‹ ŒuvresChapitre 51 sur 272 · PREMIER POINT DE LA PREPARATION · texte numérisé non relu

PREMIER POINT DE LA PREPARATION

Mais vous ne sçaves peut estre pas, Philothee, comme il faut faire l'orayson mentale ; car c'est une chose laquelle, par malheur, peu de gens sçavent en nostre

(j ) du repas, — que vous pourrés choisir. Je dis, la plus esloignee du repas, (Ms.)

(k) se (Ms.-A-C)

(1) si — toute (Ms.-A-B-C)

(m) et, avec cela, — faire une forte resolution de se mettre (Ms.-A)

74 Introduction a la Vie Dévote

aage. C'est pourquoy je vous présente une simple et briefve méthode pour cela, en attendant que, par la lecture de plusieurs beaux livres qui ont esté composés sur ce sujet, et sur tout par l'usage, vous en puissies estre plus amplement instruite. Je vous marque premièrement la préparation , laquelle consiste en deux pointz, dont le premier est de se mettre en la présence de Dieu, et le second, d'invoquer son assistance. Or, pour vous mettre en la présence de Dieu, je vous propose quatre principaux moyens, desquelz vous vous pourrés servir a ce commencement.

Le premier gist en une vive et attentive appréhension de la toute présence de Dieu, c'est a dire que Dieu est en tout et par tout, et qu'il n'y a lieu ni chose en ce(a) monde ou il ne soit d'une très véritable présence; de sorte que, comme les oyseaux, ou qu'ilz volent, rencontrent tous-jours l'air, ains}^, ou que nous allions, ou que nous soyons, nous treuvons Dieu présent. Chacun sçait cette vérité, mais chacun n'est pas attentif a l'appréhender. Les aveugles ne voyans pas un prince qui leur est présent, ne laissent pas de se tenir en respect s'ilz sont advertis de sa présence; mais la vérité est que, d'autant (b) qu'ilz ne le voyent pas, ilz s'oublient aysement qu'il soit présent, et s'en estans oubliés, ilz perdent encor plus aysement le respect et la révérence. Helas, Philothee, nous ne voyons pas Dieu qui nous est présent ; et, bien que la foy nous advertisse de sa présence, si est-ce que ne le voyans pas de nos yeux, nous nous en oublions bien souvent, et nous(c) comportons comme si Dieu estoit bien loin de nous ; car encor que nous sçachions bien qu'il est présent a toutes choses, si est-ce que n'y pensans point, c'est tout autant comme si nous ne le sçavions pas. C'est pourquoy tous-jours, avant l'orayson, il faut provoquer nostre ame a une attentive pensée et

(a) au(Ms.)

(b) parce (Ms.-A-B-C)

(c) et — lhors nous nous (Ms.-A-B)

Seconde Partie. Chapitre il

considération de cette présence de Dieu. Ce fut l'appréhension de David, quand il s'escrioit* : Si je monte au ciely o mon Dieu, vous y estes; si je descends aux enfer sW, vous y estes; et ainsy nous devons user des paroles de Jacob, lequel ayant veu l'eschelle sacrée : O que ce lieu, dit-il*, est redoutable ! Vrayement Dieu est icy, et je n'en sçavois rien. Il veut dire qu'il n'y pensoit pas ; car au reste il ne pouvoit ignorer que Dieu ne fust en tout et par tout. Venant donques a la prière, (e) il vous faut dire de tout vostre cœur et a vostre cœur : o mon cœur , mon cœur , Dieu (f ) est vrayement icy.

Le second moyen de se mettre en cette sacrée présence, c'est de penser que non seulement Dieu est au lieu ou vous estes, mais qu'il est très particulièrement en vostre cœur et au fond de vostre esprit , lequel il vivifie et anime de sa divine présence, estant la comme le cœur de vostre cœur et l'esprit de vostre esprit ; car, comme l'ame estant (g) respandue par tout le cors se treuve(h) présente en toutes les parties d'iceluy, et réside néanmoins au cœur d'une spéciale résidence, de mesme Dieu estant très présent a toutes choses, assiste toutefois d'une spéciale façon a nostre esprit : et pour cela David appelloit Dieu, Dieu de son cœur*, et saint Paul disoit que nous vivons, nous nous mouvons et sommes en Dieu *. En la considération donq de cette vérité, vous exciterés une grande révérence en vostre cœur a l'endroit de Dieu , qui luy est si intimement présent.

Le troisiesme moyen, c'est de considérer nostre Sauveur, lequel en son humanité regarde des le Ciel toutes les personnes du monde , mais particulièrement les Chrestiens qui sont ses enfans , et plus spécialement

Ps. cxxxvin.8.

* Gen.

xxvm, 17,

Ps. LXXII, 26.

Act., xvii, 28.

(d ) en enfer (Ms.-A-B)

(e) prière, — o Philothee, (Ms.-A-B)

(f ) a vostre cœur : — o mon cœur, Dieu (Ms.

(g) est (Ms.-A)

(h) se treuvant (Ms.)

7^ Introduction a la Vie Dévote

ceux qui sont en prière, desquelz il remarque les actions et deportemens. Or, ceci n'est pas une simple imagination, mais une vraye vérité ; car encor que nous ne le voyons pas, si est-ce que de la haut, il nous considère :

Act, vu, y-y. saint Estienne le vit ainsy au tems de son martyre *.

Cant., h, 9. Si que nous pouvons bien dire avec l'Espouse* : Le voyla

qu'il est derrière la paroy, voyant par les fenestres, regardant par les treillis.

La quatriesme façon consiste a se servir de la simple imagination , nous representans le Sauveur en son humanité sacrée comme s'il estoit près de nous, ainsy que nous avons accoustumé de nous représenter nos amis et de dire : je m'imagine de voir un tel qui fait ceci et cela, il me semble que je le vois, oui1) chose semblable. Mais si le tressaint Sacrement de l'autel estoit présent, alhors cette présence seroit réelle et non purement imaginaire ; car les espèces et apparences du pain seroient comme une tapisserie, derrière laquelle Nostre Seigneur réellement présent nous (j) voit et considère, quoy que nous ne le voyons pas en sa propre forme.

Vous userés donq (k) de l'un de ces quatre moyens, pour mettre vostre ame en la présence de Dieu avant l'orayson ; et ne faut pas les vouloir employer tous ensemblement, mays seulement un a la fois, et cela briefvement et simplement.

(i) et (Ms.-A-B)

(j ) Nostre Seigneur — estant réellement présent il nous (Ms.) — estant réellement présent nous (A-B) (k) donq — o Philothee, (Ms.-A) — Philothee, (B)

Seconde Partie. Chapitre m. 77

Page 1