‹ ŒuvresChapitre 136 sur 272 · QU'IL FAUT RESISTER AUX MENUES TENTATIONS · texte numérisé non relu

QU'IL FAUT RESISTER AUX MENUES TENTATIONS

Quoy qu'il faille combattre les grandes tentations avec un courage invincible et que la victoire que nous en rapportons nous soit extrêmement utile, si est-ce néanmoins qu'a l'adventure on fait plus de proufnt a bien combattre les petites ; car, comme les grandes surpassent en qualité, les petites aussi surpassent si démesurément en nombre, que la victoire d'icelles peut estre comparable a celle des plus grandes. Les loups et les ours sont sans doute plus dangereux que les mouches, mais si ne nous font-ilz pas tant d'importunité et d'ennui, ni n'exercent pas tant nostre patience. C'est chose bien aysee que de s'empescher du meurtre, mais c'est chose difficile d'éviter les menues choleres, desquelles les occasions se présentent a tout moment. C'est chose bien aysee a un homme ou a une femme de s'empescher de l'adultère, mais ce n'est pas chose si facile de s'empescher des œillades, de donner ou recevoir de l'amour, de procurer des grâces et menues faveurs, de dire et recevoir des parolles de cajolerie. Il est bien aysé de ne point donner de corrival au mari ni de corrivale a la femme, quant au cors, mais il n'est pas si aysé de n'en point donner quant au cœur; bien aysé de ne point souiller le lict du mariage, mais bien malaysé de ne point intéresser l'amour du mariage; bien aysé de ne point desrober le bien d'autruy, mais malaysé de ne point le muguetter et convoiter; bien aysé de ne point dire de faux tesmoignage en jugement, mais malaysé de ne point mentir en conversation ; bien aysé de ne point s'enivrer, mais malaysé d'estre sobre ; bien aysé de ne point désirer la mort d'autruy, mais malaysé de ne point

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désirer son incommodité ; bien aysé de ne le point diffamer, mais malaysé de ne le point mespriser.

Bref, ces menues tentations de choleres, de soupçons, de jalousie, d'envie, d'amourettes, de folastrerie, de vanités, de duplicités, d'affaiterie, d'artifices, de cogitations deshonnestes, ce sont les continuelz exercices de ceux mesmes qui sont plus devotz et résolus : c'est pourquoy, ma chère Philothee, il faut qu'avec grand soin et diligence nous nous préparions a ce combat ; et soyes asseuree qu'autant de victoires que nous rapportons contre ces petitz ennemis , autant de pierres pretieuses seront mises en la couronne de gloire que Dieu nous prépare en son Paradis. C'est pourquoy je dis, qu'attendant de bien et vaillamment combattre les grandes tentations si elles viennent, il nous faut bien et diligemment défendre de ces menues et foibles attaques.

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