ENCOURAGEMENT A LAME QUI EST EN CES TENTATIONS
CHAP. XLIX
Ma Philothee, ces grands assauts et ces tentations si puissantes, ne sont jamais permises de Dieu que contre les âmes, lesquelles il veut eslever à son pur et excellent amour : mais il ne s'ensuit pas pourtant qu'après cela elles soient asseurées d'y parvenir : car il est
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arrivé maintefois que ceux qui avoient esté constans en des si violentes attaques, ne correspondant pas par après fidellement à la faveur divine se sont treuvés vaincus en des biens petites tentations. Ce que je dis affin que s'il vous arrivoit jamais d'estre affligée de si grandes tentations vous sçachiés que Dieu vous favorise d'une faveur extraordinaire, par laquelle il déclare qu'il veut vous agrandir devant sa face : et que neantmoins vous soyés tous-jours humble et craintifve, ne vous asseurant pas de pouvoir vaincre les menues tentations après avoir surmonté les grandes, sinon par une continuelle fidellité à l'endroit de sa divine Majesté.
Quelles tentations donques qui vous arrivent et quelle délectation qui s'en ensuive, tandis que vostre volonté refusera son consentement, non seulement à la tentation, mais encor à la délectation, ne vous troublés nullement, Philothee, car Dieu n'en est point offencé. Quand un homme est pasmé et qu'il ne rend plus aucun tesmoignage de vie en son visage, on luy met la main sur le cœur : et pour peu que l'on y sente de mouvement, on juge qu'il est en vie, et que par le moyen de quelque eau précieuse et de quelque epitheme on peut luy faire reprendre force et sentiment. Ainsi arrive il quelquefois que par la violance des tentations il semble que nostre ame est tumbée en une défaillance totale de ses forces, et que comme pasmée elle n'a plus ny vie spirituelle, ny mouvement. Mais si nous voulons connoistre ce que c'en est, mettons la main sur le cœur, considérons si le cœur et la volonté ont encore leur mouvement spirituel, c'est à dire s'ils font leur devoir à refuser de consentir et suivre la tentation et la délectation : car pendant que le mouvement du refus est dedans nostre cœur, nous sommes asseurés que la charité vie de nostre ame est en nous, et que Jésus Christ nostre Sauveur, se treuve dans nostre ame, quoy que caché et couvert; si que moyennant l'exercice continuel de l'oraison, des Sacremens et de la confience en Dieu nos forces reviendront en nous, et nous vivrons d'une vie entière et délectable.
Edition Princeps. Partie II. Chap. l. 149*