‹ ŒuvresChapitre 184 sur 272 · DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA MORT

Préparation

Mettez vous en la présence de Dieu. Demandez luy sa grâce. Imaginez vous, d'estre malade en extrémité dans le lict de la mort, sans espérance aucune d'en eschapper.

Considérations

Considérez l'incertitude du jour de vostre mort. O mon ame, vous sortirez un jour de ce corps. Quand sera ce ? sera ce en hyver ou en esté ? en la ville ou au village ? de jour ou de nuict ? Sera ce

34 * Introduction a la Vie Dévote

à l'impourveu ou avec advertissement ? Sera ce de maladie ou d'accident? Aurez vous le loisir de vous confesser ou non? Serez vous assistée de vostre Confesseur et père spirituel, ou non ? Helas de tout cela nous n'en sçavons rien du tout : seulement cela est asseuré que nous mourrons et tousjours plus tost que nous ne pensons.

Considérez, qu'alors le monde finira pour ce qui vous regarde : il n'y en aura plus pour vous : il renversera s'en dessus dessous devant vos yeux ; ouy, car alors les plaisirs, les vanitez, les joyes mondaines, les affections vaines, vous aparoistront comme des fantosmes, et nuages. Ah chetifve pour quelles bagatelles et chimères ay je offencé mon Dieu ! Vous verrez que nous avons quitté Dieu pour néant : au contraire la dévotion, les bonnes œuvres vous sembleront alors si désirables, et douces. O pourquoy n'ay je suivy ce beau et gracieux chemin ? alors les péchez qui sembloient bien petits paroistront gros comme des montaignes, et vostre dévotion paroistra alors d'avoir esté bien petite.

Considérez les grands et langoureux à Dieu que vostre ame dira à ce bas monde. Elle dira à Dieu aux richesses, aux vanitez, et vaines compagnies, aux plaisirs, aux passetemps , aux amis, et voisins, aux parens, aux enfans, au mary, bref à toute créature : et en fin finale à son corps, qu'elle délaissera pasle, hâve, défait, hideux et puant.

Considérez les empressemens qu'on aura pour lever ledit corps, et le cacher en terre, et que cela fait, le monde ne pensera plus guère en vous, ny n'en fera plus mémoire, non plus que vous n'avez guère pensé aux autres. Dieu luy face paix, dira -on, et puis c'est tout. O mort que tu es considérable ? que tu es impiteuse ?

Considérez, qu'au sortir du corps, lame prend son chemin, ou à droitte ou à gauche. Helas où ira la vostre ? quelle voye tiendra elle ? non autre que celle qu'elle aura commancée en ce monde.

Affections

Priez Dieu, et vous jettez entre ses bras. Las Seigneur, recevez moy en vostre protection pour ce jour effroyable : rendez moy cette heure heureuse et favorable, et que plustost toutes les autres de ma vie me soient tristes et d'affliction.

Mesprisez le monde. Puis que je ne sçay l'heure en laquelle il te faut quiter, ô monde je ne me veux point atacher à toy : ô mes chers amys, mes chères aliances permettez moy que je ne vous affectionne plus, que par une amitié sainte, laquelle puisse durer éternellement : car pourquoy m'unir à vous en sorte qu'il faille quitter et rompre la liaison ?

Edition Princeps. Partie I. Chap. ix. 35*

|e me veux préparer à cette heure, et prendre le soing requis pour faire ce passage heureusement : je veux asseurer Testât de ma conscience de tout mon pouvoir, et veux mettre ordre à tels, et tels manquemens.

Conclusion

Remerciez Dieu de ces resolutions qu'il vous a données : offres les à sa Majesté : suppliez la derechef, qu'elle vous rende vostre mort heureuse, par le mérite de celle de son Fils : implorez l'ayde de la Vierge, des Saincts. Pater, Ave Maria.

Faictes un bouquet de mirrhe.

Méditation 6

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