QUATRIESME CONSIDERATION : DE L 'AMOUR QUE JESUS CHRIST NOUS PORTE
Considères l'amour avec lequel Jésus Christ Nostre Seigneur a tant souffert en ce monde, et particulièrement au jardin des Olives et sur le mont de Calvaire (a) : cet amour vous regardoit, et par toutes ces peynes et travaux obtenoit de Dieu le Père des bonnes resolutions et protestations pour vostre cœur, et par mesme moyen obtenoit encor tout ce qui vous est nécessaire pour maintenir, nourrir, fortifier et consommer ces resolutions. O resolution, que vous estes pretieuse estant fille d'une telle mère comme est la Passion de mon Sauveur ! o combien mon ame vous doit chérir, puisque vous aves esté si chère a mon Jésus. Helas, o Sauveur de mon ame, vous mourustes pour m'acquerir mes resolutions, hé faites-moy la grâce que je meure plustost que de les perdre.
(c) ces (A-B)
(a) le mont — Calvaire (A-B-C)
358 Introduction a la Vie Dévote
Voyes-vous, ma Philothee, il est certain que le cœur de nostre cher Jésus voyoit le vostre des l'arbre de la Croix et l'aymoit, et par cet amour luy obtenoit tous les biens que vous aurés jamais, et entre autres nos resolutions ; ouy, chère Philothee, nous pouvons tous dire comme Hieremie * : O Seigneur, avant que je fusse, vous me regardies et m'appellies par mon nom, d'autant que vrayement sa divine Bonté prépara en son amour et miséricorde tous les moyens généraux et particuliers de nostre salut, et par conséquent nos resolutions. Ouy sans doute ; comme une femme enceinte prépare le berceau, les linges et bandelettes, et mesme une nourrice pour l'enfant qu'elle espère (b) faire, encor qu'il ne soit pas au monde, ainsy Nostre Seigneur ayant sa bonté grosse et enceinte de vous, prétendant de vous enfanter au salut et vous rendre sa fille, prépara sur l'arbre de la Croix tout ce qu'il falloit pour vous : vostre berceau spirituel, vos linges et bandelettes, vostre nourrice et tout ce qui estoit convenable (c) pour vostre bonheur. Ce sont tous les moyens, tous les attraitz, toutes les grâces avec lesquelles il conduit vostre ame et la veut tirer a sa perfection. (d)
Ah , mon Dieu , que nous devrions profondement mettre ceci en nostre mémoire : est il possible que j'aye esté aymee et si doucement aymee de mon Sauveur, qu'il allast penser a moy en particulier, et en (e) toutes ces petites occurrences par lesquelles il m'a tirée a luy? et combien donq devons nous aymer, chérir et bien employer tout cela a nostre utilité. Ceci est bien doux : ce cœur amiable de mon Dieu pensoit en Philothee , l'aymoit et luy procuroit mille moyens de salut, autant comme s'il n'eust point eu d'autre ame au monde en qui il eust pensé, ainsy que le soleil esclairant un endroit
(b) prétend (A-B)
( c ) tout ce — qu'il falloit ( A-B )
(d) a sa perfection. — Or Nostre Seigneur estoit en estât de grossesse et de femme enceinte, sur l'arbre de la Croix. (A-B)
(e) penser — en moy en mon particulier, en (A-B)
Cinquiesme Partie. Chapitre xiv. 359
de la terre ne l'esclaire pas moins que s'il n'esclairoit
point ailleurs et qu'il esclairast cela seul ; car tout de
mesme Nostre Seigneur pensoit et soignoit pour tous
ses chers enfans, en sorte qu'il pensoit a un chacun de
nous comme s'il n'eust point pensé a tout le reste.
Il m'a aymé, dit saint Paul*, et s'est donné pour * Galat., n, 20.
moy ; comme s'il disoit : pour moy seul, tout autant
comme s'il n'eust rien fait pour le reste. Ceci, Philothee,
doit estre gravé en vostre ame, pour bien chérir et
nourrir vostre resolution qui a esté si pretieuse au cœur
du Sauveur.