‹ ŒuvresChapitre 165 sur 272 · SECONDE CONSIDERATION : DE L'EXCELLENCE DES VERTUS · texte numérisé non relu

SECONDE CONSIDERATION : DE L'EXCELLENCE DES VERTUS

Considères que les vertus et la dévotion peuvent seules rendre vostre ame contente en ce monde ; voyes combien elles sont belles. Mettes en comparayson les vertus, et les vices qui leur sont contraires : quelle suavité en la patience au prix de la vengeance ; de la douceur au prix de l'ire et du chagrin ; de l'humilité au prix de l'arrogance et ambition ; de la libéralité au prix de l'avarice ; de la charité au prix de l'envie ; de la sobriété au prix des desordres ! Les vertus ont cela d'admirable, qu'elles délectent l'ame d'une douceur et suavité nompareille après qu'on les a exercées, ou les vices la laissent infiniment recreuë et mal menée. Or sus donq, pourquoy n'entreprendrons-nous pas d'acquérir ces suavités ?

Des vices, qui n'en a qu'un peu n'est pas content, et qui en a beaucoup est mescontent ; mais des vertus, qui n'en a qu'un peu, encor a-il des-ja du contentement, et puis tous-jours plus en avançant. O vie dévote, que vous estes belle, douce, aggreable et souëfve : vous adoucisses les tribulations, et rendes souëfves les consolations ; sans vous le bien est mal, et les playsirs pleins d'inquiétude, troubles et défaillances. Ah, qui vous connoistroit pourroit bien dire avec la Samaritaine* : * Joaa., iv, 15. Domine, da mihi hanc aquam : Seigneur, donnesmoy cette eau; aspiration fort fréquente a la Mère Thérèse et a sainte Catherine de Gennes, quoy que pour differens sujetz.

356 Introduction a la Vie Dévote

Page 1