A MADAME DE LA VALBONNE
Double renoncement. — Délicate charité de François de Sales à l'égard de ceux qui n'approuvent pas ses avis. — Quand la perte des Communions n'est pas dommageable à l'âme.
Annecy, 15 mai 1617.
(a) Il n'y a remède, ma chère Fille : nous avons renoncé aux consolations mondaines, et, non contens de cela,
( 1 ) Andrée de Nicolle de Crescherel, femme de René Favre de la Valbonne. (Voir tome XV, note ( 1 ), p. 216.)
(2) L'Autographe conservé autrefois à Bourges comprenait seulement le texte reproduit ici, qui paraît former un tout complet; les éditeurs de 1626 et ceux qui les ont suivis le donnent enchâssé dans un autre auquel une étude sérieuse reconnait une date différente. Nous renvoyons ce dernier à la fin de l'année 1 6 17 .
4 Lettres de saint François du Salhs
encor nous faut il renoncer aux spirituelles, puisque telle est la volonté de Celuy pour lequel nous devons vivre et mourir.
Pensés si nostre Mère (0 eust fait une grande feste de vous voir a la Visitation, et si vostre consolation m'en eust donné une excellente. Mais puisque le mary ni le confesseur ne l'ont pas treuvé bon (2), il faut demeurer en paix, comme aussi aux retranchemens des Communions. Je ne sçai leurs motifs en cela, et ne les sachant pas, il ne faut pas que j'en die autre chose. Hz ne sçavent peut estre pas aussi les miens, et c'est pourquoy ilz ne les jugent pas dignes d'estre suivis. En cela, chacun a son goust particulier; mais pour vous, je vous asseure bien que vous ne perdres rien, car ce que vous ne gaigneres pas en la suavité de la Communion, vous le treuveres en l'humilité de vostre sousmission, si vous acquiesces simplement a leurs volontés.
Mays de cette crainte qu'on vous donne que vos fréquentes Communions vous pourroyent tourner a mal, je pense que vous ne vous en deves point mettre en peine, et qu'on ne vous a pas dit cela par discernement de Testât de vostre cœur, mays pour vous mortifier, ou peut estre simplement par manière de desfaite, comme quelquefois il arrive aux personnes mesme fort sages de ne peser pas bien toutes choses.
Quand madame la Présidente viendra (3), au moins alhors nous verrons-nous ; et ce pendant, vives toute humble, toute douce, toute passionnée de l'amour sacré de l'Espoux céleste. Je suis en luy, ma très chère Fille, tout parfaitement vostre.
D'Annessi, le 15 may 1617.
( 1) Lorsque le Saint emploie cette expression, il s'agit toujours de la Mère de Chantai; nous croyons superflu de le rappeler chaque fois au lecteur.
(2) Au mois de janvier, Mme de la Valbonne avait déjà fait une tentative infructueuse pour obtenir l'autorisation d'un voyage à Annecy (voir le tome précédent, p. 336); elle dut revenir à la charge au printemps, sans avoir plus de succès. Il semble que, par les présentes lignes, le Saint réponde à ses regret? et à ses plaintes.
(3) Philiberte Martin de la Perouse, femme du président Favre et bellemère de la destinataire. (Voir tome XIV, note ( 1 ), p. 372.)
Année 1617 5
MCCCX
A M. PHILIPPE DE QUOEX (0
Amour maternel que doivent avoir les ministres de Dieu pour les âmes. — Aimable réponse à une filiale inquiétude. — La « petite ruche » et les « pauvres abeilles. » — Ce qui affligeait l'Evêque de Genève et ce qui le consolait. — Dissension dans un prieuré.
Annecy, 16 mai 1617.
Monsieur,
Sans offencer ou quasi sans offencer une fille, on la jugeroit peu sage et n'avoir pas la cervelle bien arrestee si, au milieu de la ville, elle ouvroit son sein et exposoit ses mammelles a la veuë de chacun es rues et aux églises ; mais on ne murmurera jamais, et l'on ne le doit pas faire, de voir qu'une mère nourrice ouvre son sein, monstre et donne sa mammelle a son poupon, pour ce que Ton sçait bien qu'elle est nourrice, et que son devoir de mère nourrice l'oblige a donner le lait a son cher petit poupon en quel lieu et place qu'elle connoist qu'il en a de besoin.
Je dis ceci et pour vous et pour moy ; car il faut tous-jours faire ce que nous devons, pour le service de nostre doux et bon Maistre, envers ceux qui sont véritablement en luy nos enfans, et leur ouvrir en tout lieu, ou leur nécessité le requiert, le sein maternel de nostre affection a leur salut et leur donner le lait de la doctrine. Je dis maternellement, a cause que l'amour des mères est tous-jours plus tendre envers les enfans que celuy des pères, pour ce, a mon advis, qu'il leur couste plus. Soyons-le pourtant l'un et l'autre ; car c'est le devoir que le Souverain nous a imposé.
( 1 ) Ce texte est-il unique? C'est fort douteux. On croirait reconnaître non seulement différentes dates, mais double destinataire. La majeure partie de la lettre s'adresse certainement à Philippe de Quoex (voir tome XII, note ( 1 ), p. 30) ; peut-être le post-scriptum a-t-il été écrit à son frère, le Prieur de Talloires (voir tome XIV, note ( 1 ), p. 172).
Nous laissons la date indiquée par l'édition de 1641, qui s'applique au moins eu toute assurance aux passages relatifs aux difficultés suscitées contre les Religieuses de la Visitation.
6 Lettres de saint François de Sales
(0 Au reste, je vous asseure que j'ay ri, mais sçaves vous, de bien bon cœur, quand j'ay veu, sur la fin de vostre lettre, que Ton vous avoit dit que je m'estois mis en grande cholere, et avois dit tout ce que vous me marques. Et de plus, vous me dites : Mon Père, ne caches point la vérité a vostre filz, qui est perplexe sur ce sujet.
Et je vous dis donq que véritablement, mon Filz, mon cœur va rendre a vostre cœur l'hommage de la vérité. Si celuy qui vous a fait un narré de ma cholere, n'en eust pas eu davantage que moy, vous ne séries pas en peine de ce chetif Père. Mays je vous supplie, quand il retournera a vous, embrassés-le de ma part, et luy donnes double charité, car je vous confesse qu'il n'a pas tout a fait tort. Je suis un chetif homme, sujet a passion ; mais, par la grâce de Dieu, depuis que je suis berger, je ne dis jamais parole passionnée de cholere a mes brebis. Il est vray que, sur la résistance de ces bons NN., je menaçay celuy ci de son Supérieur et l'autre de N. ; mais je ne fis rien en cela que ce que je doys faire et que je feray tous-jours en tel cas (2). Je fus esmeu a la vérité, mais je retins toute mon esmotion, et confessay ma foiblesse a nostre Mère, qui, en cette occasion, n'eut, non plus que moy, aucune
( i ) Les trois alinéas suivants sont donnés d'après le texte inséré dans YHistoire de la Fondation du ier Monastère d'Annecy, par la Mère de Chaugy, et l'édition de 1641.
(2) « Dieu permit pour un grand exercice du saint Prélat et de nostre unique Mère, » raconte la Mère de Chaugy, « ... que le diable jetta tant d'aversion en l'esprit de certaines personnes, de voir dresser ce monastère au lieu ou l'on luy donnoit assiette,... qu'avec une extrême importunité, a grans coups de pierre, ils chassoient les ouvriers de la besougne et leur fesoient mille niches. » (Cf. Lettres de Ste J.-F. de Chantai, vol. I, p. 15; la date de 1614 attribuée à la lettre de la Sainte que nous indiquons, est évidemment fausse.)
« Une fois, » poursuit YHistoire de la Fondation. « l'insolence de quelques personnes passa si avant, qu'a grans coups de hache, ils rompoient les tours des ouvriers. L'on fut promptement quérir le Bienheureux, la présence duquel ne fit pas cesser cette action déréglée; luy, dans son incomparable douceur, se tenant à l'opposite de celuy qui fesoit ce scandale,... luy dit par trois ou qu:-ttre fois : — Mon ami, cessé, cessé, je vous prie. — Et voiant qu'il n'en fesoit rien, il luy prit doucement son hacheron de la main; et alors, il raffermit son visage, et joignant a sa douceur une majesté, autorité et force pontificale, il reprit fortement ce personnage, fesant entendre que si l'on ignoroit jusqu'où arrive le pouvoir d'un Evesque sur tous ceux qui vivent dans son diocèse, qu'il le leur feroit savoir par expérience. »
Année 1617 7
parole de passion (0; et je vous diray bien de plus: il semble que ces bonnes gens la se plaisent a luy donner des frequens sujetz de mortification, qu'elle boit insatiablement.
Mais dites moy, Monsieur mon cher Confrère, quel tort avons nous fait a ce bonhomme? Helas ! nostre Mère ni moy ne prétendons qu'a dresser une petite ruche, médiocre et conforme a nostre dessein, pour loger nos pauvres abeilles qui ne se mettront en peine que de cueillir le miel sur les sacrées et célestes collines, et non de la grandeur ou embellissement de leur ruche. Il est vray que, quand je considère nostre Mère et ses filles, (*)gratias ago ei qui me confortavit, Christo Jesu Domino nostro, quia fidelem me existimavit, ponens in ministerio *, a l'occasion de cette Congrégation . C'est asses dire * l Tim-> h l2la dessus pour vous oster de peine, mon très cher Frère, mon ami; priés seulement pour nous, et tout va bien.
Pour le regard de ces bons gentilzhommes (2), pour Dieu, Monsieur mon très cher Confrère, absolves de tout ce que je puis absoudre, sans reserve ; car, pourquoy vous reserverois-je aucune authorité que je puisse communiquer, puisque vous ne reserves aucune peine que vous puissiés prendre pour le bien de mes chères brebis?
(*) le rends grâces à Celui qui m'a fortifié, au Christ Jésus notre Seigneur, de ce qu'il m'a jugé digne de sa confiance, en ni établissant dans le ministère.
( 1 ) « Ce Bienheureux allant au parloir vers nostre unique Mère, » continue l'annaliste citée à la note précédente, « luy confessa que ce desordre l'avoit emeu, et qu'il avoit falu qu'il eut pris son cœur a deux mains... afin qu'il ne fit mouvement, ny dit parolle que selon la justice et la droite raison; en quoy il mit en admiration toute l'assemblée, ayant veu reluire en cette seule action tant de mansuétude et de majesté, de douceur et de sainte force tout ensemble. »
Quant à la Sainte, elle n'eut en effet « aucune parole de passion. » — « Mon pauvre très cher Père, » écrivait-elle à cette occasion (lettre indiquée cidessus), « ceci passera bientôt, et la paix nous durera éternellement, s'il plaît à Dieu. » Ce fut toute sa plainte.
(2) Quelques gentilshommes de Genève, peut-être, ou des environs, qui auraient eu recours à M. de Sainte-Catherine, souvent à Thonon, pour être absous de l'hérésie.
8 Lettres de saint François de Sales
Helas ! Monsieur mon cher ami, j'ay quelquefois les
larmes aux yeux, quand je considère ma babilonique
Genève calviniste : (*) Hœreditas nostra versa est ad
Thren., oit., 2. cilienos * ; le sanctuaire est en dérision **, la mayson de
'Cf. Ezech.,xxn,8. -r^. r , ,. . -, T «
Dieu en confusion ; et qu en diray-je? Je ne puis bonnement autre chose que pleurer sur ses ruines.
Quand je considère nostre pauvre, petite et humble Visitation qui apportera tant de gloire a Dieu, encor ay je quelque consolation d'estre Evesque de ce diocèse; au moins y auray je fait ce bien. Mais si cet evesché avoit un Hilaire, un Augustin, un Ambroyse, ah ! ces soleilz dissiperoyent les ténèbres de Terreur. Toutefois je m'ar- Ifarc, vu, uit. reste, et dis comme les gens de nostre Evangile * : Dieu a tout bien fait. Et vous, mon parfait ami et très cher Confrère, vous feres bien, si vous me croyes incomparablement
Vostre très humble frère et serviteur, (a peu s'en faut que je ne die filz)
Françs, E. de Genève.
D'Annessi, le 16 may 1617.
( 1 ) J'ay esté vivement touché d'apprendre qu'au prieuré de [Talloires (2)] l'on n'y voit plus la face de la sacrée dilection et union, sans laquelle la Religion n'est qu'une véritable illusion. Le pire est que la dissension est entre les bons, dont elle est plus dangereuse ; et, comme dit saint Bernard parlant des Religieux qu'il estime estre les yeux de l'Eglise, espouse de Jésus Christ, (*) non est
(*) Notre héritage a passé à des étrangers.
(*) il n'y a pas une douleur semblable à leur douleur.
( 1 ) Voir ci-dessus, note ( i ), p. 5 .
( 2) C'est bien le monastère de Talloires qu'on peut indiquer avec le plus de vraisemblance ; on se souvient combien saint François de Sales avait travaillé pour y introduire la réforme et comme il avait été secondé par les frères de Quoex. (Cf. tomes XIV, note ( 1 ), p. 173, et XVI, notes ( 3 ), p. 1 13, ( 2), p. 127, et Appendice II, C, p. 403.)
dolor si eut dolor eorum *. Vostre œil doit discerner ce 'Thren., i, 12. qui sera propice pour remédier a ce mal ; vostre modération paternelle doit dissiper les humeurs peccantes ; vostre zèle, vostre justice et vostre force, doit terminer ces discordes.
MCCCXI
A MADAME DE LA FLÉCHÈRE (0
'inédite)
Quelques nouvelles. — Intérêt de saint François de Sales pour les enfants de la destinataire. — Messages. — « Une carrossée de dames » arrivant de Grenoble. — Les exercices spirituels de Mme de la Thuille.
Annecy, 20 mai 1617.
Nous ferons ce que nous pourrons pour ce pauvre bonhomme affin quil demeure icy, quoy quil me sera malaysé, le P. François (2)qui sçait tout, estant absent. Dieu accompaigne monsieur le Marquis de Saint Damian (3), avec lequel nous avons esté bien doucement icy, et croy qu'il soit de bonne nature.
Puysque monsieur de Charmoysi, nostre cousin (4), a esté d'advis que l'on ramenast le filz (5), il ne peut estre que bon. Vous aures sceu comme nous avons gouverné
(1) Madeleine de la Forest, veuve de Claude-François de la Fléchère. (Voir tome XIV, note ( 1 ). p. 1.)
(2) Très probablement le P. François de Chambéry qui, à cette date, se trouvait à Gex. (Voir ci-dessus, p. 2.)
(3) Henri de Maillard, fils du comte de Tournon (voir le tome précédent, note (2), p. 594), se rendait en Piémont pour prendre part à la guerre contre les Espagnols.
(4) Cousin à la fois du Saint et de Mme de la Fléchère, Claude de Charmoisy (voir tome XII, note ( 1 ), p. 216) s'occupait activement des affaires de celle-ci depuis son veuvage. (Cf. le tome précédent, pp. 164, 169, 195.)
(5) Le fils de Mme de la Fléchère, Charles (voir tome XV, note ( 2 ), p. 86), avait été envoyé à Lyon pour y continuer ses études. (Cf. le tome précédent, note ( 1 ), p. 507.)
ÎO LtTTKES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
l'Anthoine (0 qui, avec un peu de soin, deviendra brave fille, ayant l'esprit bon comme elTa, et vous pouves penser si je luy souhaite du bien.
Je vous salue mille et mille fois de tout mon cœur, du quel je suis très parfaitement tout vostre.
F. E. de G.
Annessi, le XX may 1617.
Je vous supplie de saluer M"c de Beaufort(2), que je chéris et honnore infiniment, et M'"c de MirebelO), et madame de Monthouz un peu a part (4).
Nostre Mère est en affaire pour la réception d'une vertueuse damoyselle de Grenoble qui est venue ce matin, avec une carrossée d'autres dames qui l'ameynent (?) ; car il vous faut tenir advertie des particularités de la May son, et que Mme de la Thuille (6) partit hier, ayant fait sa revëue a la Visitation, ou ell'a esté cachée environ sept ou huit jours, avec beaucoup de consolation pour son cœur.
A Madame Madame de la Flechere.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Harrow (Londres).
(1) Antoinette de la Fléchère, fille de la destinataire, élevée à l'abbaye de Bons, auprès de sa tante. (Voir tome XV, note (2), p. 86.)
(2) Jeanne-Aimée de Beaufort (voir le tome précédent, note (5), p. 268).
(3) Françoise Portier, femme de Pierre Solliard, seigneur de Miribel. (Voir tome XIV, note (4), p. 120.)
(4) Sans doute Claire-Marie de Maillard-Tournon, mariée à Gabriel Guillet de Monthoux. (Voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 305.)
( 5 ) Mlle Hélène de Gérard-Réautier (voir ibid., note ( 1 ), p. 388), destinée à la future fondation de Grenoble, venait, selon l'avis de l'Evêque de Genève, se former à la vie religieuse au Monastère d'Annecy; elle y prit l'habit le <y août suivant, avec le nom de Jeanne-Hélène. Parmi les dames qui l'accompagnaient, se trouvaient sa mère et sa tante, Mme de Bouquéron. (D'après VHist. de la Fondation de la Visitation de Grenoble.)
(6) On sait que Louis de Sales, seigneur de la Thuille, avait épousé en secondes noces Madeleine Roero de Bressieu, propre nièce de la destinataire. (Voir tome XVI, note (4), p. 27.)
Année 1617 11
MCCCXII
AU DUC DE SAVOIE. CHARLES-EMMANUEL 1er ( « ) Droits de la ville d'Annecy aux bienfaits du souverain.
Annecy, 26 mai 1617.
Monseigneur,
Cette ville d'Annessi recourt a la debonaireté de Vostre Altesse pour avoir la confirmation des privilèges que Messeigneurs ses prédécesseurs luy ont donné (2). Je jointz ma très humble supplication a la sienne, protestant que jamais Vostre Altesse ne gratinera aucuns peuples de sa sujettion qui ayt (sic) plus de cœur, d'honneur, de fidélité et d'obéissance a vostre coronne, Monseigneur, que celuy ci qui, au reste, a un extrême besoin d'estre revigoré par telz bienfaitz, tandis qu'incessamment avec moy il levé les mains et les yeux au Ciel pour la prospérité de Vostre Altesse, delaquelle je seray a jamais,
Monseigneur,
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
Franc9, E. de Genève.
xxvi may 1617, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
( 1 ) Voir tome XI, note ( i ), p. 168.
(2) Depuis 1614, la Ville d'Annecy importunait le duc de Savoie et le duc de Nemours pour que fût maintenue en sa faveur l'exemption des impôts extraordinaires (voir tomes XVI, note (7), p. 269, note (2), p. 524, et XVII, note ( 1 ), p. 334). Le 26 mai 1617, elle députa encore, dans le même but, à Turin, le syndic Claude de Lalée, connu par « sa diligence et rare prudence. » Il fut le porteur de cette lettre et de la suivante. Mais le 12 juillet, deux Barnabites, D. Juste Guérin et D. Urbain Peyra, Provincial, arrivaient de Piémont avec la nouvelle de la maladie du délégué qui mourut, en effet, quelques jours après, sans avoir accompli sa mission. Elle fut confiée alors, le 19 août, au P. Juste Guérin, et dès le 6 septembre, M«r le prince Cardinal octroyait pour deux ans la continuation des privilèges. Le dévoué Barnabite poursuivit jusqu'en 1619 pour l'obtenir à perpétuité, mais sans réussir complètement. La Ville dut se contenter d'une immunité temporaire. (D'après les Reg. des Délib. municip.)
12 Lettres de saint François de Sales
MCCCXIII
Recours à l'intervention du prince pour obtenir la confirmation des privilèges de la ville d'Annecy.
Annecy, 26 mai 1617.
Monseigneur,
Cette petite ville cTAnnessi recourant a Son Altesse (2) pour la confirmation de ses privilèges, a toute son espérance en vostre bonté. C'est pourquoy elle l'implore de toutes ses forces ; et moy, Monseigneur, j'accompaigne d'autant plus hardiment sa supplication, que Vostre Altesse me tesmoigna lhors qu'elle estoit de deçà (3), qu'elle nous favoriseroit tous en cett'occasion. Et je le croy, Monseigneur, puisque vostre debonaireté se plait aux bienfaitz, et particulièrement envers les peuples fidèles, obeissans et affectionnés a la coronne de Son Altesse, tel que je puis attester estre celuy ci, qui, outre cela, a grand besoin d'estre en quelque sorte allégé.
Ainsy nous prions tous Dieu qu'il bénisse, conserve et prospère Vostre Altesse, delaquelle je vivray a jamais,
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
Franc3, E. de Genève.
Annessi, 26 may 1617.
( 1 ) Voir le tome précédent, note ( i ), p. 45. ( 1 ) Le duc de Savoie. (Voir la lettre précédente.)
( 3 ) En août-octobre 1616. (Voir le tome précédent, notes (2), p. 268, et (1), p. 285.)
Année i 0 i 7 13
MCCCXIV