LETTRE DU CHANOINE ARTUS DE LIONNE SEIGNEUR D'AOSTE
Monseigneur et mon très honoré Père,
• vide p. 189. not.(4). * Si le Ciel, pour un comble de faveurs, nous faisait la grâce de
vous ouïr encore un Carême, je pense que Grenoble serait du tout inondé de bénédictions célestes. Déjà, il semble que Notre-Seigneur ait dit à notre Grenoble ce trait de David : Inimicos ejus induam confusione; super ipsum autem efflorebit sanctifie atio mea. Véritablement, Monseigneur, vos saints discours ont vêtu nos ennemis de confusion ; car, combien d'âmes avez-vous tirées d'entre les dents cruelles de ce lion rugissant ! Vous l'avez spolié de sa conquête, nous en sentons tous les jours les effets ; et, si j'ose ajouter ma pensée, je dirai que la sanctification de Dieu fleurit sur Grenoble, par le moyen de vos très chères Filles, nos Sœurs de la Visitation. Il n'est pas croyable comme leurs saintes mœurs, leur pureté de vie et leur céleste conversation attirent les cœurs et l'estime de tout le monde. Elles ont fait presque autant de Philothées qu'il y a [de] dames dans Grenoble. O combien de vanités renversées ! combien d'inutiles conversations distraites ! combien de pertes de temps heureusement rachetées ! On ne coiffe plus Hécube en Hélène, mais on renverse Bélial aux pieds de Jésus- Christ.
Pour moi, je vous confesse, mon très honoré Père et Seigneur, que j'estime pour l'une des rares faveurs du Ciel que j'aie jamais •Cf. Epist. mcdxciii et reçues, celle d'estre vostre fils * et le petit frère de la Visitation, où votre esprit règne, ce me semble, en sa plénitude ; et je demande continuellement à Dieu la grâce de pouvoir bien concevoir cet esprit et le réduire à mon usage.
Tout va avec grande bénédiction ; il n'y a que notre bon monsieur d'Ulme qui, par une jalousie spirituelle, voulant être tout à la Visitation, il veut la Visitation trop à lui, ce qui lui donne trop peu de
• Vide p. 348, m*. (1). repos et à notre bonne Mère (2) trop d'exercices*. Mais, vrai Dieu,
Monseigneur, cette fille de votre cœur est bien fournie de votre
(1) Voir ci-dessus, note(i), p. 240.
( 2 ) La Mère Péronne-Marie de Chastel (voir tome XV. note ( 1 ), p. 133).
Lettres de quelques correspondants 433
patience, douceur et discrétion, qu'à peine le bonhomme peut-il juger que par lui-même il se rend trop importun. Et moi aussi sans doute, mon très honoré Seigneur, en la longueur de ce discours ; mais l'amour de fils me fait oublier le respect de disciple, et mon bonheur me fait croire que vous ne me dénierez jamais la qualité de
Votre très humble fils, disciple et obéissant serviteur, Artus de Lionne.
De Grenoble, le ier février 1620.
Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation de la Visitation de Grenoble, par la Mère de Chaugy, conservée au Ier Monastère d'Annecy ( 1 ).
( 1 ) L'orthographe moderne est substituée à celle trop défectueuse du manuscrit.
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