C. XIX
* Homii. xvn in passe bien plus avant *, car il conseille aux femmes
Lucam, sub finem. . , .. , , -• ■,,,-•■, -.
mariées de se vouer et destiner a la chasteté viduale en cas que leurs maris viennent a trespasser devant elles, affin qu'entre les playsirs sensuelz qu'elles pourront avoir en leur mariage, elles puissent néanmoins jouir du mérite d'une chaste viduité par le moyen de cette promesse anticipée. Le vœu rend les œuvres faittes en suite d'iceluy plus aggreables a Dieu, fortifie le courage pour les faire, et ne donne pas seulement a Dieu les œuvres, qui sont comme les fruitz de nostre bonne volonté, mais luy dédie encores la volonté mesme, qui est comme l'arbre de nos actions. Par la simple chasteté nous prestons nostre cors a Dieu, retenans pourtant la liberté de le sousmettre l'autre fois aux playsirs sensuelz ; mais par le vœu de chasteté nous luy en faisons un don absolu et irrévocable, sans nous reserver aucun pouvoir de nous en desdire , nous rendans ainsy heureusement esclaves de Celuy la servitude duquel est meilleure que toute royauté. Or , comme j'appreuve infiniment les advis de ces deux grans personnages, aussi desirerois-je que les âmes qui seront si heureuses que de les vouloir employer le facent prudemment, saintement et solidement, ayans bien examiné leurs courages, invoqué l'inspiration céleste et prins le conseil de quelque sage et dévot directeur, car ainsy tout se fera plus fructueusement.
choses qui pouvoyent leur donner des contentemens prophanes.(1)S' Ambroise et S1 Augustin ont fait des livres exprès Des Vefoes et Du Bien de la Vidai fJ, et S' Hierosme a escrit plusieurs epistres sur le mesme sujet; et bien que ces Pères appreuvent avec l'Eglise les secondes, troisiesmes, quatriesmes et cinquiesmes, et en fin toutes les noces qui se font en la crainte de Dieu, si est-ce que pour mille raysons ilz conseillent aux vefves, avec l'apostre S1 Paul, de demeurer vefves : Elle sera plus heureuse, dit l'apostre S1 Paul, si elle demeure ainsy ; je le dis selon mon conseil.
(i ) Voir le texte, p. i\
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2. Outre cela, il faut que ce renoncement de secondes noces se face purement et simplement pour, avec plus de pureté, contourner toutes ses affections en Dieu, et joindre de toutes pars son cœur avec celuy de sa divine Majesté ; car si le désir de laisser les enfans riches ou quelqu 'autre sorte de prétention mondaine arreste la vefve en viduité, elle en aura peut estre la louange,
mais non pas certes devant Dieu *, puisque devant * Rom., iv, 2. Dieu rien ne peut avoir une véritable louange que ce qui est fait pour Dieu.
3. Il faut de plus que la vefve, pour estre vrayement vefve, soit séparée et volontairement destituée des contentemens prophanes. La vefve qui vit en délices,
dit saint Paul *, est morte en vivant. Vouloir estre * l Tim., v, ( vefve et se plaire néanmoins d'estre muguettee, caressée, cajolée; se vouloir treuver aux balz, aux danses et aux festins; vouloir estre parfumée, attifée et mignardee, c'est estre une vefve vivante quant au cors, mais morte quant a l'ame. Qu'importe-il, je vous prie, que l'enseigne du logis d'Adonis et de l'amour prophane soit faite d'aigrettes blanches perchées en guise de pennaches, ou d'un crespe estendu en guise de retz tout autour du visage ? ains souvent le noir est mis avec advantage de vanité sur le blanc pour en rehausser la couleur. La vefve ayant fait essay de la façon avec laquelle les femmes peuvent plaire aux hommes, jette de plus dangereuses amorces dedans leurs espritz. La vefve donq qui vit en ces folles délices, vivante est morte, et n'est a proprement parler qu'une idole de viduité.
La vefve qui vit en délices, dit l'apostre S1 Paul, est morte en vivant. Il parle des vefves lesquelles, faisant semblant de vouloir tous-jours estre vefves, se plaisent néanmoins d'estre recherchées et muguettees, et pour cet éffect tendent leurs crespes comme des retz autour de leur visage, et mettent le noir sur le blanc pour rehausser les couleurs de leur visage; et ayant Tpassé par l'expérience J fait les essays de la façon avec laquelle les femmes peuvent plaire aux hommes, jettent des plus dangereuses amorces en l'esprit des hommes que ne font les filles a marier. Telles vefves vivantes sont mortes, et ne sont a proprement parler que des idoles de viduité; car, comme le feu du ciel tua et brisa l'enfant de Martiale dedans son ventre
Le tems de retrancher est venu, la voix de la tourterelle a esté . ouïe en nostre terre 9 dit le
Cap. 11, 12. Cantique *. Le retranchement des superfluités mon-
daines est requis a quicomque veut vivre pieusement ; mays il est sur tout nécessaire a la vraye vefve qui, comme une chaste tourterelle, vient tout fraischement de pleurer, gémir et lamenter la perte de son mari. Quand Noëmi revint de Moab en Bethléem, les femmes de la ville qui l'avoyent conneuë au commencement de son mariage s'entredisoyent l'une a l'autre : N'est-ce point ici Noëmi ? Mais elle respondit : Ne m'appelles point, je vous prie, Noëmi, car Noëmi veut dire gracieuse et belle, ains appelles moy Mara, car le
Ruth, 1, i9, 20. Seigneur a rempli mon ame d'' 'amertume * : ce qu'elle disoit d'autant que son mari luy estoit mort. Ainsy la vefve dévote ne veut jamais estre appellee et estimée ni belle ni gracieuse, se contentant d'estre ce que Dieu veut qu'elle soit , c'est a dire humble et abjecte a ses yeux.
Les lampes desquelles l'huyle est aromatique jettent une plus suave odeur quand on esteint leurs flammes : ainsy les vefves desquelles l'amour a esté pur en leur
sans que son cors en fut aucunement intéressé, ainsy faut il bien croire que le feu de la terre, c'est a dire de la concupiscence, brusle et tue le cœur de ces vefves mondaines, quoy qu'il ne brusle point leurs habitz ni leurs voiles de viduité.
Le tems de retrancher est venu, la voix de la tourterelle a esté ouïe en nostre terre, dit le Cantique. Le retranchement des superfluités mondaines est requis a quicomque désire de vivre pieusement, ainsy que j'ay dit ailleurs; mays il est sur tout requis a la vefve qui, comme une chaste tourterelle, vient tout fraischement de pleurer, gémir et lamenter la perte de son mari; sinon qu'elle se déclare de ne vouloir pas demeurer vefve. Quand Noëmi revint de Moab en Bethléem, les femmes de la ville qui l'avoyent conneuë au commencement de son mariage disoyent toutes entre elles : N'est-ce point ici Noëmi? Or Noëmi veut dire gracieuse et plaisante; et elle respondit : Ne m'appelles point Noëmi, appelles moy plustost Mara, car le Seigneur m'a remplie d'amertume. Ainsy la chaste vefve ne souhaittera plus d'estre appellee [ou] paroistre ni belle ni gracieuse, ains elle voudra estre ce que Dieu veut qu'elle soit, cest a dire humble et abjecte a ses yeux.
Les lampes desquelles l'huyle est aromatique jettent une plus suave odeur quand on esteint leurs flammes : ainsy les vefves desquelles l'amour
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mariage respandent un plus grand parfum de vertu de chasteté quand leur lumière, c'est a dire leur mari, est esteinte par la mort. D^mer le mari tandis qu'il est en vie, c'est chose asses triviale entre les femmes ; mais l'aymer tant qu'après la mort d'iceluy on n'en veuille point d'autre, c'est un rang d'amour qui n'appartient qu'aux vrayes vefves. Espérer en Dieu tandis que le mari sert de support, ce n'est pas chose si rare ; mais d'espérer en Dieu quand on est destitué de cet appuy, c'est chose digne de grande louange : c'est pourquoy on connoist plus aysement en la viduité, la perfection des vertus que l'on a eues au mariage.
a esté pur en leur mariage respandent un plus grand parfum de vertu, et tesmoignent plus abondamment l'amour qu'elles portoyent a leurs maris, et que leur cœur vivoit chaste emmi les embrasemens de leur cors, quand leurs lumières, c'est a dire leurs maris, sont esteintz par la mort; la ou les vefves qui vivantes sont mortes monstrent que les amorces et pastures de leur feu n'estoyent qu'un suif rance et puant.
Voyes, o chastes vefves, deux grans exemplaires qui doivent reluire en vous: Judith de l'ancienne Loy, et Anne la prophetesse pour la nouvelle; toutes deux demeurèrent vefves bien jeunes et passèrent leur viduité en prières, en jeusnes et en toutes sortes de bons exercices; mais la viduité de Judith a ce grand advantage, qu'elle estoit grande dame, riche, opulente, tresbelle et tresaggreable. A la suite de celles cy et a leur imitation, la primitive Eglise fleurit en un nombre infini de saintes vefves, desquelles les unes furent députées au service des pauvres, et les autres a la garde des portes de l'église et a la Visitation des malades et autres offices de pieté.
(1)St Augustin conseille aux vefves de non seulement garder leur chasteté a Dieu, mais aussi de la luy vouer, affin que le vœu leur serve de préservatif contre toutes sortes de pensées contraires a la chasteté, lesquelles, tandis qu'elles sont en liberté de faire a leur gré, sont tous-jours fort dangereuses, la ou le vœu sert de barrière entre l'ame et les tentations. Aussi le vœu rend les œuvres faittes en suite d'iceluy tous-jours plus aggreables a la divine Majesté, et fortifie le courage pour l'exercice de la vertu; c'est un acte grandement recommandable, de non seulement donner a Dieu nostre chasteté, mais aussi de luy donner la liberté qu'il nous avoit laissée de la garder ou de ne la garder pas, et de nous obliger a suivre la perfection. Ceux qui gardent la chasteté sans la vouer prestent leur cors a Nostre Seigneur, mais ceux qui en la gardant font vœu de la garder le luy donnent d'un don irrévocable, et, sans se reserver aucun pouvoir de s'en desdire, se rendent heureusement esclaves de Celuy le service duquel est meilleur que toutes les royautés de ce mondé. Mays Origene passe bien plus avant, car il conseille aux femmes mariées de se destiner et vouer a
(1 ) Voir le texte, pp. 279, 2S0.
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La vefve laquelle a des enfans qui ont besoin de son addresse et conduitte , et principalement en ce qui regarde leur ame et l'establissement de leur vie, ne peut ni doit en façon quelconque les abandonner ; car
* I Tim., v, 4. l'apostre saint Paul dit clairement * qu'elles sont obli-
gées a ce soin la, pour rendre la pareille a leurs pères et mères, et d'autant encores que si quelqu'un n'a soin des siens, et principalement de ceux de sa
• Ibid., f. 8. famille, il est pire qu'un infidelle*. Mais si les
enfans sont en estât de n'avoir pas besoin d'estre conduitz, la vefve alhors doit ramasser toutes ses affections et cogitations pour les appliquer plus purement a son avancement en l'amour de Dieu.
Si quelque force forcée n'oblige la conscience de la vraye vefve aux embarrassemens extérieurs, telz que sont les procès, je luy conseille de s'en abstenir du tout, et suivre la méthode de conduire ses affaires qui sera plus paisible et tranquille, quoy qu'il ne semblast pas que ce fust la plus fructueuse. Car il faut que les fruitz du tracas soyent bien grans, pour estre comparables au bien d'une sainte tranquillité ; laissant a part que les procès et telles brouilleries dissipent le cœur et ouvrent souventefois la porte aux ennemis de la chasteté, tandis que, pour complaire a ceux de la faveur
la chasteté viduale en cas que leurs maris viennent a trespasser devant elles, affin qu'emmi les playsirs qu'elles peuvent avoir en leur mariage, par le moyen de cette bonne intention, elles jouissent des fruitz et des mérites de la chasteté qu'elles promettent. Or, comme je loue infiniment les advis de ces deux grans personnages, aussi desire-je que les âmes qui les voudront employer, avant que de faire le vœu qu'ilz conseillent, confèrent avec leurs directeurs, facent beaucoup de prières et examinent bien leurs courages avant que de venir au vœu , affin que le tout se face plus saintement et solidement, et plus fructueusement.
La vefve qui a des enfans lesquelz, pour la tendreté de leur aage, ont besoin de son addresse et conduitte, ne peut loysiblement les abandonner ; car l'apostre S1 Paul dit clairement qu'elles sont obligées a ce soin la, pour rendre la pareille a leurs pères et mères, d'autant que si quelqu'un n'a soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il semble estre pire qu'un infidelle. Mais si les enfans sont telz qu'ilz n'ayent plus besoin de telle conduitte, la vefve fera bien de contourner toute son ame a des plus pures occupations, pour joindre de toutes pars son cœur avec celuy de Dieu. (Ms.)
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desquelz on a besoin, on se met en des contenances indevotes et desaggreables a Dieu.
L'orayson soit le continuel exercice de la vefve ; car ne devant plus avoir d'amour que pour Dieu, elle ne doit non plus presque avoir des parolles que pour Dieu. Et comme le fer qui estant empesché de suivre l'attraction de l'aymant a cause de la présence du diamant, s'eslance vers le mesme aymant soudain que le diamant est esloigné, ainsy le cœur de la vefve, qui ne pouvoit bonnement s'eslancer du tout en Dieu, ni suivre les attraitz de son divin amour pendant la vie de son mari, doit soudain après le trespas d'iceluy courir ardemment a V odeur des parfums célestes, comme disant, a l'imitation de l'Espouse sacrée * : O Seigneur, maintenant * Cant., 1, 3. que je suis toute mienne, recevés-moy pour toute vostre ; tirés-moy après vous, nous courrons a Vodeur de vos onguens.
L'exercice des vertus propres a la sainte vefve sont la parfaitte modestie , le renoncement aux honneurs , aux rangs, aux assemblées, aux tiltres et a telles sortes de vanités ; le service des pauvres et des malades, la consolation des affligés, l'introduction des filles a la vie dévote, et de se rendre un parfait exemplaire de toutes vertus aux jeunes femmes. La netteté et la simplicité sont les deux ornemens de leurs habitz , l'humilité et la charité les deux ornemens de leurs actions, l'honnesteté et debonnaireté les deux ornemens de leur langage, la modestie et la pudicité l'ornement de leurs yeux, et Jésus Christ crucifié, l'unique amour de leur cœur.
Bref, la vraye vefve est en l'Eglise une petite violette de mars , qui respand une suavité nompareille par l'odeur de sa dévotion, et se tient presque tous-jours cachée sous les larges feuilles de son abjection, et par sa couleur moins esclatante tesmoigne la mortification ; elle vient es lieux frais et non cultivés, ne voulant estre pressée de la conversation des mondains, pour mieux conserver la fraischeur de son cœur contre toutes les chaleurs que le désir des biens, des honneurs ou mesme des amours luy pourroit apporter. Elle sera
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i Cor., vu, 40. bien heureuse, dit le saint Apostre *, si elle persévère en cette sorte.
J'aurois beaucoup d'autres choses a dire sur ce sujet ; (0 mais j'auray tout dit quand j'auray dit que la vefve jalouse de l'honneur de sa condition lise attentivement les belles epistres que le grand saint Hierosme escrit a Furia et a Salvia, et a toutes ces autres dames qui furent si heureuses que d'estre filles spirituelles d'un si grand Père, car il ne se peut rien adjouster a ce qu'il leur dit, sinon cet advertissement : que la vraye vefve ne doit jamais ni blasmer ni censurer celles qui passent aux secondes ou mesme troisiesmes et quatriesmes noces ; car en certains cas Dieu en dispose ainsy pour sa plus grande gloire. Et faut tous-jours avoir devant les yeux cette doctrine des Anciens, que ni la viduité ni la virginité n'ont point de rang au Ciel que celuy qui leur est assigné par l'humilité.