‹ ŒuvresChapitre 121 sur 272 · ADVIS POUR LES GENS MARIES · texte numérisé non relu

ADVIS POUR LES GENS MARIES

(a) Le Mariage est un grand Sacrement, je dis en Jésus Christ et en son Eglise*; il est honnorable a *EPhes.,v, 32 tous *, en tous et en tout, c'est a dire en toutes ses * Heb., xm, 4. parties. A tous, car les vierges mesmes le doivent honnorer avec humilité ; en tous, car il est également saint entre les pauvres comme entre les riches ; en tout, car son origine, sa fin, ses utilités, sa forme et sa matière sont saintes. C'est la pépinière du Christianisme, qui remplit la terre de fidèles pour accomplir au Ciel le nombre des esleuz ; si que la conservation du bien du mariage est extrêmement importante a la republique, car c'est sa racine et la source de tous ses ruisseaux.

(a) [Le Ms. donne, avec la leçon correspondant au texte, une ébauche de ce chapitre qui est reproduite intégralement ici. ]

Le Mariage est un grand Sacrement , je dis en Jesuschrist et en l'Eglise. Il est honnorable a tous, et la couche sans souïlleure, dit l'Apostre... Il est honnorable a tous, par ce que chacun le doit honnorer; il est honnorable en tous, par ce quil est autant r Sacrement J saint entre les pauvres qu'entre les riches ; il est honnorable en tout, par ce que toutes ses parties sont bénites. Mais si tous le doivent honnorer, honnores le grandement sur tous, vous qui par vostre vocation y estes

Le Mariage est un grand Sacrement, mais je dis en Jesuschrist et en son Eglise. Il est honnorable a tous, en tous et en toutes ses parties. A tous, car chacun le doit honnorer; en tous, car il est aussi saint entre les pauvres comm'entre les riches ; et en toutes ses parties, par ce que son Autheur est saint, sa fin, ses effectz, sa forme et sa matière, saintes. C'est la pépinière du Christianisme, qui remplit la terre de fidèles pour accomplir au Ciel le nombre des esleuz. Rien n'est plus important a la republique que r le bon establissement des famillesj la conservation du bien du mariage, car c'est rie fondement de toute societéj sa racine et la source de tous ses ruisseaux.

264 Introduction a la Vie Dévote

Pleust a Dieu que son Filz bienaymé fust appelle a toutes les noces comme il fut a celles de Cana : le vin des consolations et bénédictions n'y manqueroit jamais, car ce qu'il n'y en a pour l'ordinaire qu'un peu au commencement, c'est d'autant qu'en lieu de Nostre Seigneur on y fait venir Adonis, et Venus en lieu de Nostre Dame. Qui veut avoir des aigneletz beaux et mouchetés, comme Jacob, il faut comme luy présenter aux brebis quand elles s'assemblent pour parier, des Gen., xxx, 38,39. belles baguettes de diverses couleurs*; et qui veut avoir un heureux succès au mariage, devroit en ses noces se représenter la sainteté et dignité de ce Sacrement ; mais en lieu de cela il y arrive mille desreglemens en passetems, festins et paroles : ce n'est donq pas merveille si les effectz en sont desreglés.

(0 J'exhorte sur tout les mariés a l'amour mutuel que le Saint Esprit leur recommande tant en l'Escriture. O mariés, ce n'est rien de dire : aymes vous l'un l'autre de l'amour naturel, car les pairs de tourterelles font bien cela ; ni de dire, aymes vous d'un amour humain, car les payens ont bien prattiqué cet amour la; mais je * Ephes., v, 25. vous dis, après le grand Apostre * : Maris, aymes vos femmes comme Jésus Christ ayme son Eglise ; o femmes, aymes vos maris comme l'Eglise ayme son

Si Nostre Seigneur estoit appelle a toutes les noces comm'il fut a celles de Cana, le vin des consolations et bénédictions n'y manqueroit jamais ; et il ni en a pour l'ordinaire qu'un peu au commencement, par ce qu'en lieu de N. Sr, on y appelle fCupidonJ Adonis, et Venus en lieu de N. Dame. On ne fait pas cette si sainte liayson avec la révérence requise. Qui veut avoir des ["brebis taqueteesj aigneaux bravement tachetés et mouchetés, comme Jacob, il faut présenter des baguetes de diverses couleurs aux brebis quand elles s'assemblent. Ah, qui voudroit avoir un heureux succès au mariage il faudroit r faire paroistre toute vertu et honnesteté aux espoux... aux hommes et femmes.. .J que ceux qui se marient regardassent a la sainteté et honnesteté de ce Sacrement quand on les assemble ; mais en lieu de cela , mille desreglemens en passetems , en festins, en paroles : c'est pourquoy les eflectz en sont desordonnés.

(1) Voir la variante, p. 266.

Troisiesme Partie. Chapitre xxxviii. 265

Sauveur. Ce fut Dieu qui amena Eve a nostre premier père Adam et la luy donna a femme : c'est aussi Dieu, mes amis, qui de sa main invisible a fait le nœud du sacré lien de vostre mariage, et qui vous a donné les uns aux autres ; pourquoy ne vous chérisses vous d'un amour tout saint, tout sacré, tout divin ?

Le premier effect de cet amour, c'est l'union indissoluble de vos cœurs. Si on colle deux pièces de sapin ensemble, pourveu que la colle soit fine, l'union en sera si forte qu'on fendroit beaucoup plus tost les pièces es autres endroitz, qu'en l'endroit de leur conjonction ; mais Dieu conjoint le mari a la femme en son propre sang, c'est pourquoy cette union est si forte que plustost l'ame se doit séparer du cors de l'un et de l'autre, que non pas le mari de la femme. Or cette union ne s'entend pas principalement du cors, ains du cœur, de l'affection et de l'amour.

Le second effect de cet amour doit estre la fidélité inviolable de l'un a l'autre. Les cachetz estoyent anciennement gravés es anneaux que l'on portoit aux doigtz, comme mesme l'Escriture Sainte tesmoigne * ; voyci Dan.vi, i7,xiv,io

Ce fut Dieu qui amena Eve a nostre premier père Adam et la luy donna Ten mariage J pour femme : c'est aussi Dieu, Philothee, qui de sa main invisible fait tous les nœuds du sacré lien des mariages, et qui ameyne les femmes aux maris [~et les leur donne. O Dieu, quel honneur, quelle grâce a cette sainte union J . C'est Dieu, o femmes, qui vous a donnés vos maris, pourquoy ne les fcherires vousj respectes vous? C'est Dieu, o maris, qui vous a donné vos femmes, pourquoy ne les chérisses vous?

[~Le sappin, ce beau bois blanc, est admirable a se joindre indissolublement l'un a lautre, car...J Si on colle deux pièces de sapin ensemble, pourveu que la colle soit fine, l'union en sera r indissoluble J si forte que l'on TsepareroitJ fendroit beaucoup plus aysement [~un bois entierj les pièces es autres endroitz, qu'en l'endroit de leur conjunction; mais Dieu a conjoint les maris aux femmes TparJ en son propre sang, c'est pourquoy cett'union doit estre si forte, et plus tost l'ame se sépare du cors des parties, que non pas l'une des parties de lautre : mais je ne dis pas de cors, je dis de cœur, d'affection, d'amour.

TVous ressouvenes vous de ce qu'on fit en vostre Mariage ?J Aves vous remarqué la cérémonie de l'anneau nuptial? On le bénit, puis on le met en la main de l'espoux qui le remet en celle de son espousee. rSçaves vous que cela veut dire ?J Anciennement les cachetz estoyent gravés en l'anneau que l'on portoit au doigt, comme mesme l'Escriture Sainte

Esther, vin

266 Introduction a la Vie Dévote

donq le secret de la cérémonie que l'on fait es noces : l'Eglise, par la main du prestre, bénit un anneau, et le donnant premièrement a l'homme , tesmoigne qu'elle seelle et cachette son cœur par ce Sacrement, affin que jamais plus ni le nom ni l'amour d'aucune autre femme ne puisse entrer en iceluy, tandis que celle la vivra laquelle luy a esté donnée ; puys , l'espoux remet l'anneau en la main de la mesme espouse, affin que réciproquement elle sache que jamais son cœur ne doit recevoir de l'affection pour aucun autre homme, tandis que celuy vivra sur terre que Nostre Seigneur vient de luy donner.

tesmoigne. Voyci donq le secret de la cérémonie : l'Eglise, bénissant l'anneau et le donnant premièrement au mari, monstre qu'elle seelle et cacheté son cœur par ce Sacrement, affin que jamais plus ni le nom, ni l'amour d'aucun'autre femme ni entre, tandis que celle vivra alaquelle il vient de promettre fidélité. Puys il le remet en la main de l'espouse, affin que réciproquement elle sache que jamais son cœur ne doit recevoir de l'affection pour aucun autre homme, tandis que celuy que Dieu luy vient de donner vivra sur terre. Aussi l'Espoux sacré, aux Cantiques, vouloit que son Espouse eut le cœur et le bras cacheté et seelle de luy mesme.

(*) r Vostr'amour, o mariés, peut estre de trois sortes : le premier est naturel, car et les pairs des tourterelles rentre les oyseaux J et ceux des elephans rentre les animaux J , les plus honnestes animaux de la terre, monstrent, pour leur inviolable et réciproque amour, que la nature veut que la conjunction Tde l'homme a la femme J faitte pour la production des enfans produise quant et quant un amour extrême. Le second est moral, car si aucune liayson humaine doit avoir de l'amour, c'est celle ci par laquelle on s'entrecommunique le cœur, le cors et les biens Tde toutes sortes J . Mais le troysiesme r amour est celuy qui seul peut perfectionner les autres et leur donner un'entiere fermeté, c'est l'amour... J est tout sacré et divin; avec lequel les autres sont heureux, et sans lequel ilz sont très imparfaitz.J

O mariés, ce n'est rien de dire : aymes vous l'un lautre de l'amour naturel, car les pairs des tourterelles et des elephans ont bien cet amour la; ni de dire, aymes vous d'un amour humain, car les payens ont bien fait cela ; mais l'Apostre vous dit le grand mot : O maris, aymes vos femmes comme Jesuschrist ayme son Eglise, et vous laisse r conclure J dire lautre : o femmes, aymes et respectes vos maris comme l'Eglise ayme son TcherJ Sauveur. Mais cet amour auquel je vous exhorte est un amour divin et sacré, c'est pourquoy il doit estre exercé saintement, et mesme en vostre lict nuptial, lequel, comme dit S1 Paul, doit estre une couche immaculée, c'est a dire exempte d'impudicités et autres souilleures prophanes.

( i ) Voir le texte, p. 264.

Troisiesme Partie. Chapitre xxxviii. 267

Le troysiesme fruit du mariage c'est la production et légitime nourriture des enfans. Ce vous est(b) grand honneur, o mariés, dequoy Dieu voulant multiplier les âmes qui le puissent bénir et louer a toute éternité (c), il vous rend les cooperateurs d'une si digne besoigne par la production des cors dans lesquelz il respand, comme gouttes célestes, les âmes en les créant, comme il les crée en les infusant dedans les cors.

Conservés donq, o maris, un tendre, constant (d) et cordial amour envers vos femmes : (e) pour cela la femme fut tirée du costé plus proche du cœur du premier homme, affin qu'elle fust aymee de luy cordialement et tendrement. Les imbécillités et infirmités, soit du cors soit de l'esprit de vos femmes ne vous doivent provoquer a nulle sorte de desdain, ains plustost a une douce et amoureuse compassion , puisque Dieu les a créées telles affin que, dépendant de vous , vous en receussies plus d'honneur et de respect, et que vous les eussies tellement pour compaignes que vous en fussies néanmoins les (f) chefz et supérieurs. Et vous, o femmes, aymes tendrement, cordialement, mays d'un amour respectueux et plein de révérence, les maris que Dieu vous a donnés ; car vrayement Dieu pour cela les a créés

La première et principale intention pour laquelle Dieu establit le s1 Mariage fut la production et honneste nourriture des enfans. La seconde fut le remède

Dieu a principalement establi le Mariage pour la production et honneste nourriture des- enfans, et c'est sa première fin. La seconde est accidentaire, a rayson du péché ; c'est affin de donner en iceluy un légitime moyen d'accoyser la rébellion de la chair. Or, la fin principale des choses donne la loy et la règle a tout .ce qui en dépend, car l'accessoire, comme dit la règle, doit suivre la nature de son principal; c'est pourquoy toutes les actions du Mariage qui ne sont pas conformes a celle qui est ordonnée pour la production des enfans sont vicieuses et damnables fpuisque la •production des enfans est la principale fin du Mariage J . Mais il faut que je me face mieux entendre, puisque

(b) Ce vous est — un (Ms.-A)

(c ) bénir — a toute éternité (Ms.-A-B)

(d) perpétuel (Ms.-A)

(e) vos femmes : — car (Ms.-A)

(f) les — fmaistresj (Ms.)

268 Introduction a la Vie Dévote

d'un sexe plus vigoureux et prédominant, et a voulu que la femme fust une dépendance de l'homme, un os

*Gen.,n, 23. de ses os, une chair de sa chair*, et qu'elle fust pro-

duite d'une coste d'iceluy, tirée de dessous ses (g) bras, pour monstrer qu'elle doit estre sous la main et conduitte du mari; et toute l'Escriture Sainte vous recommande estroittement cette subjection, laquelle néanmoins la mesme Escriture vous rend douce, non seulement voulant que vous vous y accommodiés avec amour, mais ordonnant a vos maris qu'ilz l'exercent avec grande

*Ep. 1,111,7. dilection, tendreté et suavité : Maris, dit saint Pierre*,

portes vous discrètement avec vos femmes, comme avec un vaisseau plus fragile, leur portant honneur. Mais tandis que je vous exhorte d'aggrandir de plus en plus ce réciproque amour que vous vous deves, prenes garde qu'il ne se convertisse point en aucune sorte de jalousie ; car il arrive souvent que comme le ver s'engendre de la pomme la plus délicate et la plus meure, aussi la jalousie naist en l'amour le plus ardent et pressant des mariés, duquel néanmoins il gaste et corrompt la substance , car petit a petit il engendre les noises, dissensions et divorces. Certes, la jalousie n'arrive jamais ou l'amitié est réciproquement fondée sur la vraye vertu, c'est pourquoy elle est une marque indubitable d'un amour aucunement sensuel, grossier et qui s'est addressé en lieu ou il a rencontré une vertu manque, inconstante et sujette a défiance. C'est donq une sotte ventance d'amitié que de la vouloir exalter par la jalousie, car la jalousie est voirement marque (h) de la grandeur et grosseur de l'amitié, mais non pas de la bonté, pureté et perfection d'icelle ; puisque la perfection de l'amitié présuppose l'asseurance de la vertu de la chose qu'on ayme, et la jalousie en présuppose l'incertitude.

Si vous voulés, o maris, que vos femmes vous soyent

(g) le (Ms.-A-B)

(h) marque — f d'une grande et grosse amitié J (Ms.)

Troisiesme Partie. Chapitre xxxviii.

fidèles, faites-leur en voir la leçon par vostre exemple. (*) « Avec quel front, » dit saint Grégoire Nazianzene*, *Orat.,xxxvn,§7. « voules vous exiger la pudicité de vos femmes, si vous mesmes vives en impudicité? comme leur demandes vous ce que vous ne leur donnes pas ? » Voules vous qu'elles soyent chastes? comportes vous chastement envers elles, et, comme dit saint Paul *, Qu'un chacun s cache posse- * I Thess., iv, 4. der son vaisseau en sanctification. Que si au contraire vous mesmes leur apprenés les fripponneries, ce n'est pas merveille que vous ayes du deshonneur en leur perte. Mais vous, o femmes, desquelles l'honneur est inséparablement conjoint avec la pudicité et honnesteté, conserves jalousement vostre gloire et ne permettes qu'aucune sorte de dissolution ternisse la blancheur de vostre réputation. Craignes toutes sortes d'attaques pour petites qu'elles soyent, ne permettes jamais aucune muguetterie autour de vous. Quicomque vient louer vostre beauté et vostre grâce vous doit estre suspect, car quicomque loue une marchandise qu'il ne peut acheter il est pour l'ordinaire grandement tenté de la desrober. Mais si a vostre louange quelqu'un adjouste le mespris de vostre mari, il vous offence infiniment, car la chose est claire que non seulement il vous veut perdre, mais (j) vous tient des-ja pour demi perdue , puisque la moitié du marché est faite avec le second marchand quand on est desgousté du premier. (k) Les dames tant anciennes que modernes ont accoustumé de pendre des perles en nombre a leurs oreilles pour le playsir, dit Pline *, qu'elles ont a les * Hist. nat, 1. IX,

■f 1, -n ht • c' xxxv {al. lvi).

sentir gnlloter, s entretouchant lune lautre. Mais quant a moy, qui sçay que le grand ami de Dieu Isaac envoya des pendans d'oreilles pour les premières arres de ses amours a la chaste Rebecca *, je croy que cet * Gen.,xxiv, 22.

(i) vostre exemple. — rQuel droit, ait S' Grégoire Nazianzene, aves vous d'exiger J (Ms.)

(j ) mais — qu'il (Ms.)

(k) du premier. — rlsaac envoya a sa Rebecca des pendans d'oreilles d'or pour les premières arres de ses amours, lesquelles soudain elle mit en ses oreilles; etj (Ms.)

ornement mystique I1) signifie que la première chose qu'un mari doit avoir d'une (m) femme, et que la femme luy doit fidèlement garder, c'est l'oreille, affin que nul langage ou(n) bruit n'y puisse entrer, sinon le doux et amiable grillotis des paroles chastes et pudiques , qui sont les perles orientales de l'Evangile : car il se faut tous-jours resouvenir, (°) que l'on empoisonne les âmes par l'oreille, comme le(p) cors par la bouche.

L'amour et la fidélité jointes ensemble engendrent tous-jours la privauté et confiance ; c'est pourquoy les Saintz et Saintes ont usé de beaucoup de réciproques caresses en leur mariage, caresses vrayement amoureuses mais chastes, tendres mais sincères. Ainsy Isaac et Rebecca, le plus chaste pair des mariés U) de l'ancien tems, furent veus par la fenestre se caresser (r) en telle sorte, qu'encor qu'il n'y eust rien de deshonneste, Abimelech conneut bien qu'ilz ne pouvoyent estre sinon Gen., xxvi, 8, 9. mari et femme *. Le grand saint Louys , également rigoureux a sa chair et tendre en l'amour de sa femme, fut presque blasmé d'estre abondant en telles caresses, bien qu'en vérité il meritast plustost louange de sçavoir démettre son esprit martial et courageux a ces menus offices requis a la conservation de l'amour conjugal ; car (s) bien que ces petites démonstrations de pure et franche amitié ne lient pas les cœurs, elles les approchent néanmoins, et servent d'un ageancement aggreable a la mutuelle conversation.

Sainte Monique estant grosse du grand saint Augustin, le dédia par plusieurs offres a la religion Chrestienne et au service de la gloire de Dieu, ainsy que luy mesme

( 1 ) ornement — est mystique, et (Ms.) (m) sur une (Ms.) (nj I ni (Ms.)

(o) [ Voir la variante (h), p. 210.] (p) les(Ms.-A-B)

(q) chaste pair — de mariés rde l'ancienne Loy^ (M s.) (r) se caressans (Ms.)

(s ) car — ("ces petites démonstrations de pure et franche amitié sont comme des fleurs semées sur des fruitz pour en rendre aggreable la veuë... J (Ms.)

Troisiesme Partie. Chapitre xxxviii. 271

le tesmoigne * disant que des-ja il avoit gousté « le sel * Confess., 1. 1, c. de Dieu dans le ventre de sa mère. » C'est un grand enseignement pour les femmes chrestiennes d'offrir a la divine Majesté les fruitz de leurs ventres, mesme avant qu'ilz en soyent sortis, car Dieu qui accepte les oblations d'un cœur humble et volontaire, seconde pour l'ordinaire les bonnes affections des mères en ce tems la : tesmoin Samuel, t1) saint Thomas d'Aquin, saint André de Fiesole et plusieurs autres. La mère de saint Bernard, digne mère d'un tel filz, prenant ses enfans en ses bras incontinent qu'ilz estoyent nais, (u) les offroit a Jésus Christ, et des lhors les aymoit avec respect comme chose sacrée et que Dieu luy avoit confiée ; ce qui luy réussit si heureusement qu'en fin ilz furent tous sept tressaintz. Mays les enfans estans venus au monde et commençans a se servir de la rayson, les pères et mères doivent avoir un grand soin de leur imprimer la crainte de Dieu au cœur. La bonne reyne Blanche fit(v) ardemment cet office a l'endroit du roy saint Louys son filz, car elle luy disoit souventefois : « J'aymerois trop mieux, mon cher enfant, vous voir mourir devant mes yeux, que de vous voir commettre un seul péché mortel ; » ce qui demeura tellement gravé en l'ame de ce saint filz que,

comme luy mesme racontoit *, il ne fut jour de sa vie *Joinviiie, ubi supra, p. 249.

auquel il ne luy en souvint, mettant peyne, tant qu'il

luy estoit possible, de bien garder cette divine doctrine. Certes, (w) les races et générations sont appellees en (x) nostre langage, maysons, et les Hébreux mesme appellent la génération des enfans, édification de mayson, car c'est en ce sens qu'il est dit* que Dieu édifia des *Exod.,i, 21. maysons aux sages femmes d'Egypte. Or c'est pour

' (t) Samuel, — Tsaint Bernard et autres. J (Ms.)

(u) digne mère d'un tel — enfant, prenoit ses enfans en ses bras incontinent qu'ilz estoyent nais, et (Ms.-A)

( v) fil — rs°igneusementJ (Ms.)

(w) Certes, — ries enfans en hébreu sont appelles maysons, parce que les pères et mères, après qu'ilz ont des enfans, doivent plus soigneusement vaquer aies édifier et orner de vertus. J (Ms.)

(x) sont appellees — ["tant en hébreu qu'en J (Ms.)

272 Introduction a la Vie Dévote

monstrer que ce n'est pas faire une bonne mayson de fourrer beaucoup de biens mondains en icelle, mais de bien eslever les enfans en la crainte de Dieu et en la vertu : en quoy on ne doit espargner aucune sorte de peyne ni de travaux, puisque les enfans sont la couronne

' Prov., xvn, 6. du père et de la mère *. Ainsy sainte Monique combattit avec tant de ferveur et de constance les mauvaises inclinations de saint Augustin, que l'ayant suivi par mer et par terre elle le rendit plus heureusement enfant de ses larmes, par la conversion de son ame, qu'il n'avoit esté enfant de son sang par la génération de son cors. Saint Paul laisse en partage aux femmes le soin de

'Tit.,n, 5. la mayson*, c'est pourquoy plusieurs ont cette véri-

table opinion, que leur dévotion (y) est plus fructueuse a la famille que celle des maris qui, ne faisans pas une si ordinaire résidence entre les domestiques, ne peuvent pas par conséquent les addresser si aysement a la vertu.

Cap. xxx. A cette considération , Salomon en ses Proverbes * fait

dépendre le bonheur de toute la mayson, du soin et industrie de cette femme forte qu'il descrit.

Cap. xxv, si. h est dit au Genèse * qu'Isaac , voyant sa femme

Rebecca stérile, pria le Seigneur pour elle, ou, selon les Hébreux, il pria le Seigneur vis a vis d'elle, parce que l'un prioit d'un costé de l'oratoire et l'autre de l'autre : aussi (z) l'orayson du mari faitte en cette façon fut exaucée. C'est la plus grande et plus fructueuse union du mari et de la femme que celle qui se fait en la sainte dévotion, a laquelle ilz se doivent entreporter l'un l'autre a l'envi. Il y a des fruitz, comme le coing, qui pour l'aspreté de leur suc (a' ) ne sont gueres aggreables qu'en confiture ; il y en a d'autres qui pour leur tendreté et délicatesse ne peuvent durer, s'ilz ne sont aussi confitz, comme les cerises et abricotz. Ainsy les femmes doivent

(y) c'est pourquoy — Telles peuvent beaucoup a donner des bonnes impressions a toute la famille... plusieurs ont cette véritable opinion que leur dévotion a une plus heureuse suite de bons effectz...J (Ms.) (z) aussi — rieur orayson fut exaucée. J (Ms.) (a') de leur suc — fquoy que le goust en soit aggreable,. (Ms.)

Troisiesme Partie. Chapitre xxxviii. 273

souhaitter que leurs maris soyent confitz au sucre de la

dévotion, car l'homme sans dévotion est un animal

severe , aspre et rude ; et les maris doivent souhaitter

que leurs femmes soyent dévotes, car sans la dévotion

la femme est grandement fragile et sujette a deschoir

ou ternir en la vertu. Saint Paul a dit* que l'homme *I Cor., vu, 1.

infidelle est sanctifié par la femme fidelle , et la

femme infidelle par V homme fidelle, parce qu'en cette

estroitte alliance du mariage, Fun peut aysement tirer

l'autre a la vertu. Mais quelle bénédiction est-ce, quand

l'homme et la femme ridelles se sanctifient Fun l'autre

en une vraye crainte du Seigneur !

Au demeurant, le support mutuel de l'un pour l'autre doit estre si grand, que jamais tous deux ne soyent courroucés ensemble et tout a coup, affin qu'entre eux il ne se voye de la dissention et du desbat. Les mouches a miel ne peuvent s'arrester en lieu ou les échos et retentissemens et redoublemens de voix se font , ni le Saint Esprit certes en une mayson en laquelle il y ait du desbat, des répliques et redoublemens de crieries et altercations. (b')

Saint Grégoire Nazianzene tesmoigne * que de son • Orat. xl, § 1. tems les mariés faisoyent feste au jour anniversaire de leurs mariages. Certes, j'appreuverois que cette coustume s'introduisist, pourveu que ce ne fust point avec des appareilz de récréations mondaines et sensuelles , mais que les maris et femmes, confessés et communies en ce jour la, recommandassent a Dieu plus fervemment que l'ordinaire le progrès de leur mariage, renouvellans les bons propos de le sanctifier de plus en plus par une réciproque amitié et fidélité, et reprenans haleyne en Nostre Seigneur pour le support des charges de leur vacation.

(b1) de crieries et altercations. — fPlutarque dit que le mari et la femme se doivent comporter ensemble comme le mirouer et celuy qui se regarde dans le mirouer. Je voudrois...J (Ms.)

274 Introduction a la Vie Dévote

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