DE LA TRISTESSE
La tristesse qui est selon Dieu, dit saint Paul *, * il Cor., vu, 10. opère la pénitence pour le salut ; la tristesse du monde opère la mort. La tristesse donques peut estre bonne et mauvaise, selon les diverses productions qu'elle fait en nous. Il est vray qu'elle en fait plus de mauvaises que de bonnes, car elle n'en fait que deux
Introduction a la Vie Dévote
bonnes, a sçavoir, miséricorde et pénitence ; et il y en a six mauvaises, a sçavoir, angoisse, paresse, indignation, Eccii.,xxx,25. jalousie, envie et impatience ; qui a fait dire au. Sage* : La tristesse en tue beaucoup et n'y a point de prouffit en icelle, parce que, pour deux bons ruysseaux qui proviennent de la source de tristesse, il y en a six qui sont bien mauvais.
L'ennemi se sert de la tristesse pour exercer ses tentations a l'endroit des bons ; car, comme il tasche de faire res-jouir les mauvais en leur péché, aussi tasche-il d'attrister les bons en leurs bonnes œuvres; et comme il ne peut procurer le mal qu'en le faysant treuver aggreable, aussi ne peut-il destourner du bien qu'en le faysant treuver desaggreable. Le malin se plait en la tristesse et melancholie, parce qu'il est triste et melancholique et le sera éternellement, dont il voudroit que chacun fust comme luy.
La mauvaise tristesse trouble l'ame , la met en inquiétude , donne des craintes desreglees , desgouste de l'orayson, assoupit et accable le cerveau, prive l'ame de conseil, de resolution, de jugement et de courage, et abat les forces : bref, elle est comme un dur hiver qui fauche toute la beauté de la terre et engourdit tous les animaux ; car elle oste toute suavité de l'ame et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés.
Si jamais il vous arrivoit, Philothee, d'estre atteinte de cette mauvaise tristesse, prattiqués les remèdes sui- CaP. v, 13. vans. Quelqu'un est-il triste, dit saint Jacques*,
qu'il prie : la prière est un souverain remède, car elle esleve l'esprit en Dieu qui est nostre unique joye et consolation; mais en priant, uses d'affections et parolles, soit intérieures soit extérieures, qui tendent a la confiance et amour de Dieu, comme : o Dieu de miséricorde, mon très bon Dieu, mon Sauveur débonnaire, Dieu de mon cœur, ma joye, mon espérance, mon cher Espoux, le Bienaymé de mon ame, et semblables.
Contraries vivement aux inclinations de la tristesse ; et bien qu'il semble que tout ce que vous feres en ce tems la se face froidement, tristement et laschement, ne