LETTRE DE M. ETIENNE DUNANT CURÉ DE GEX
cf. Epist. mcdxcv. * Pour obéir a vos commandemens de respondre aux vostres sur l'avis que voulez avoir touchant l'establissement que vous voulez faire de la pension du sr Curé quil vous plaira instituer de la cure de
( 1 ) Voir tome XIV. note ( 1 ), d. 65.
(2) C'est au verso de cette lettre que saint François de Sales a écrit les notes pour des sermons, données au tome VIII, p. 378. (Cf. note (i),ibid.)
Lettres de quelques correspondants 427
Sacconex, il est certain que pour ce eflect il est nécessaire de chercher aillieurs des moyens pour luy donner quelque honneste commodité pour s'entretenir ; car ladicte cure d'à présent ne sçauroit avoir guiere davantage de 300 a 400 florins, monoye de Genève. Or ce pendant, quand a Vernier, Matigni et Meirin, mentionnées dans les vostres, il me semble que l'ont (sic) ne pourroit affecter le revenu, soit les diesmes, de toutes troys, pour rendre bonne Sacconex, sans intéresser grandement icelles paroisses, et par conséquent d'autres qui demeuroient (sic) désertes ; et ainsi l'ont mescontenteroit beaucoup de gens. A mon avis, l'ont ne peut du moins que de prouvoir les cures qui auront honnestement de quoy pour l'entretient d'un sr Curé, et principalement si les habitantz des lieux les requirent : comment a Grilly, Versoix, Chevry, ou les paroissiens (dis je) se plaignent de ce que ilz n'ont point de Curez et qu'ont transporte le revenu autre part.
Quant a celles qui ont les biens venduz ou aliénez, et ce pendant il est requis d'y establir des ecclésiastiques, comme Sacconex, Ornex, Thoiry, voisines des autres, Matigni, Vernier et Meirin, il seroit expédient, voire nécessaire, sçavoir a quoy monte tout le revenu des biens ecclésiastiques de ce Bailliage généralement, et, selon la porté desdicts biens, les distribuer a chasque cure comme l'ont recognoistroit estre de besoing, et non pas démembrer le corps de l'œconomie pour accommoder un particulier. Et partant, puisqu'il vous plaict de faire un establissement gênerai et parfaict de toutes les cures, si vous estiés de retour moyennant la grâce de Dieu, vous pourriez remettre ce qui est de Sacconex avec les autres ; et ainsi, pour une bonne foys, vous vous délivreriez de plusieurs ennuys que vous en recevés a l'ordinaire. Je me crain fort que serés forcé de ce faire au plustost, et rompre cette œconomie qui mange une partie du revenu tant pour une chose que pour autre. A grand peine les sieurs Curez sont payez, les debtes point ; les bastimentz des églises vont a ruine pour n'y faire aulcunes réparations.
Monsieur Roges *, de vostre part, a voulu instituer M. Poncet de • videtom.xi, p.249, la cure de Sacconex, comme vacante, lequel ne l'a osé accepter que „ot '. (i)T ,p-335, premièrement il ne puisse veoir quelque revenu certain ; ce (sic) soubmettant et remettant le tout a vostre bien heureux et désiré retour et bon plaisir ( « ). Au reste, il en a pris la gardiature et charge dy faire le service divin, de quoy monsieur Cheynel (2) n'en est pas
(1) Pierre Poncet fut en effet institué curé de Sacconex le 19 décembre de cette année. ( Voir tomes XV, note ( 3 ), p. 60, et XVI, note ( 1 ), p. 219. )
(2) L'économe de la paroisse de Bons, Claude de Cheynel, desservait en même temps celle du Grand-Sacconex. (Voir tomes XV, note ( 1 ), p. 340, et XVI, note (3), p. 220.)'
428 Appendice
autrement content. Ce pendant hier, a ma présence, il promit a monsieur Poncet de luy remettre et quitter ledit bénéfice d'icy a Noël, n'attendant autre que de recouvrer tout ce que luy est deub de sa
• Cf. tom. xvi, Epist. pension *, et vous en donner avis. Si vous trouvés bon que cela soit,
lors monsieur Gobet, au lieu de Versoix (qui est un lieu plus important et qui requier un homme bien capable), pourroit estre institué deSessy (0. Monsieur Bernard (2) aussy desireroitd'y venir, mais il seroit plus nécessaire audit Versoix, si sa volonté y acquiesce.
Au reste, les catholiques dudit Versoix se plaignent grandement de ce que Mr Gobet ny faict aucun service , et ny a moyen qu'il y fasse, puis qu'il ne reçoit aucune commodité pour y vivre et qu'il n'y a lieu pour y célébrer. Mais je luy ay faict entendre que, ou il entrera en payement, qu'il fasse son devoir et service en l'église de Souvernier, toute proche de Versoix et de l'habitation de monsieur de Cottalliod : et ainsi il consoleroit tous ces bons catholiques de part delà, •vide P. 1, not. (3). A faute que ledit sr Cottalliod ne peut obtenir de monsieur Jaquin*
ce qu'il vous a pieu ordonner pour son filz, j'ay esté contrain moymesme de prendre ce jeune homme avec moy, pour consoler le père et la mère qui sont fort pauvres. Le petit filz de Montanier, l'ayant aussy gardé deux moys, est maintenant a Tonon, et son père vous en rend un monde d'actions de grâces, encores quil ne ce soit prévalu de ce que luy avez ottroyé. Vente (sic) Israelita, et dignus tanti
• vide P. 328, not. (6). bénéficia M. Paris* n'en a pas esté content, ne regardant qu'a son
profit particulier ; lequel ne m'en veut point du bien, ne m'ayant jamais voulu rendre les clefz de ma cure, dans la quelle je l'avoys logé gratuitement pour luy faire du bien, luy ayant encor accomodé d'un jardin 3 ou 4 années. Pour toute recompence, il m'a refusé les clefz, comme aussy les robbes que vous aviez commandé de faire pour les enfantz qui respondroient les Messes. Je desiroys les donner a des pauvres petitz enfantz tout nuds, et paroissiens, qui portent l'eau beniste par les maysons, qui seroient très contens de les avoir et servir les Messes cum décore. J'en ay prié Mr Paris les me vouloir rendre, lequel n'a jamais voulu ce faire.
Pour cela, ny pour autres choses, n'ayez, Monseigneur, aulcune doubte quil en survienne aucun desordre, car je prometz a Vostre Reverendissime Seigneurie que je m'armeray d'une forte patience jusques a ce que, par vostre ordonnance, droict soit faict a un chescun. Ce pendant, je ne cesseray jamais, après un très humble baisemains, supplier la divine clémence vous préserver longuement sur
(1) Ordonné prêtre en 1615 et d'abord vicaire à Versoix, Jean Gobet en devint curé le 7 mars 1624 et mourut en 1631. ( R. E. )
(3) Serait-ce Pierre Bernard, natif d'Ardon, tonsuré le 16 juin 1576?
Lettres de quelques correspondants 429
terre pour son service et consolations de vos peuples et diocœsains, et rendre vostre voyage heureux pour le bien et respiration de la patrie.
Dieu soit en vostre garde. Amen. Demeurant, Monseigneur.
Vostre très humble, très obéissant et fidelle S. et serviteur,
Dunant, Curé de Gex.
Ce xiii octobre 1618.
Monseigneur, permettez moy que je vous donne avis des empeschementz que ceux de la r. p. r. apportent aux catholiques en plusieurs lieux du Balliage : comme a Divonne, les habitans du lieu n'ont jamais permis qu'aucun catholique si soit retiré ; des particuliers y ont battus et blessés monsieur le Curé, l'ayant aggressé sur le chemin pour le vouloir tuer, comme conste par les informations prinses, lesquelles le sr Curé n'a voulu poursuivre, voyant la difficulté et longueur de la Justice de Gex.
Dernièrement, les R. P. Cappucins estantz au pays de Vaux, dans le chasteau de monsieur de Prengin de Grang Cour (1), seigneur de Fribourg, les domestiques se plaignoient a eux qu'ilz viendroient (sic) volontier venir a Divonne (lieu plus proche) pour ouyr la S. Messe, mais quilz n'osoient a cause d'eux qui ne le veulent permettre.
La sepmaine passée arriva un cas fort estrange a la maison dudit sr Curé, par lequel ce peut veoir de quel esprit sont guidez les auteurs d'iceluy, qui sont gens du lieu. Certaine femme, sous l'ombre d'amitié, donne a une petite niepce quil a avec soy , aagée de quelques 15 ou 16 années, des pommes en quelque quantité. Jaçoit que la dicte fille fit tous les refus de les accepter, de peur de désobéir a Mr sondit oncle, les reçoit neantmoins ; mais, par la volonté de Dieu, au lieu de les manger elle les jette au feu pour les cuire, au moins une partie. Voicy que ces pommes estant chaudes, qu'elles sautent toutes hors du feu, les unes en haut, les autres par la chambre, avec du bruit. La fille voyant cela, estant toute espouvantee d'un tel stratagème, sort dehors a la rue, appelle une femme pour venir voir telle chose; retornent dedans, mettent le reste des dictes pommes au feu, arrive le semblable. Que peut Ion penser quil fut arrivé a ceste créature si elle en eust mangé? Enfin, si Dieu ne nous avoit en sa sle protection, jamdudum consumpti essemus.
Revu sur l'Autographe inédit conservé à la Visitation d'Annecy.
(1) Nicolas de Diesbach, seigneur de Prangins, baron de Grandcour. (Voir tome XII, note (a), p. 125, et ci-dessus, note ( 1 ), p. 288.)
4?o Appendice
LETTRE DU PRÉSIDENT CRESPIN (l)
Monseigneur,
Je ne pouvoy entendre une nouvelle plus aggreable que celle que
♦ videtom.xn.p. 49, monsieur de Medio * a donné à Monseigneur le Rn,e (2) de vostre not. (a). voiage de Fans, avec Monseigneur le Prince Cardinal , vous voiant et Epist.1 w&LHvml regardé sur le théâtre de ce grand monde de deçà comme l'instrument plus considérable pour conduire à heureuse fin l'alliance d'un si illustre et si vertueux Prince, avec une si grande Princesse que Madame de France ; y aiant pour associé monsieur le premier Président (3), à qui l'envie eust volontiers ravy cet honneur, si son mérite ne le luy eust conservé.
Et comme, Monseigneur, vous m'avez tousjours favorisé de lhonneur de vostre amitié, c'est en l'occasion de ceste commune resjouissance que je désire d'en ressentir principalement les effects, sur l'asseurance que j'ay que le tort que monsieur de la Mente m'a fait luy estant représenté par vous (4), Monseigneur, vostre respect adoucira sa passion et le fera rougir en son ame de la perfidie premièrement, et despuis de l'impie cruauté avec laquelle il s'emporte
* vide tom. praeced., en mon endroict *, en recompense de mon affection, delaquelle mon-
p. 390; supra, Epist. l *
mcccxxix, mcccxxx, et sieur le Présidant peut estre tesmoing. sil luy plait de se resouvenir
infra, Append II,
combien de fois je le suis allé importuner pour ledit sieur. Je croy que Monseigneur le Rmc, qui va recherchant fort curieusement touttes les occasions de m'obliger, ne perdra aussi ceste cy de se joindre a vous, Monseigneur, pour un œuvre si charitable, et quil y contribuera fort volontiers tout son crédit, quoyque touttesfois le vostre seul peut suffire pour le faire réussir. Car je ne doubte point quil n'en faille venir là, recognoissant ledit sr Abbé si passionné, quil ne se contentera point de m'avoir contrainct de le diffamer par ma fuitte
(1) Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 56.
(2) Pierre Fenouillet, évêque de Montpellier. (Cf. ibid. . Lettre mcdlxviii, p. 784.)
(3) Le président Favre (voir tome XI, note ( 1 ), p. 18, et cf. ci-dessus,
(4) Sylvestre de Saluces de la Mente (voir le tome précédent, note (5), p. 390) était alors ambassadeur de Savoie à la cour de France.
Lettres de quelques correspondants 431
en tous les lieux que je me suis réfugié, mais se voudra diffamer luy mesme a Paris par les difficultés quil y apportera, si vostre respect, auquel je m'asseure quil déférera, ne le retient. Que si peut estre il desiroit que je luy fisse une déclaration semblable a celle quil m'a fait présenter autresfois, je vous supplie, Monseigneur, de luy enlever toutte espérance, puisque aussi il se doibt resouvenir que j'ay mieux aimé m'exposer a l'hazard d'un rigoureux arrest, que de me faire ce préjudice de me charger contre la vérité du faict.
Je confesse, Monseigneur, que je ne mérite une faveur si signalée, n'aiant jamais eu lhonneur de vous servir. Mais aussi, ce sera un œuvre digne d'un grand Prélat comme vous estez, de prendre en main la cause d'un vostre très humble serviteur que l'impiété a opprimé, et duquel vous ne recevrez pas moins de gloire devant les hommes que devant Dieu, que je prie de tout mon cœur de me faire la grâce que je puisse un jour vous randre preuve certeine de l'affection avec laquelle je me recognoy,
Monseigneur, de V. S. Rmo,
Très humble et très obéissant serviteur, Crespin.
A Beziers, ce dernier novembre 16 18.
Monsieur de la Mente se doit contenter que je porte la peyne quil meritoit luy mesme, par l'oppression quil m'a fait en justice et vers S. A., laquelle luy serrera la porte du Ciel sil ne me donne la satisfaction quil doibt. Que sil a esté excéder (sic), il le doibt rapporter a sa perfidie et a son imprudence, car sil se fust bien informé de moy, il heust sceu que je n'estoy pas si lasche que de souffrir une si grande injure sans en faire démonstration et ressentiment.
Revu sur l'Autographe inédit appartenant à M. le comte de Roussy de Sales, Archives de Thorens-Sales (Annecy).
432 Appendice