‹ ŒuvresChapitre 135 sur 272 · REMEDES AUX GRANDES TENTATIONS · texte numérisé non relu

REMEDES AUX GRANDES TENTATIONS

Si tost que vous sentes (a) en vous quelques tentations, faites comme les petitz enfans quand ilz voyent le loup ou l'ours en la campaigne ; car tout aussi tost ilz courent entre les bras de leur père et de leur mère, ou pour le moins les appellent a leur ayde et secours. Recoures de mesme a Dieu , reclamant sa miséricorde et son Matt., xxvi, 41 secours ; c'est le remède que Nostre Seigneur enseigne * : Pries affin que vous n'entries point en tentation.

Si vous voyes que néanmoins la tentation persévère ou qu'elle accroisse, coures en esprit embrasser la sainte Croix, comme si vous voyies Jésus Christ crucifié devant vous ; protestes que vous ne consentirés point a la tentation et demandes luy secours contre icelle, et continues tous-jours a protester de ne vouloir point consentir tandis que la tentation durera. Mais en faysant ces protestations et ces refus de consentement, ne regardes point au visage de la tentation, ains seulement regardes Nostre Seigneur; car si vous regardes (b) la tentation, principalement quand elle est forte, elle pourroit esbranler vostre courage.

Divertisses vostre esprit par quelques occupations bonnes et louables ; car ces occupations entrans dedans vostre cœur et prenans(c) place, elles chasseront les tentations et suggestions malignes.

(a) sentires (A-B)

(b) regardies (A-B-C)

(c) et — y prenans (A-B)

Quatriesme Partie. Chapitre vu. 305

Le grand remède contre toutes tentations grandes ou petites, c'est de desployer son cœur et de communiquer les suggestions , ressentimens et affections que nous avons a nostre directeur ; car notés que la première condition que le malin fait avec l'âme qu'il veut séduire c'est du silence, comme font ceux qui veulent séduire les femmes et les filles, qui de prime abord défendent qu'elles ne communiquent point les propositions aux pères ni aux maris : ou au contraire Dieu, en ses inspirations, demande sur toutes choses que nous les fassions reconnoistre par nos supérieurs et conducteurs.

Que si, après tout cela, la tentation s'opiniastre a nous travailler et persécuter, nous n'avons rien a faire sinon a nous opiniastrer de nostre costé en la protestation de ne vouloir point consentir ; car, comme les filles ne peuvent estre mariées pendant qu'elles disent que non, ainsy l'ame quoy que troublée, ne peut jamais estre offensée pendant qu'elle dit que non.

Ne disputés point avec vostre ennemi et ne luy respondés jamais une seule parolle , sinon (d) celle que Nostre Seigneur luy respondit , avec laquelle il le confondit* : Arrière, 0 Satan, tu adoreras le Seigneur *Matt. ton Dieu et a luy seuKe) serviras. Et comme la chaste femme ne doit respondre un seul mot ni regarder en face le vilain poursuivant qui luy propose quelque deshonnesteté, mays le quittant tout court, doit a mesme instant retourner son cœur du costé de son espoux et rejurer la fidélité qu'elle luy a promise, sans s'amuser a barguigner, ainsy la dévote ame, se voyant assaillie de quelque tentation , ne doit nullement s'amuser a disputer ni respondre, mais tout simplement se retourner du costé de Jésus Christ son Espoux, et luy protester derechef de sa fidélité et de vouloir estre a jamais uniquement toute sienne.

(d) sinon — parfois (A)

(e) a luy seul — tu (A-B)

306 Introduction a la Vie Dévote

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