‹ ŒuvresChapitre 212 sur 272 · DE LA BIEN-SEANCE DES HABITS · texte numérisé non relu

DE LA BIEN-SEANCE DES HABITS

CHAP. XXIII

Saint Paul (a) veut que les femmes dévotes (il en faut autant dire des hommes) soyent revestus d'habits bien-seants, se parants avec pudicité et sobriété. Or la bien-seance des habits et autres ornemens, dépend de la matière, de la forme, et de la netteté. Quant à la netteté, Philothee, elle doit presque tousjours estre esgale en nos habits; sur lesquels, tant qu'il est possible, nous ne devons laisser aucune sorte de souillure et vilenie. La netteté extérieure représente en quelque façon l'honnesteté intérieure. Dieu mesme(b) requiert l'honnesteté corporelle en ceux qui s'aprochent de ses autels, et qui ont la charge principalle de la dévotion.

Quant à la matière et la forme des habits la bien-seance se considère par plusieurs circonstances, du temps, de l'eage, des qualités, des compagnies, des occasions. On se pare ordinairement mieux es jours de Festes selon la grandeur du jour qui se célèbre. En temps de pénitence, comme en Caresme, on se démet bien fort; aux nopces on porte les robes nuptialles, et aux assemblées funèbres les robes de deuïl : au près des Princes on rehausse Testât, lequel on doit abbaisser entre les domestiques. La femme mariée se peut et doit orner auprès de son mary ; si elle en fait de mesme en estant esloignée, on demandera quels yeux elle veut favoriser avec ce soin particulier. On permet plus d'afTiquets aux filles, parce qu'elles peuvent loisiblement désirer d'agréer à plusieurs, quoy que ce ne soit qu'afin d'en gaigner un (c) par un sainct Mariage. On ne treuve pas non plus mauvais que les vefves à marier se parent aucunement, pourveu qu'elles ne fassent point paroistre de folastrerie ; d'autant qu'ayant desja esté mères de famille, et passé par les regrets du vefvage, on tient leur esprit pour meur et attrempé. Mais quant aux vrayes vefves, qui le sont, non seulement de corps, mais aussi de cœur, nul ornement ne leur est convenable, sinon l'humilité, la modestie et la dévotion : car si elles veulent donner de l'amour aux

(a) Saint Paul ("commande aux...J

(b) Dieu mesme — Ten l'Ancien Testament J ( c ) un — seul

Edition Princeps. Partie II. Chap. xxiiii.

hommes, elles ne sont pas vrayes vefves ; et si elles n'en veulent pas donner, pourquoy en portent elles les outils ? Qui ne veut recevoir les hostes, il faut qu'il oste l'enseigne de son logis. On se moque tousjours des vieilles gens quand ils veulent faire les jolis : c'est une folie qui n'est supportable qu'à la jeunesse.

Soyez propre, Philothee, qu'il n'y ait rien sur vous de traînant et mal-adjencé. C'est un mespris de ceux avec lesquels on converse d'aller entre eux en habit désagréable : mais gardez vous bien(d) des afïaiteries, vanitez, curiositez, et folastreries. Tenez vous tousjours tant qu'il vous sera possible, du costé de la simplicité, qui est ( e) sans doute le plus grand ornement de la beauté, et la meilleure excuse pour la laideur. Sainct Pierre advertit principalement les jeunes femmes de ne porter point leurs cheveux tant crespez, frisez, annellez, et serpentez. Les hommes qui sont si lasches que de s'amuser à ces mugueteries sont par tout descriez comme hermaphrodites. Et les femmes vaines sont tenues pour imbecilles en chasteté : au moins si elles en ont, elle n'est pas visible parmi tant de fatras et bagatelles. On dit qu'on n'y pense pas mal ; mais je réplique que le diable en y pense tousjours. Pour moy, je voudrois que mon dévot et ma dévote fussent tousjours les mieux habillez de la troupe, mais les moins pompeux et les moins affaitez. Et comme il est dit au proverbe, qu'ils fussent parez de grâce, bien-seance, et dignité. S. Louys dit en un mot que l'on se doit vestir selon son estât : en sorte que les sages et bons ne puissent dire ; vous en faictes trop, ny les jeunes gens, vous en faites trop peu.

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