Partie I, c. xx
* Pss. xxvi, 8, XLIV, 1, cxviii, 6.
(a) justes — dignes (A-B-C)
(b) Pesés (A)
Introduction a la Vie Dévote
Osée, xi, 4.
bénite trouppe vous regardoit et souspîroit sur vos parolles des souspirs de joye et d'approbation, et voyoit des yeux d'un amour indicible vostre cœur prosterné aux pieds du Sauveur, qui se consacroit a son service. On fit une joye particulière pour cela parmi la Hierusalem céleste, et maintenant on en fera la commémoration, si de bon cœur vous renouvelles vos resolutions.
4. Considères par quelz moyens vous fistes vostre protestation. Helas , combien Dieu vous fut doux et gracieux en ce tems-la. Mais dites en vérité, fustes-vous pas conviée par des doux attraitz du Saint Esprit ? les cordes avec lesquelles Dieu tira vostre petite barque a ce port salutaire, furent-elles pas d'amour et charité*} Comme vous alla-il amorçant avec son sucre divin, par les Sacremens, par la lecture, par l'orayson? Helas, chère Philothee, vous dormies, et Dieu veilloit sur vous
* jerem., xxix, n. et pensoit sur vostre cœur des pensées de paix*, il meditoit pour vous des méditations d'amour.
5. Considères en quel tems Dieu vous tira a ces grandes resolutions, car ce fut en la fleur de vostre aage. Ha, quel bonheur d'apprendre tost ce que nous ne pouvons sçavoir que trop tard ! Saint Augustin ayant esté tiré a l'aage de trente ans s'escrioit * : « O ancienne Beauté, comme t'ay-je si tard conneuë? » helas, je te voyois et ne te considerois point. Et vous pourres bien dire : O douceur ancienne, pourquoy ne t'ay-je plus tost savourée ! Helas, néanmoins, encores ne le merities-vous pas alhors ; et partant, reconnoissant quelle grâce Dieu vous a fait de vous attirer en vostre jeunesse, dites avec David* : O mon Dieu, vous m'aves esclairee et touchée des ma
jeunesse, et jusques a jamais j" annoncer ay vostre miséricorde. Que si c'a esté en vostre viellesse, helas, Philothee, quelle grâce qu'après avoir ainsy abusé des années précédentes, Dieu vous ait appellee avant la mort, et qu'il ait arresté la course de vostre misère au tems auquel, si elle eust continué, vous esties éternellement misérable.
6. Considères les effectz de cette vocation : vous treuveres, je pense, en vous de bons changemens, comparant
* Confess
Ps. LXX,
Cinquiesme Partie. Chapitre m. 343
ce que vous estes avec ce que vous esties. Ne prenesvous point a bonheur de sçavoir parler a Dieu par l'orayson, d'avoir affection a le vouloir aymer, d'avoir accoisé et pacifié beaucoup de passions qui vous inquieto}^ent, d'avoir évité plusieurs péchés et embarrassemens de conscience , et en fin , d'avoir si souvent communié de plus que vous n'eussies pas fait, vous unissant a cette souveraine source de(c) grâces éternelles ? Ha, que ces grâces sont grandes ! il faut , ma Philothee, les peser au poids du sanctuaire. C'est la main dextre de Dieu qui a fait tout cela. La bonne main de Dieu, dit David*, a fait vertu, sa dextre m'a relevé. * Ps. cxvn, 16, 17. Ha, je ne mourray pas mais je vivray, et raconter ay de cœur, de bouche et par œuvres les merveilles de sa bonté.
Apres toutes ces considérations, lesquelles, comme vous voyes, fournissent tout plein de bonnes affections, il faut simplement conclure par action de grâce et une prière affectionnée d'en bien prouffiter, se retirant avec humilité et grande confiance en Dieu, reservant de faire l'effort des resolutions après le deuxiesme point de cet exercice.