DE LA CONCLUSION, ET BOUQUET SPIRITUEL
CHAP. XVI
En fin il faut conclure la méditation par ces trois actions qu'il faut faire avec le plus d'humilité que l'on peut : dont la première c'est l'action de grâces, remerciant Dieu des affections, et resolutions qu'il nous a données, et de sa bonté, et miséricorde que nous aurons découvertes au mystère de la méditation ; la seconde c'est l'action d'offrande, par laquelle nous offrons à Dieu sa mesme bonté, et miséricorde, la mort, le sang, les vertus de son Fils : et conjointement nos affections, et resolutions : et la troisiesme action est celle de la supplication, par laquelle nous demandons à Dieu, et le conjurons de nous communiquer les grâces, et vertus de son Fils, et de donner sa bénédiction à nos affections et resolutions, afin que nous les puissions bien fidellement exécuter : nous prions de mesme pour l'Eglise, pour nos pasteurs, parens, amis, et autres, employans à mesme intention l'intercession de nostre Dame, des Anges, des Saincts : en fin j'ay marqué qu'il falloit dire le Pater nos ter et Ave Maria.
A tout cela j'ay adjousté qu'il falloit cueillir un petit bouquet de dévotion : et voicy ce que je veux dire. Ceux qui se sont promenez en un beau jardin n'en sortent pas volontiers, sans prendre en leur main quatre ou cinq fleurs pour les odorer et sentir le long de la journée : ainsi nostre esprit ayant discouru sur quelque mystère par la méditation, nous devons choisir, un, ou deux, ou trois poincts que nous aurons treuvez plus à nostre goust, et plus propres à nostre amendement, pour nous en resouvenir le reste de la journée, et les odorer spirituellement. Or cela se fait ou sur le lieu mesme auquel nous avons fait la méditation, ou nous promenant solitairement quelque temps après.
Edition Princeps. Partie I. Chap. xvii. 51*