XXV, c. xm [al
xcv). de soy passeroit légèrement par une oreille et sortiroit
par l'autre, comme l'on dit, s'arreste fermement en la cervelle des escoutans quand elle est présentée dedans quelque mot subtil et joyeux. 11% ont , dit David*, le venin de V aspic en(h) leurs lèvres. L'aspic fait sa piqueure presque imperceptible, et son venin d'abord rend une démangeaison délectable, au moyen dequoy le cœur et les entrailles se dilatent et reçoivent le poison, contre lequel par après il n'y a plus de remède. (ONe dites pas : un tel est un ivroigne, encores que vous l'ayes veu ivre; ni, il est adultère, pour l'avoir veu en ce péché ; ni, il est inceste, pour l'avoir treuvé en ce malheur ; car un seul acte ne donne pas le nom a la chose. Le soleil s'arresta une fois en faveur de la victoire de Josué * et s'obscurcit une autre fois en faveur de celle du Sauveur * ; nul ne dira pourtant qu'il soit ou immobile ou obscur. Noé s'enivra une fois et Loth une autre fois, et celuy ci de plus commit un grand inceste : ilz ne furent pourtant ivroignes ni l'un ni l'autre, ni le dernier ne fut pas inceste, ni saint Pierre sanguinaire pour avoir une fois respandu du sang, ni blasphémateur pour avoir une fois blasphémé. Pour prendre le nom d'un vice ou d'une vertu, il faut y avoir fait
* Josue, x, 13.
* Lucas, xxiii, 45.
(b) sous (A-B-C)
(1) Cf. la variante (k), p. 237.
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quelque progrès et habitude ; c'est donq une imposture de dire qu'un homme est cholere ou larron, pour l'avoir veu courroucer ou desrober une fois.
Encor qu'un homme ait esté vicieux longuement, on court fortune de mentir quand on le nomme vicieux. Simon le lépreux appelloit Magdeleine pécheresse * , * Luca?, vu, 39. parce qu'elle l'avoit esté nagueres ; il mentoit néanmoins, car elle ne l'estoit plus, mais une tressainte pénitente ; aussi Nostre Seigneur prend en protection sa cause. Ce fol Pharisien tenoit le Publicain pour grand pécheur, ou peut estre (c) pour injuste, adultère, ravisseur ; mais il se trompoit grandement, car tout a l'heure mesme il estoit justifié*. Helas, puisque la bonté de *Ibid.,xvm, 11,14. Dieu est si grande qu'un seul moment suffit pour impetrer et recevoir sa grâce, quelle asseurance pouvonsnous avoir qu'un homme qui estoit hier pécheur le soit aujourd'huy? Le jour précèdent ne doit pas juger le jour présent, ni le jour présent ne doit pas juger le jour précèdent : il n'y a que le dernier qui les juge tous. Nous ne pouvons donq jamais dire qu'un homme soit meschant , sans danger de mentir ; ce que nous pouvons dire, en cas qu'il (d) faille parler, c'est qu'il fit un tel acte mauvais, il a mal vescu en tel tems, il fait mal maintenant ; mais on ne peut tirer nulle conséquence d'hier a ce jourd'huy, ni de ce jourd'huy aujour d'hier, (e) et moins encor au jour de demain.
Encor qu'il faille estre extrêmement délicat a ne point mesdire du prochain, si faut-il se garder d'une extrémité en laquelle quelques uns tombent, qui, pour éviter la mesdisance, louent et disent bien du vice. S'il se treuve une personne vrayement mesdisante, ne dites pas pour l'excuser qu'elle est libre et franche ; une personne manifestement vaine,, ne dites pas qu'elle est généreuse et propre ; et les (f ) privautés dangereuses, ne les appelles
(c) ou peut estre — mesme (A-B-C)
(d) qu'il — en (A)
(e) d'hier. — [ L'alinéa se termine ici dans l'édition (A).] (i ) et propre ; — les (A)
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pas simplicités ou naifvetés ; ne fardes pas la désobéissance du nom de zèle, ni l'arrogance du nom de franchise, ni la lasciveté du nom d'amitié. Non, chère Philothee, il ne faut pas, pensant fuir le vice de la mesdisance, favoriser, natter ou nourrir les autres, ains faut dire rondement et franchement mal du mal et blasmer les choses blasmables : ce que faisant, nous glorifions Dieu, moyennant que ce soit avec les conditions suivantes.
Pour loùablement blasmer les vices d'autruy, il taut que l'utilité ou de celuy duquel on parle ou de ceux a qui l'on parle le requière. On recite devant des filles les privautés indiscrètes de telz et de telles, qui sont manifestement périlleuses ; la dissolution d'un tel ou d'une telle en paroles ou en contenances qui sont manifestement lubriques : si je ne blasme librement ce mal et que je le veuille excuser, ces tendres âmes qui escoutent prendront occasion de se relascher a quelque chose pareille; leur utilité donq requiert que tout franchement je blasme ces choses-la sur le champ, sinon que je puisse reserver a faire ce bon office plus a propos et avec moins d'interest de ceux de qui on parle, en une autre occasion. Outre cela, encor faut-il qu'il m'appartienne de parler sur ce sujet, comme quand je suis des premiers de la compagnie, et que si je ne parle il semblera que j'appreuve le vice : que si je suis des moindres, je ne dois pas entreprendre de faire la censure. Mais sur tout il faut que je sois exactement juste en mes paroles pour ne dire pas un seul mot de trop : par exemple, si je blasme la privauté de ce jeune homme et de cette fille, parce qu'elle est trop indiscrète et périlleuse, o Dieu, Philothee, il faut que je tienne la balance bien juste pour ne point aggrandir la chose, pas mesme d'un seul brin. S'il n'y a qu'une foible apparence, je ne diray rien que cela ; s'il n'y a qu'une simple imprudence , je ne diray rien davantage; s'il n'y a ni imprudence ni vraye apparence du mal, ains seulement que quelque esprit malicieux en puisse tirer prétexte de mesdisance, ou je n'en diray rien du tout, ou je diray
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cela mesme. Ma langue, tandis que je parle du (g) prochain, est en ma bouche comme un rasoir en la main du chirurgien qui veut trancher entre les nerfz et les tendons : il faut que le coup que je donneray soit si juste, que je ne die ni plus ni moins que ce qui en est. Et en fin, il faut sur tout observer, en blasmant le vice, d'espargner le plus que vous pourrés la personne en laquelle il est.
Il est vray que des pécheurs infâmes , publiques et manifestes on en peut parler librement, pourveu que ce soit avec esprit de charité et de compassion, et non point avec arrogance et présomption , ni pour se plaire au mal d'autruy; car pour ce dernier c'est le fait d'un cœur vil et abject. J'excepte entre tous, les ennemis déclarés de Dieu et de son Eglise ; car ceux-là, il les faut descrier tant qu'on peut, comme sont les sectes des hérétiques et schismatiques et les chefz d'icelles : c'est charité de crier au loup quand il est entre les brebis, voyre ou qu'il soit.
Chacun se donne liberté de juger et censurer les princes et de mesdire des nations toutes entières, selon la diversité des affections que l'on a en leur endroit : Philothee, ne faites pas cette faute ; car outre l'offense de Dieu , elle vous pourroit susciter mille sortes de querelles.
Quand vous oyes mal dire, rendes douteuse l'accusation, si vous le pouves faire justement; si vous ne pouves pas, excuses l'intention de l'accusé ; que si cela ne se peut, tesmoignes de la compassion sur luy, escartes ce propos-la, vous resouvenant et faisant resouvenir la compaignie que ceux qui ne tombent pas en faute en doivent toute la grâce a Dieu. Rappelles a soy le mesdisant par quelque douce manière ; dites quelque autre bien de la personne offensée si vous le sçaves.
(g) /«—juge le (A-B-C)
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