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CHAPITRE XIII

DES CONSOLATIONS SPIRITUELLES ET SENSIBLES ET COMME IL SE FAUT COMPORTER EN ICELLES

Dieu continue l'estre de ce grand monde en une perpétuelle vicissitude , par laquelle le jour se change tous-jours en nuit, le printems en esté, l'esté en automne, l'automne en hiver et l'hiver en printems, et l'un des jours ne ressemble jamais parfaittement l'autre (a) : on en void de nubileux, de pluvieux, de secs, de venteux, variété qui donne une grande beauté a cet univers. Il en est de mesme de l'homme, qui est, selon le dire des * Lectio iv Com- Anciens*, un « abrégé du monde; » car jamais il n'est

ment. S. Thomas in . ...

Aristot. Physica, 1. en un mesme estât, et sa vie escoule (b) sur cette terre vin, c h. comme les eaux, flottant et ondoyant en une perpétuelle

diversité de mouvemens, qui tantost l'eslevent aux espérances, tantost l'abaissent par la crainte, tantost le plient a droite par la consolation, tantost a gauche par l'affliction, et jamais une seule de ses journées, ni mesme une de ses heures , n'est entièrement pareille a l'autre.

C'est un grand advertissement que celuy cy : il nous

(a) parfaittement — a l'autre (Ms.-A-B)

(b) s'escoule (Ms.-A-B)

QjJATRIESME PARTIE. CHAPITRE XIII. 317

faut tascher d'avoir une continuelle et inviolable égalité de cœur en une si grande inégalité d'accidens, et quoy que toutes choses se tournent et varient diversement autour de nous, il nous faut demeurer constamment immobiles a tous-jours regarder , tendre et prétendre a nostre Dieu. Que le navire prenne telle route qu'on voudra, qu'il cingle au ponant ou levant, au midi ou septentrion , et quelque vent que ce soit qui le porte , jamais pourtant son eguille marine ne regardera que sa(c) belle estoile et le pôle. Que tout se renverse sans dessus dessous, je ne dis pas seulement autour de nous, mais je dis en nous, c'est a dire que nostre ame soit triste, joyeuse, en douceur, en amertume, en paix, en trouble, en clarté, en ténèbres, en tentations, en repos, en goust, en desgoust, en sécheresse, en tendreté, que le soleil la brusle ou que la rosée la rafraischisse, ha! si faut-il pourtant qu'a jamais et tous-jours la pointe de nostre cœur, nostre esprit, nostre volonté supérieure, qui est nostre bussole, regarde incessamment et tende perpétuellement a l'amour de Dieu son Créateur, son Sauveur, son unique et souverain bien. Ou que nous vivions ou que nous mourions, dit l'Apostre *, si * Rom-> XIV> 8sommes-nous a Dieu. Qui nous séparera de l'amour et charité de Dieu? Non, jamais rien ne nous séparera de oet amour : ni la tribulation, ni l'angoisse, ni la mort, ni la vie, ni la douleur présente, ni la crainte des accidens futurs, ni les artifices des malins espritz, ni la hauteur des consolations, ni la profonditê des afflictions, ni la tendreté, ni la sécheresse ne nous doit jamais séparer de cette sainte charité qui est fondée en Jésus Christ *. *?om*' vm' 35' }S'

Cette resolution si absolue de ne jamais abandonner Dieu ni quitter son doux amour, sert de contrepoids a nos âmes pour les tenir en la sainte égalité parmi Tinegalité de(d) divers mouvemens que la condition de

(c) la (Ms.-A-B)

(d) des (Ms.-A-B)

3 18 Introduction a la Vie Dévote

cette vie luy apporte. Car, comme les avettes se voyans surprises du vent en la campaigne, embrassent des pierres pour se pouvoir balancer en l'air et n'estre pas si aysement transportées a la merci de l'orage, ainsy nostre ame ayant vivement embrassé par resolution le pretieux amour de son Dieu, demeure constante parmi l'inconstance et vicissitude des consolations et afflictions, tant spirituelles que temporelles, tant extérieures (e) qu'intérieures. Mays outre cette générale doctrine, nous avons besoin de quelques documens particuliers.

i. Je dis donq que la dévotion ne consiste pas en la douceur , suavité , consolation et tendreté sensible du cœur, qui nous provoque aux larmes et souspirs et nous donne une certaine satisfaction aggreable et savoureuse en quelques exercices spirituelz. Non, chère Philothee, la dévotion et cela ne sont pas une mesme chose ; car il y a beaucoup d'ames qui ont de ces tendretés et consolations, qui néanmoins ne laissent pas d'estre fort vicieuses, et par conséquent n'ont aucun vray amour de Dieu et, beaucoup moins, aucune vraye dévotion. (f) Saul poursuivant a mort le pauvre David, qui fuyoit devant luy es desers d'Engaddi, entra tout seul en une caverne en laquelle David avec ses gens estoyent cachés ; David, qui en cette occasion l'eut peu mille fois tuer, luy donna la vie et ne voulut seulement pas luy faire peur, ains l'ayant laissé sortir a son ayse l'appella par après pour luy remonstrer son innocence, et luy faire connoistre qu'il avoit esté a sa merci. Or, sur cela, qu'est ce que ne fit pas Saul pour tesmoigner que son

(e) que temporelles, — extérieures (Ms.-A-B-C)

(f) [Outre la leçon correspondant au texte, le Ms. contient encore le fragment suivant. Cf. le premier alinéa de la variante (h), p. 330.]

Saul poursuivante mort le pauvre David, qui fuyoit devant luy parmi les desers d'Engaddi, entra tout seul en une caverne en laquelle David avec ses gens estoyent cachés |~ou estant surpris seul...j; David, qui l'eut peu mille fois tuer, luy donna la vie et ne voulut seulement pas rie toucherj luy faire peur. Quand donques Saul rs'apperceut J conneut quil avoit esté entre les mains et a la merci de David, qu'est ce quil ne fit pas pour tesmoigner combien son cœur estoit f attendri sur David J amolly envers

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