A M. ETIENNE DUNANT, CURÉ DE GEX
Zèle du Saint pour la discipline ecclésiastique. — Il soutient avec fermeté ses droits d'Evèque dans toute l'étendue de son diocèse, et impose sa volonté pour la gloire de Dieu et l'honneur de TEglise.
Annecy, 11 mai 1617.
Monsieur,
Je ne retarde d'aller a Gex que pour y aller plus a propos (a). Mays en attendant, je vous prie d'advertir tous nos ecclésiastiques de delà de faire retirer promptement les femmes quilz ont peut estre en leurs maysons. Et je dis peut estre, parce que je sçai que nul n'en avoit ci devant sinon M. Jaquin 0), auquel j'en ay parlé, et
( i ) Voir tome XIV, note ( i ), p. 65.
(2) Ce voyage, retardé plusieurs fois pour diverses raisons, n'eut lieu qu'au mois de juillet. (Voir ci-après. Lettres mcccxiv, mcccxix.)
(3) Originaire de Gex, Claude Jacquin avait été ordonné diacre le 17 septembre 1611. Deux ans après, il était, comme sacristain, chargé d'aider If. Dunant, à la fois titulaire et économe de la cure de Gex. Celle de Chevry lui fut aussi confiée ; mais tous les habitants de cette paroisse étaient huguenots, et jamais M. Jacquin n'y fit aucun exercice du culte catholique. Le 16 février 1619, il devint curé de Grilly, tout en gardant le titre d' «< ceconome des biens ecclésiastiques du bailliage de Gex, » que M. Dunant lui avait laissé. Il mourut en 1622. (R. E.)
Lettres Vlil 1
2 Lettres de saint François de Sales
m'asseure quil y aura mis ordre. Que sil ne l'a pas fait il a tort, car il sçait bien ce que je luy en ay dit. Ni ne veux pas croire quil soit si outrecuidé de dire, comme quelques uns, qu'il est en l'Eglise gallicane en laquelle les prestres sont privilégiés; car je pense qu'il sçait que l'Eglise gallicane est un membre de l'Eglise universelle, et que les anciens canons des Conciles y sont receuz, et que les Evesques ne sont/pas moins Evesques en France qu'ailleurs, et, qu'en particulier, je ne suis rien moins delà le Rosne que deçà, ains j'affectionne d'establir la discipline ecclésiastique de delà, et sur tout a Gex, avec plus de soin que de deçà, par ce qu'icy les adversaires de l'Eglise sont moins puissans et moins praesens. May s, de tout ceci, communiques en avec le P. Commissaire (0 qui est, je m'asseure, maintenant vers vous, afïin quil fortifie mon intention de ses remonstrances, sil y escheoit. Or, mon intention est que nul prsestre n'ayt en sa mayson aucune femme qui y habite, sinon les mères, bellemeres, seurs, belleseurs, tante (c'est a dire seur du père ou de la mère) et nièce, fille de frère Canon, m. ou de seur, selon l'ordre porté par le Concile de Nicee *.
Et ce soit asses dit quant a ce point, auquel je veux estre obéi absolument, sachant combien il importe a lhonneur de l'Eglise. Toutefois, si ledit M. Jaquin n'a voit pas obtempéré et quil demandast quelques quinze jours de delay, vous le luy pourres donner.
Je dis de mesme delà distribution des saintes Huiles, en quoy tous nos confrères doivent suivre l'ordre mis au Sinode (2). Il n'est pas expédient pour encor que M. Jaquin aille faire résidence; car, comme pourroit il faire
( i ) Le P. François de Chambéry, Capucin (voir tomes XI. note ( i ), p. 179, et XVI, note (2), p. 220).
(2) A moins de raisons majeures, François de Sales, selon l'ordonnance de M«r de Granier, son prédécesseur, réunissait le synode diocésain le mercredi qui suit le deuxième dimanche après Pâques. Celui de 1617 dut donc avoir lieu le 12 avril, jour où tombait ce mercredi. Trente-et-un statuts furent promulgués dans cette assemblée : le neuvième regarde la distribution des saintes Huiles, en désigne les officiers et en règle le temps et la manière ; le onzième ordonne aux ecclésiastiques, sous peine d'excommunication, de congédier les i 11 Iraient dans leurs maisons, si elles n'ont le degré de parenté indiqué dans la présente lettre du Saint.
commodément la charge de Tceconome que vous luy aves remise ? Il a promis de faire reparer la mayson presbiterale de sa cure (0 et accommoder les choses requises a l'exercice, ce qu'attendant il pourra bien suppléer. Le P. Commissaire estant la, je m'asseure, employera sa prudence a discerner ce qui sera expédient, affin que, quand j'y iray avec luy, nous puissions trancher nettement et ordonner a chacun son office et ce quil devra faire.
Atant, me recommandant a vos bonnes grâces et prières et saluant humblement le P. Commissaire avec tous les Pères (2) et nos confrères Mrs les curés, je demeure,
Monsieur,
Vostre très humble confrère,
Franc5, E. de Genève, xi may 161 7, Annessi.
Monsieur Monsieur du Nant, Curé de Gex.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la comtesse cTAsnières de Sales, à Metz (Annecy).
( 1 ) La cure de Chevry (voir ci-dessus, note (3). p. 1). (2) Les Pères Capucins du bailliage de Gex.
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