QUELQUES AUTRES ADVIS TOUCHANT LE PARLER
Que vostre langage soit doux, franc, sincère, rond, naif et fidelle. Gardés-vous des duplicités, artifices et feintises ; (a) bien qu'il ne soit pas bon de dire tous-jours toutes sortes de vérités, si n'est-il jamais permis de contrevenir a la vérité. Accoustumes-vous a ne jamais mentir a vostre escient, ni par excuse ni autrement, vous
Ps. xxx, 6. resouvenant que Dieu est le Dieu de vérité *. Si vous
en dites par mesgarde et vous pouves les corriger sur le champ par quelque explication ou réparation, corrigés les : une excuse véritable a bien plus de grâce et de force pour excuser, que le mensonge.
Bien que quelquefois on puisse discrètement et prudemment desguiser et couvrir la vérité par quelque artifice de parolle, si ne faut-il pas prattiquer cela sinon en chose d'importance, quand la gloire et service de Dieu le requièrent manifestement : hors de la, les artifices
Sap., i, 5. sont dangereux, car, comme dit la sacrée (b) Parolle*,
le Saint Esprit n'habite point en un esprit feint et double. Il n'y a nulle si bonne et désirable finesse que la simplicité. Les prudences mondaines et artifices charnelz appartiennent aux enfans de ce siècle; mais les enfans de Dieu cheminent sans destour et ont le cœur
Prov., x, 9. sans replis. Qui chemine simplement, dit le Sage*, il chemine confidemment. Le mensonge, la duplicité,
(a) et feintises; — car, (A-B)
(b) sainte (A)
Troisiesme Partie. Chapitre xxx. 245
la simulation tesmoignent (c) tous-jours un esprit foible et vil.
Saint Augustin avoit dit au quatriesme Livre de ses Confessions*, que son ame et celle de son ami n'estoyent * Cap. vi. qu'une seule ame, et que cette vie luy estoit en horreur après le trespas de son ami, parce qu'il ne vouloit pas vivre a moitié, et que aussi pour cela mesme il craignoit a l'adventure de mourir, affin que son ami ne mourust du tout. Ces parolles luy semblèrent par après trop artificieuses et affectées, si qu'il les révoque au livre de ses Retractations* et les appelle une ineptie. Voyés- * Lib. 11, c. vi. vous, chère Philothee, combien cette sainte (d) belle ame est douillette au sentiment de l'affaiterie des paroles? Certes, c'est un grand ornement de la vie chrestienne que la fidélité, rondeur et sincérité du langage. J'ay dit, je prendray garde a mes voyes pour ne point pécher en ma langue; Hé , Seigneur , mettes des gardes a ma bouche et une porte qui ferme mes lèvres, disoit David*. * Pss- xxxvm, 1,