.
24 julliet 1617, a Thonon.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nancy.
(1) Le second feuillet de l'Autographe a disparu, et, avec lui, l'adresse. Mais il ne peut y avoir aucun doute que ces lignes ne soient écrites à Marguerite de Genève (voir tome XV, note ( 1 ), p. 262), soeur du marquis de Lullin. (Cf. note (2), p. 13.)
(2) Par un acte du 16 septembre 1603, fait à Thonon, François de Sales avait autorisé le marquis de Lullin à « construire une chapelle contiguë à l'église de Notre-Dame de Compassion...., au côté droit, soit de l'Evangile, et sous le toit du bâtiment du prieuré, dit anciennement de Saint-Hippolyte. » La nouvelle construction formait un carré de vingt pieds de côté; un grillage en fer donnant sur l'église, permettait d'en apercevoir le maître-autel. Cette chapelle, dont les Barnabites acceptèrent la charge, avait un recteur, nommé et entretenu d'un revenu de cent cinquante florins par le fondateur. Elle renfermait la tombe de l'illustre famille de Genève. La consécration eut lieu le 24 juillet 1617, et le fait fut consigné dans une longue inscription gravée sur une plaque de marbre noir qui se voit encore, ainsi que celle portant l'épitaphe du marquis de Lullin, dans un cloître de l'ancien couvent des Minimes, devenu l'hôpital. (R. E. et Revue savoisienne, 20 octobre 1873.)
54 Lettres de saint François de Sales
MCCCXXXVI
A LA MÈRE DE CHANTAL
Des fermiers retardataires à payer. — Fine et aimable proposition du Saint à la Mère de Chantai.
Gex, 26 juillet 1617.
A nostre Mère.
J'envoye prendre des chevaux pour vous aller revoir, ma très chère Mère. Ce billet donq n'est que pour vous saluer en attendant, et vous dire que les fermiers de Monseigneur vostre frère (One me veulent point donner d'argent, par ce, disent ilz, qu'ilz ne peuvent faire vostre somme que d'icy a 15 jours!2). Voyes si vous voules que, pour attendre cela, je retarde icy. Vous aymeres mieux que je vous voye lundi, si ce n'est dimanche (3).
Dieu soit a jamais au milieu de nostre unique cœur.
A Gex, le 26 julliet 1617.
Et a ma très chère petite seur, ma fille tout uniquement très aymee (4), que j'ay grande envie de revoir.
Revu sur l'Autographe qui appartenait à M. Mercier, chanoine de la cathédrale d'Annecy.
(1) André Frémyot, archevêque de Bourges et prieur de Nantua. (Voir tome XII, note ( 1 ), p. 299.)
(2) « Notre bienheureux Père, » dit la Mère de Chaugy (Mémoires, etc., Partie II, chap. n), n'avait « pas voulu que notre Bienheureuse apportât quant et soi, non seulement du bien de ses enfants, mais non pas même du sien propre, lui commandant de se contenter d'une pension viagère que Mer de Bourges, son frère, l'avait priée d'accepter par aumône, et laquelle il lui a toujours continuée tandis qu'elle a vécu. » Cette pension s'élevait, d'après le Livre de Comptes du Ier Monastère d'Annecy, à environ trois cent soixantequinze florins.
(3) Selon toute probabilité, le Saint rentra, en effet, à Annecy le dimanche JO juillet. (Voir le billet suivant.)
(4) Marie-Aimée, veuve de Bernard de Sales.
Année 1617 55
MCCCXXXVII
A LA MÊME
Retour de l'Evêque à Annecy. — Pourquoi il veut le lendemain se lever de bonne heure.
Annecy, 30 juillet 161 7 (1).
Me voyci donq arrivé, ma très chère Mère, en très bonne santé, grâces a Dieu. Je dormiray bien cette nuit, sil luy plait, et vous obeiray fort soigneusement. Mais je ne pense pas que demain je puisse ne me lever pas matin, car il y a trop de playsir a jouir de cette douce partie du jour ; et puis, ne faut il pas aller dire vostre Messe, puisque le reste du jour sera pour l'Office de nostre grande feste (2)? Aussi ay-je un désir extrême de vous revoir, et ma très chère petite seur (3), avec nos Filles.
Dieu soit a jamais au milieu de nostre unique cœur. Amen.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation du Mans.
(1) Le retour de François de Sales après une longue absence, à la veille d'un jour dont l'après-midi devait être occupé par « l'Office de nostre grande feste, » indique la date de ce billet : il a été écrit le soir du 30 juillet 1617.
(2) La fête de Saint-Pierre-ès-liens, patronale du diocèse de Genève.
(3) La baronne de Thorens.
MCCCXXIX.
56 Lettres de saint François de Sales
MCCCXXXVIII