‹ ŒuvresChapitre 144 sur 272 · Q.UATRIESME PARTIE. CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

Q.UATRIESME PARTIE. CHAPITRE XIII

cœur estoit amolly envers David? il le nomma son enfant, il se mit a pleurer tout haut, a le louer, a confesser sa debonnaireté, a prier Dieu pour luy, a présager sa future grandeur et a luy recommander la postérité qu'il devoit laisser après soy *. Quelle plus grande douceur * I Reg., et tendreté de cœur pouvoit il faire paroistre? et pour tout cela, néanmoins, il n'avoit point changé son ame, ne laissant pas de continuer sa persécution contre David aussi cruellement qu'au paravant.

Ainsy se treuve-il des personnes qui considerans la bonté de Dieu et la Passion du Sauveur sentent des grans attendrissemens de cœur, qui leur font jetter des souspirs, des larmes, des prières et actions de grâces fort sensibles, si qu'on diroit qu'elles ont le cœur saysi d'une bien grande dévotion. Mais quand ce vient a l'essay, on treuve que comme les pluyes passagères d'un esté bien chaud, qui tombans en grosses gouttes sur la terre ne la pénètrent point et ne servent qu'à la production des champignons, ainsy ces larmes et tendretés tombans sur un cœur vicieux et ne le penetrans point, luy sont tout a fait inutiles : car pour tout cela, les pauvres gens ne quitteroyent pas un seul liard du bien mal acquis qu'ilz possèdent, ne renonceroyent pas une

luy ? car il l'appelia son enfant, il pleura, il le loua et confessa sa bonté, il pria Dieu pour luy, il luy praesagea sa future grandeur et luy recommanda sa postérité. O mon Dieu, quelle plus grande douceur de cœur, quelle plus grande tendreté d'affection pouvoit il monstrer que celle la ? et néanmoins, pour tout cela, il n'avoit point changé de courage, et ne laissa pas de continuer sa persécution contre David.

Ainsy se treuve-il plusieurs personnes ausquelles quand on remonstre les grâces que Dieu leur a faites et la Passion et Mort douloureuse du Sauveur, elles sentent leur cœur ["amollyj attendri; elles jettent des souspirs et des larmes, louent la bonté Divine, r pleurent J prient avec grand f tendreté J sentiment, et font plusieurs telz actes r sensibles J pour lesquelz on diroit qu'elles ont le cœur saysi d'une vraye dévotion. Mais quand ce vient [~au fait et au prendre, tout cela...J a l'essay et a l'espreuve, on treuve que Ttout cela n'est J ce n'a esté qu'une ("légère etj petite pluye passagère de l'esté, qui n'a point pénétré la terre du cœur, ains l'a laissée plus sèche et stérile qu'au paravant, et ne luy a fait produire que des grenouilles et champignons : car pour tout cela, ces rpersonnesj pauvres gens ne quitteroyent pas un denier de leurs biens malacquis, ne pardonneroyent pas un'injure,

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seule de leurs perverses affections, et ne voudroyent pas avoir pris la moindre incommodité du monde pour le service du Sauveur sur lequel ilz ont pleuré ; en sorte que les bons mouvemens qu'ilz ont eus, ne sont que des certains champignons spirituelz, qui non seulement ne sont pas la vraye dévotion, mais bien souvent sont des grandes ruses de l'ennemi, qui, amusant les âmes a ces menues consolations, les fait demeurer contentes et satisfaittes en cela, a ce qu'elles ne cherchent plus la vraye et solide dévotion, qui consiste en une volonté constante, résolue, prompte et active d'exécuter ce que l'on sçait estre aggreable a Dieu.

Un enfant pleurera tendrement s'il voit donner un coup de lancette a sa mère qu'on saigne ; mais si a mesme tems sa mère, pour laquelle il pleuroit, luy demande une pomme ou un cornet de dragée qu'il tient en sa main, il ne le voudra nullement lascher. Telles sont la pluspart de nos tendres dévotions : voyans donner un coup de lance qui transperce le cœur de Jésus Christ crucifié, nous pleurons tendrement. Helas, Philothee, c'est bien fait de pleurer sur cette Mort et Passion douloureuse de nostre Père et Rédempteur;

ne s'incommoderoyent pas d'un1 affection, ne voudroyent avouer un'imperfection, ni employer une mattinee de plus pour le service de Dieu. rNon seulement donq... J Telles tendretés donques, telz sentimens de douceur ne sont pas la vraye dévotion, ains sont bien souvent des grandes ruses de l'ennemi, qui, amusant les âmes a ces menues consolations, les fait demeurer contentes et satisfaittes en cela, si que elles ne cherchent plus la vraye et vivante dévotion, qui consiste en une volonté prompte, constante, résolue et active d'exécuter ce que nous sçavons estr1 aggreable a Dieu.

fVoyes un petit enfant.. .J Si un enfant voyt que Ton saigne sa mère, il pleurera amèrement et voudroit volontier battre le cyrurgien ; mais si sa mère mesme luy demande sur ce point une pomme ou un cornet de dragée quil tient en sa main, il ne la luy voudra pas donner, et pleurera encor plus fort si on la luy oste, quil n'avoit fait d'avoir veu donner le coup de lancette a sa mère. Telles sont la pluspart de nos tendres dévotions : on pleure oyant la Passion, voyant quelqu'action dévote ou lisant quelque bell'orayson ; on jette des larmes de voir que sur la Croix on donne un coup non de lancette mais de lance au travers du cœur de Jesuschrist r nostre Père J. Helas, chères âmes, c'est bien fait de pleurer sur cette mort douloureuse de nostre Père ; mais oyés qu'en mourant et pleurant luy mesme, il vous veut arracher la

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mais pourquoy donq ne luy donnons-nous tout de bon la pomme que nous avons en nos mains et qu'il nous demande si instamment, a sçavoir nostre cœur, unique pomme d'amour que ce cher Sauveur requiert de nous? Que ne luy resignons-nous tant de menues affections, délectations, complaisances, qu'il nous veut arracher des mains et ne peut, parce que c'est nostre dragée, de laquelle nous sommes plus frians que désireux de sa céleste grâce ? Ha ! ce sont des amitiés de petitz enfans que cela, tendres, mais foibles, mais fantasques, mais sans effect. La dévotion donq ne gist pas en ces tendretés et sensibles affections, qui quelquefois (ë) procèdent de la nature qui est ainsy molle et susceptible de l'impression qu'on luy veut donner, et quelquefois (h) viennent de l'ennemi qui, pour nous amuser a cela, excite nostre imagination a l'appréhension propre pour telz effectz.

2. Ces tendretés et affectueuses douceurs sont néanmoins quelquefois très bonnes et utiles ; car elles excitent l'appétit de l'ame, confortent l'esprit, et adjoustent a la promptitude de la dévotion une sainte gayeté et allégresse qui rend nos actions belles et aggreables mesmes en l'extérieur. C'est ce goust que l'on a es!1) choses divines pour lequel David s'escrioit * : O Sei- * Ps. cxvra, 103. gneur, que vos parolles sont douces a mon palais, elles sont plus douces que le miel a ma bouche. Et certes, la moindre petite consolation de la dévotion ( j ) que nous recevons vaut mieux de toute façon que les plus excellentes récréations du monde. Les mammelles

dureté du cœur qui vous empesche de pardonner [ au prochain J, l'avarice qui vous fait traitter si durement rie frère chrestien J , les folles amours qui vous consument. Ah pauvres gens, et vous serres cela si fermement en vos affections ! vous ne le voules pas quitter, vous disputes quand on vous en parle. Helas, ce sont des dévotions et amitiés de petitz enfans, tendres, mais foibles, mais fantasques, mais inutiles, mais de nul effect.

(g) affections, — ains quelquefois elles (Ms.-A)

(h) donner, — quelquefois elles (Ms.-A)

( i ) des (Ms.)

( j ) de — dévotion (Ms.-A-B)

et le laict, c'est a dire les faveurs du divin Espoux, * Cant, i, r. sont meilleures a l'ame que le vin * le plus pretieux

des playsirs de la terre : qui en a gousté tient tout le reste des autres consolations pour du fiel et de l'absynthe. Et comme ceux qui ont Fherbe scitique en la bouche en reçoivent une si extrême douceur qu'ilz ne i*3^;', Hist natv sentent ni faim ni soif*, ainsy ceux a qui Dieu a donné

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