‹ ŒuvresChapitre 190 sur 272 · DE LA PRESENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

DE LA PRESENCE DE DIEU

CHAP. X

Ces Méditations sont propres pour vous conduire à une vraye contrition : mais vous ne sçavez peut estre pas, ô Philothee, comme il faut faire l'exercice de la saincte Méditation : car c'est une chose, laquelle par malheur peu de gens sçavent en nostre aage. C'est pourquoy je vous présente une simple et briefve méthode de

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pratiquer, en attendant que par la lecture de plusieurs beaux livres qui ont estez composez sur ce sujet, et sur tout par l'usage vous en puissiez estre plus amplement instruite.

Je vous ay premièrement marqué la préparation laquelle consiste en deux poincts : dont le premier est de se mettre en la présence de Dieu, et le second d'invoquer son assistance. Or pour vous mètre en la présence de Dieu je vous representeray quatre principaux moyens desquels vous vous pourrez servir à ce commencement.

Le premier gist en une vive, et attentive aprehension de la toutepuissance de Dieu ; c'est à dire que Dieu est en tout, et par tout, et qu'il n'y a lieu ny chose au monde où il ne soit, d'une très véritable présence : de sorte que comme les oyseaux où qu'ils volent rencontrent tousjours l'air, ainsi où que nous allions, où que nous soyons nous trouvons Dieu présent : chacun sçait cette vérité, mais chacun n'est pas attentif à l'appréhender. Les aveugles ne voyant pas un Prince qui leur est présent, ne laissent pas de se maintenir en respect, s'ils sont advertis de sa présence : mais la vérité est que parce que ils ne le voyent pas, ils s'oublient aysement qu'il soit présent, et s'en estans oubliez ils perdent encore plus aysement le respect, et la révérence. Helas Philothee, nous ne voyons pas Dieu qui nous est présent : et bien que la foy nous advertisse de sa présence, si est ce que ne le voyans pas de nos yeux, nous nous en oublions bien souvent, et lors nous nous comportons comme si Dieu estoit bien loing de nous : car encor que nous sçachions bien qu'il est présent à toutes choses, si est ce que n'y pensant point, c'est tout autant comme si nous ne le sçavions pas : c'est pourquoy tousjours avant l'oraison, il faut provoquer nostre ame à une atentive pensée, et considération de cette présence de Dieu. Ce fut l'appréhension de David quand il s'escrioit : Si je monte au Ciel, ô mon Dieu, vous y estes ; si je descends en enfer vous y estes : et ainsi nous devons user des parolles de Jacob, lequel ayant veu l'eschelle sacrée : ô que ce lieu, dit il, est redoutable ; vrayement Dieu est icy, et je n'en sçavois rien : il veut dire qu'il n'y pensoit pas, car au reste il ne pouvoit ignorer que Dieu ne fut en tout, et par tout. Venant doncques à la prière, ô Philothee, il vous faut dire de tout vostre cœur, et à vostre cœur, ô mon cœur Dieu est vrayement icy.

Le second moyen de se mettre en cette sacrée présence, c'est de penser, que non seulement Dieu est au lieu où vous estes, mais qu'il est très particulièrement en vostre cœur, et au fond de vostre esprit, lequel il vivifie, et anime de sa divine présence, estant là comme le cœur de vostre cœur, et l'esprit de vostre esprit : car comme l'ame est respandue par tout le corps, se trouvant présente

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en toutes les parties d'iceluy, et réside neantmoins au cœur d'une specialle résidence : de mesme Dieu estant très présent à toutes choses, assiste toutefois d'une specialle façon à nostre esprit : et pour cela David appelloit Dieu, Dieu de son cœur, et sainct Paul disoit que nous vivons, nous nous mouvons, et sommes en Dieu. En la considération donques de cette vérité, vous exciterez une grande révérence en vostre cœur à l'endroit de Dieu, qui luy est si intimement présent.

Le troisiesme moyen c'est de considérer nostre Sauveur lequel en son humanité regarde dés le Ciel toutes les personnes du monde, mais particulièrement les Chrestiens qui sont ses enfans, et plus spécialement ceux qui sont en prière, desquels il remarque les actions et deportemens : or cecy n'est pas une simple imagination, mais une vraye vérité. Car encor que nous le voyons pas, si est ce que de là haut il nous considère. S. Estienne le vist ainsi au temps de son martyre : si que nous pouvons bien dire avec l'Espouse : Le voilà qu'il est derrière la paroy , voyant par les fenestres , regardant par les treillis.

La quatriesme façon consiste à se servir de la simple imagination, nous representans le Sauveur en son humanité sacrée, comme s'il estoit près de nous : ainsi que nous avons accoustumé de nous représenter nos amis, et de dire : je m'imagine de voir un tel qui fait cecy, et cela : il me semble que je le vois, et chose semblable. Mais si le tressaint Sacrement de l'autel estoit présent , allors cette présence seroit réelle, et non purement imaginaire : car les espèces et aparences du pain seroient comme une tapisserie dessous laquelle nostre Seigneur estant réellement présent, il nous voit, et considère, quoy que nous ne le voyons pas en sa propre forme. Vous userez donques, ô Philothee, de l'un de ces quatre moyens pour mettre vostre ame en la présence de Dieu avant l'oraison, et ne faut pas *es vouloir employer tous ensemblement, mais seulement un à la fois, et cela briefvement, et simplement.

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