‹ ŒuvresChapitre 6 sur 272 · Première Partie. Chapitre i · texte numérisé non relu

Première Partie. Chapitre i

parvenu jusques au degré de perfection auquel il ne nous fait pas seulement bien faire , ains (b) nous fait opérer soigneusement, fréquemment et promptement, alhors il s'appelle dévotion. Les austruches ne volent jamais; les poules volent, pesamment toutefois, bassement et rarement ; mais les aigles, les colombes et les arondelles volent souvent, vistement et hautement. Ainsy les pécheurs ne volent point en Dieu , ains font toutes leurs courses en la terre et pour la terre ; les gens de bien qui n'ont pas encor atteint la dévotion (c) volent en Dieu par leurs bonnes actions, mais rarement, lentement et pesamment ; les personnes dévotes volent en Dieu fréquemment, promptement et hautement. Bref, la dévotion n'est autre chose qu'une agilité et vivacité spirituelle par le moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous, ou nous par elle, promptement et affectionnement ; et comme il appartient a la charité de nous faire généralement et universellement pratiquer (d) tous les commandemens de Dieu, il appartient aussi a la dévotion de les nous faire faire promptement et diligemment. C'est pourquoy celuy qui n'observe tous les commandemens de Dieu ne peut estre estimé ni bon ni dévot, puisque pour estre bon il faut avoir la charité, et pour estre dévot il faut avoir, outre la charité, une grande vivacité et promptitude aux actions charitables.

Et d'autant que la dévotion gist en certain degré d'excellente charité , non seulement elle nous rend promptz et actifz (e) et diligens a l'observation de tous les commandemens de Dieu ; mais outre cela , elle nous provoque a faire promptement et affectionnement le plus de bonnes œuvres que nous pouvons, encores qu'elles ne soyent aucunement commandées , ains

(b) mais(Ms.-A-B-C)

(c) atteint — a la dévotion (Ms.-A-B )

(d) de nous faire — faire généralement et universellement (Ms.-A-B )

(e) prompt^ — actifz (Ms.-A-B)

i6 Introduction a la Vie Dévote

seulement conseillées ou inspirées. Car tout ainsy qu'un homme qui est nouvellement guéri de quelque maladie chemine autant qu'il luy est nécessaire, mais lentement et pesamment, de mesme(f) le pécheur estant guéri de son iniquité, il chemine autant que Dieu luy (g) commande, pesamment néanmoins et lentement jusques a tant qu'il ayt atteint a la dévotion ; car alhors, comme un homme bien sain, non seulement il chemine, mais il court et saute en la voye des commandemens de Ps. cxvm, 32. Dieu*, et, de plus, il passe et court dans les sentiers des conseilz et inspirations célestes. En fin, la charité et la dévotion ne sont non plus différentes l'une de l'autre que la flamme l'est du feu , d'autant que la charité estant un feu spirituel, quand elle est fort enflammée elle s'appelle dévotion : si que la dévotion n'adjouste rien au feu de la charité, sinon la flamme qui rend la charité prompte, active et diligente, non seulement a l'observation des commandemens de Dieu , mais a l'exercice des conseilz et inspirations célestes.

Page 1