CHAP. LU
Mais quant aux menues tentations de vanité, de soupçon, de chagrin, de jalousie, d'envie, d'amourettes, et semblables tricheries, qui comme mouches et moucherons viennent passer devant nos yeux, et tantost nous picquer sur la joue, tantost sur le nez ; parce qu'il est
(b) tentée
(c) estre offencce — f"rn offencer DieuJ pendant qu'elle dit r qu'elle n'y consentira point. J
(d) par fois — celle que Nostre Seigneur luy
(e) et luy — promettre derechef fidélité
Edition Princeps. Partie II. Chap. lu. 153*
impossible d'estre tout à fait exempt de leur importunité, la meilleure resistence qu'on leur puisse faire c'est de ne s'en point tourmenter : car tout cela ne peut point nuire, quoy qu'il puisse faire de l'ennuy, pourveu que l'on soit bien résolu de vouloir servir Dieu.
Mesprisez doncques ces menues attaques, et ne daignez pas seulement penser à ce qu'elles veulent dire, mais laissez les bourdonner autour de vos aureilles, tant qu'elles voudront, et courir ça et là autour de vous, comme l'on fait des mousches; et quand elles viendront vous picquer, et que vous les verrez aucunement s'arrester en vostre cœur, ne faites autre chose que de tout simplement les oster, non point combattant contre elles, ny leur respondant, mais faisant des actions contraires quelles qu'elles soyent, et speciallement de l'amour de Dieu. Que si vous me croyez, vous ne vous opiniastrerez pas à faire (a) des actions de la vertu contraire à la tentation que vous sentez, parce que ce seroit quasi vouloir disputer avec elle : mais après en avoir fait une, si vous avez eu le loisir de recognoistre la tentation, avec (b) un simple retour de vostre cœur, et mouvement de vostre esprit, comme par manière de diversion, vous ferez une action d'amour à l'endroit de Dieu, et irez baiser en esprit Jésus Christ crucifié : car l'amour de Dieu contenant en soy toutes les perfections de toutes les vertus, il est aussi un souverain remède contre tous vices : et vostre esprit s'accoustumant en toutes tentations de recourir à ce rendez-vous gênerai, ne sera point obligé de regarder et examiner quelles tentations il a, mais simplement se sentant troublé il s'acoisera en ce grand remède.
Tout ctcy s'entend des menues et fréquentes tentations, avec lesquelles qui voudroit s'amuser par le menu, il se morfondroit et ne feroit rien.
( a ) vous ne — ferés pas (b) mais — avec
154* Introduction a la Vie Dévote