COMME IL FAUT REMEDIER AUX MENUES TENTATIONS
Or donq, quant a ces menues tentations de vanité, de soupçon, de chagrin, de jalousie, d'envie, d'amourettes, et semblables tricheries qui , comme mouches et moucherons, viennent passer devant nos yeux et tantost nous piquer sur la joue, tantost sur le nés, parce qu'il est impossible d'estre tout a fait exempt de leur importunité, la meilleure résistance qu'on leur puisse faire c'est de ne s'en point tourmenter; car tout cela ne peut(a) nuire, quoy qu'il puisse faire de l'ennui, pourveu que l'on soit bien résolu de vouloir servir Dieu.
(a) ne peut — point (A-B-C)
308 Introduction a la Vie Dévote
Mesprises donques ces menues attaques et ne daignes pas seulement penser a ce qu'elles veulent dire, mais laisses les bourdonner autour de vos oreilles tant qu'elles voudront, et courir ça et la autour de vous, comme l'on fait des mouches ; et quand elles viendront vous piquer et que vous les verres aucunement s'arrester en vostre cœur, ne faites autre chose que de tout simplement les oster, non point combattant contre elles ni leur respondant, mais faisant des actions contraires, quelles qu'elles soyent, et spécialement de l'amour de Dieu. Car si vous me croyes , vous ne vous opiniastreres pas a vouloir opposer la vertu contraire a la tentation que vous sentes, parce que ce seroit quasi vouloir disputer avec elle ; mais après avoir fait une action de cette vertu directement contraire, si vous aves eu le loysir de reconnoistre la qualité de la tentation, vous feres un simple retour de vostre cœur du costé de Jésus Christ crucifié, et par une action d'amour en son endroit vous luy bayseres les sacrés pieds.
C'est le meilleur moyen de vaincre l'ennemi , tant es petites qu'es grandes tentations ; car l'amour de Dieu contenant en soy toutes les perfections de toutes les vertus, et plus excellemment que les vertus mesmes, il est aussi un plus souverain remède contre tous vices ; et vostre esprit s'accoustumant en toutes tentations de recourir a ce rendes- vous gênerai, ne sera point obligé de regarder et examiner quelles tentations il a; mais simplement se sentant troublé il s'accoisera en ce grand remède, lequel outre cela est si espouvantable au malin esprit, que quand il voit que ses tentations nous provoquent a ce divin amour, il cesse de nous en faire.
Et voyla quant aux menues et fréquentes tentations, avec lesquelles qui voudroit s'amuser par le menu, il se morfondroit et ne feroit rien.
Qy atriesme Partie. Chapitre x. 309