DE L'AME
Les fleurs, dit l'Espoux sacré*, apparoissent en * Cant., n, ia. nostre terre, le tems d'esmonder et tailler est venu. Qui sont les fleurs de nos cœurs, o Philothee, sinon les bons désirs? Or, (a) aussi tost qu'ilz paroissent, il faut mettre la main a la serpe (b) , pour retrancher de nostre conscience toutes les œuvres mortes et superflues. La fille estrangere, pour espouser l 'Israélite, devoit oster
(h) envers (Ms.-A-B-C)
(a) Or, — tout ( Ms.-A-B )
(b) sarpe (Ms.-A)
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la robbe de sa captivité, rogner ses ongles et raser ses
• Deut., xxi, 13,13. cheveux * : et l'ame qui aspire a l'honneur d'estre espouse
du Filz de Dieu, se doit despouiller du viel homme *EPhes.,iv,22, 24. et se revestir du nouveau*, quittant le péché; puis, rogner et raser toutes sortes d'empeschemens qui destournent de l'amour de Dieu. C'est le commencement de nostre santé que d'estre purgé de nos humeurs peccantes.
Saint Paul tout en un moment fut purgé d'une purgation parfaitte , comme fut aussi sainte Catherine de Gennes, sainte Magdeleine, sainte Pélagie et quelques autres ; mais cette sorte de purgation est toute miraculeuse et extraordinaire en la grâce, comme la résurrection des mortz en la nature , si que nous ne devons pas y prétendre. La purgation et guerison ordinaire, soit des cors soit des espritz, ne se fait que petit a petit, par progrès, d'avancement en avancement, avec peyne et loysir. Les Anges ont des aisles sur l'eschelle de Jacob, mais ilz ne volent (c) pas, ains montent et descendent par ordre, d'eschellon en eschellon. L'ame qui monte (d) du péché a la dévotion est comparée a
* Prov., iv, 18. l'aube*, laquelle s'eslevant ne chasse pas les ténèbres
en un (e) instant, mais petit a petit. La guerison, dit l'aphorisme, qui se fait tout bellement, est tous-jours (f) plus asseuree ; les maladies du cœur, aussi bien que celles du cors, viennent a cheval et en poste, mais elles s'en revont a pied et au petit pas.
Il faut donques estre courageuse et patiente, o Philothee, en cette entreprinse. Helas, quelle pitié est-ce de voir des âmes (ë) lesquelles , se voyans sujettes a plusieurs imperfections après s'estre exercées quelques fois (h) en la dévotion , commencent a s'inquiéter , se
(c) ne volent — pourtant (Ms.-A-B)
(d) remonte (Ms.-A-B-C)
(e) mesme (Ms.-A-B)
(f ) tous-jours — la (Ms.)
(g) est-ce — des âmes (Ms.-A-B-C)
(h) quelques mois (Ms.-A-B-C)
PREiMiERE Partie. Chapitre v. 27
troubler et descourager, laissans presque emporter leur cœur a la tentation de tout quitter et retourner en arrière. Mais aussi, de l'autre costé , n'est-ce pas un extrême danger aux âmes lesquelles, par une tentation contraire, se font accroire d'estre purgées de leurs imperfections le premier jour de leur purgation, se tenans pour parfaittes avant presque d'estre faittes, en (») se mettant au vol sans aisles ? O Philothee, qu'elles sont en grand péril de recheoir, pour s'estre trop tost ostees d'entre les mains du médecin ! Ha, ne vous levés pas avant que la lumière soit arrivée, dit le Prophète *; * Ps. cxxvi, 3. levés vous après que vous aurès esté assis : et luy mesme prattiquant cette leçon et ayant esté des-ja lavé et nettoyé, demande de l'estre derechef *. * Ps- L> 3-
L'exercice de la purgation de l'ame ne se peut ni doit finir qu'avec nostre vie : ne nous troublons donq point de nos imperfections, car nostre perfection consiste a les combattre, et nous ne sçaurions les combattre sans les voir , ni les vaincre sans les rencontrer. Nostre victoire ne gist pas a ne les sentir point, mais a ne point leur consentir ; mais ce n'est pas leur consentir que d'en estre incommodé (J). Il faut bien que pour l'exercice de nostre humilité, nous soyons quelquefois blessés en cette bataille spirituelle; néanmoins nous ne sommes jamais (k) vaincus sinon lhors que nous avons perdu ou la vie ou le courage. Or, les imperfections et péchés venielz ne nous sçauroyent oster la vie spirituelle, car elle ne se perd que par le péché mortel ; il reste donques seulement qu'elles ne nous facent point perdre le courage : Delivre-moy, Seigneur, disoit David *, de * Ps. uv, 9. la couardise et descouragement. C'est une heureuse condition pour nous en cette guerre, que nous soyons tousjours vainqueurs, pourveu que nous voulions combattre.
(i) et (Ms.)
(j ) leur consentir ; — or, ce n'est pas leur consentir que de recevoir des incommoditis d'icelles. (Ms.-A-B)
(k) bataille spirituelle ; — mais nous ne sommes jamais tenus pour (Ms.-A-B )
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