EXAMEN SUR LES AFFECTIONS DE NOSTRE AME
J'ay estendu ainsy au long ces pointz, en l'examen desquelz gist la connoissance de l'avancement spirituel qu'on a fait ; car quant a l'examen des péchés, cela est pour les confessions de ceux qui ne pensent point a s'avancer. Or il ne faut néanmoins pas se travailler sur un chacun de ces articles sinon tout doucement, considérant en quel estât nostre cœur a esté touchant iceux des nostre resolution, et quelles fautes notables nous y avons commises.
Mais pour abréger le tout, il faut réduire (a) l'examen a la recherche de nos passions ; et s'il nous fasche de considérer si fort par le menu comme il a esté dit, nous pouvons (b) ainsy nous examiner, quelz nous avons esté et comme nous nous sommes comportés :
En nostre amour envers Dieu, envers le prochain, envers nous mesmes.
En nostre haine envers le péché qui se treuve en nous, envers le péché qui se treuve es autres ; car nous devons désirer l'exterminement de l'un et de l'autre.
(a ) réduire — tout (A)
(b) esté dit, — quelz nous avons esté, nous pourrons (A) — quelz nous avons esté, nous pouvons (B)
Cinquiesme Partie. Chapitre vu. 351
En nos désirs, touchant les biens, touchant les playsirs, touchant les honneurs.
En la crainte des dangers de pécher et des pertes des biens de ce monde : on craint trop l'un, et trop peu Fautre.
En l'espérance, trop mise peut estre au monde et en la créature, et trop peu mise en Dieu et es choses éternelles.
En la tristesse, si elle est trop excessive pour choses vaines.
En la joye, si elle est excessive et pour choses indignes.
Quelles affections en fin tiennent nostre cœur empesché ? quelles passions le possèdent ? en quoy s'est-il principalement détraqué? Car par les passions de l'ame, on reconnoist son estât en les tastant l'une après l'autre : d'autant que, comme (c) un joueur de luth pinçant toutes les cordes, celles qu'il treuve dissonnantes il les accorde, ou les tirant ou les laschant, ainsy, après avoir tasté l'amour, la haine, le désir, la crainte, l'espérance, la tristesse et la joye de nostre ame, si nous les treuvons mal accordantes a l'air que nous voulons sonner, qui est la gloire de Dieu, nous pourrons les accorder, moyennant sa grâce et le conseil de nostre père spirituel.
(c) après Vautre : — comme (A)
352 Introduction a la Vie Dévote