DE L'HONNESTETÉ DU LICT NUPTIAL
Le lict nuptial doit estre immaculé, comme l'Apos- Heb., xui, 4. tre i'appene *f c'est a dire exempt d'impudicités et autres souïlleures prophanes. Aussi le saint Mariage fut premièrement institué dedans le Paradis terrestre, ou jamais, jusques a l'heure, il n'y avoit eu aucun desreglement de la concupiscence, ni chose deshonneste.
Il y a quelque ressemblance entre les voluptés honteuses et celles du manger, car toutes deux regardent la chair, bien que les premières, a rayson de leur (a) véhémence brutale, s'appellent simplement charnelles. J'expliqueray donques ce que je ne puis pas dire des unes, par ce que je diray des autres.
1. Le manger est ordonné pour conserver les personnes (b) : or, comme manger simplement pour nourrir et conserver la personne est une bonne chose, sainte et commandée, aussi ce qui est requis au mariage pour la production des enfans et la multiplication des personnes est une bonne chose et tressainte, car c'est la fin principale des noces.
2. Manger, non point pour conserver la vie mais pour conserver la mutuelle conversation et condescendance que nous nous devons les uns aux autres, c'est chose grandement juste et honneste : et de mesme, la réciproque et légitime satisfaction des parties au saint
lCor.,vH, 3. Mariage est appellee par saint Paul devoir*; mais devoir si grand, qu'il ne veut pas que Tune des parties
(a) la (Ms.-A-B)
(b) Us personnes — et l'on fait les mariages pour multiplier les personnes (Ms.)
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s'en puisse exempter sans le libre et volontaire consentement de l'autre, non pas mesme pour les exercices de la dévotion *, qui m'a fait dire le mot que j'ay mis * IbiJ-, fr. 5. au chapitre de la sainte Communion pour ce regard ; combien moins donq peut-on s'en exempter pour des capricieuses prétentions de vertu ou pour les choleres et desdains.
3. Comme ceux qui mangent pour le devoir de la mutuelle conversation doivent manger librement et non comme par force, et de plus s'essayer de tesmoigner de l'appétit, aussi le devoir nuptial doit estre tous-jours rendu, fidellement, franchement, et tout de mesme comme si c'estoit avec espérance de la production des enfans, encor que pour quelque occasion on n'eust pas (c) telle espérance.
4. Manger non point pour les deux premières raysons, mais simplement pour contenter l'appétit, (d) c'est chose supportable mais non pas pourtant louable ; car le simple playsir de l'appétit sensuel ne peut estre un objet suffisant pour rendre une action louable, il suffit bien si elle est supportable.
5. Manger non point par simple appétit, mais par excès et desreglement, c'est chose plus ou moins vituperable, selon que l'excès est grand ou petit.
6. Or, l'excès du manger ne consiste pas seulement en la trop grande quantité, mais aussi en la façon et manière de manger. C'est grand cas, chère Philothee, que le miel si propre et salutaire aux abeilles leur puisse néanmoins estre si nuisible que quelquefois il les rend malades, comme quand elles en mangent trop au printems, car cela leur donne le flux de ventre, et quelquefois il les fait mourir inévitablement, comme quand elles sont emmiellées par le devant de leur teste et de leurs aislerons (O.
(c) on n'eust — aucun sujet de (Ms.)
(d) l'appétit, — rqui est souvent plus grand que la santé ne requiert, J (Ms.)
( 1 ) Voir la variante ( d) , p. 177.
276 Introduction a la Vie Dévote
A la vérité, le commerce nuptial qui est si saint, si juste, si recommandable, si utile a la republique, est néanmoins en certain cas dangereux a ceux qui le prattiquent; car quelquefois il rend leurs âmes grandement malades de péché véniel, comme il arrive par les simples excès, et quelquefois (e) il les fait mourir par le péché mortel, comme il arrive lhors que l'ordre establi pour la production des enfans est violé et perverti, auquel cas, selon qu'on s'esgare plus ou moins de cet ordre, les péchés se treuvent plus ou moins exécrables, mais tous-jours mortelz. Car d'autant que la procréation des enfans est la première et principale fin du mariage, jamais on ne peut loysiblement se départir de l'ordre qu'elle requiert, quoy que pour quelque autre accident elle ne puisse pas pour lhors (f) estre effectuée, comme il arrive quand la stérilité ou la grossesse des-ja survenue empesche la production et génération ; car en ces occurrences le commerce corporel ne laisse pas de pouvoir estre juste et saint, moyennant que les règles de la génération soyent suivies, aucun accident ne pouvant jamais prejudicier a la loy que la fin principale du mariage a imposée. Certes, l'infâme et exécrable action que Onan faisoit en son mariage estoit détestable devant Dieu, ainsy que dit le sacré Texte du trente huitiesme chapitre de Genèse ; et bien que quelques hérétiques de nostre aage (0, cent fois plus blasmables que les Cyniques desquelz parle saint In cap. v, 3. Hierosme sur l'Epistre aux Ephesiens *, ayent voulu
dire que c'estoit la perverse intention de ce meschant qui desplaisoit a Dieu, l'Escriture toutefois parle autrement, et asseure en particulier que la chose mesme qu'il faisoit estoit détestable et abominable devant Dieu.
(e) et quelquefois — f elles en meurent de la mort éternelle si la pœnitence ne les sauvej (Ms.)
(f) pour lhors — f sortir son effectj (Ms.)
(1) Le Saint fait probablement allusion aux sectes des Illuminés et des nouveaux Adamites. Voir le P. Archange Ripault, L'abomination des abomitions des fausses dévotions de ce temps (Paris, 1632), Traités I, II.
nu
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7. C'est une vraye marque d'un esprit truant, vilain, abject et infâme de penser aux viandes et a la mangeaille avant le tems du repas, et encores plus quand après iceluy on s'amuse au playsir que l'on a pris a manger, s'y entretenant par parolles et pensées, et vautrant son esprit dedans le souvenir de la volupté que l'on a eue en avalant les morceaux, comme font ceux qui devant disner tiennent leur esprit en broche et après disner (g) dans lesplatz; gens dignes d'estre (h) souillars de cuisine, qui font, comme dit saint Paul*, un dieu de leur * Philip., m, 19, ventre. Les gens d'honneur ne pensent a la table qu'en s'asseant, et après le repas se lavent les mains et la bouche pour n'avoir plus ni le goust ni l'odeur de ce qu'ilz ont mangé. L'elephant n'est qu'une grosse beste, mais la plus digne qui vive sur la terre et qui a le plus de sens ; je vous veux dire un trait de son honnesteté : il ne change jamais de femelle et ayme tendrement celle qu'il a choisie, avec laquelle néanmoins il ne parie que de trois ans en trois ans, et cela pour cinq jours seulement et si secrettement que jamais il n'est veu en cet acte; mais il est bien veu pourtant le sixiesme jour auquel avant toutes choses il va droit a quelque rivière en laquelle il se lave entièrement tout le cors, sans vouloir aucunement retourner au troupeau qu'il ne se soit auparavant purifié *. Ne sont-ce pas de (*) belles et honnestes * PHn., Hist. nat. humeurs d'un tel animal, par lesquelles il invite les mariés a ne point demeurer engagés d'affection aux sensualités et voluptés que (J) selon leur vocation ilz auront exercées, mais icelles passées de s'en laver le cœur et (k) l'affection, et de s'en purifier au plus tost, pour par après avec toute liberté d'esprit prattiquer les autres actions plus pures et relevées.
En cet advis consiste la parfaitte prattique de l'excel-
(g) après disner — [le] laissent (Ms.) (h) dignes d'estre — des vrays (Ms.-A) (i) des (Ms.)
( j ) que — Tpoiir le devoir dej (Ms.) (k) le cœur et — ['l'esprit J (Ms.)
278 Introduction a la Vie Dévote
*Ep. I, c vu, 29. lente doctrine que saint Paul donne aux Corinthiens : * Le tems est court, dit-il ; reste que ceux qui ont des femmes (l) soyent comme n'en ay ans point. Car,
*Homii.inEvang., selon saint Grégoire *, celuy a une femme comme n'en