‹ ŒuvresChapitre 5 sur 272 · DESCRIPTION DE LA VRAYE DEVOTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA VRAYE DEVOTION

Vous aspires a la dévotion , treschere Philothee , parce qu'estant Chrestienne vous sçaves que c'est une vertu extrêmement aggreable a la divine Majesté : mais, d'autant que les petites fautes que l'on commet au commencement de quelque affaire s'aggrandissent infiniment au progrès et sont presque irréparables a la fin, il faut avant toutes choses que vous sçachies que c'est que la vertu de dévotion ; car, d'autant (a) qu'il n'y

(a) car, — parce (Ms.-A-B)

14 Introduction a la Vie Dévote

en a qu'une vraye, et qu'il y en a une grande quantité de fauses et vaynes, si vous ne connoissies quelle est la vraye, vous pourries vous tromper et vous amuser a suivre quelque dévotion impertinente et superstitieuse. Arelius peignoit toutes les faces des images qu'il * PHn., Hist. nat., faisoit a l'air et ressemblance des femmes qu'il aymoit*, xxxvii). ' et chacun peint la dévotion selon sa passion et fantaisie.

Celuy qui est adonné au jeusne se tiendra pour bien dévot pourveu qu'il jeusne, quoy que son cœur soit plein de rancune ; et n'osant point tremper sa langue dedans le vin ni mesme dans l'eau, par sobriété, ne se feindra point de la plonger dedans le sang du prochain par la mesdisance et calomnie. Un autre s'estimera dévot parce qu'il dit une grande multitude d'oraysons tous les jours, quoy qu'après cela sa langue se fonde toute en paroles fascheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voysins. L'autre tire fort volontier l'aumosne de sa bourse pour la donner aux pauvres, mays il ne peut tirer la douceur de son cœur pour pardonner a ses ennemis ; l'autre pardonnera a ses ennemis, mais de tenir rayson a ses créanciers, jamais qu'a vive force de justice. Tous ces gens-la sont vulgairement tenus pour devotz, et ne le sont pourtant nullement. Les gens de Saûl cherchoyent David en sa mayson ; Michol ayant mis une statue dedans un lict et l'ayant couverte des habillemens de David, leur fit accroire que c'estoit David mesme qui *IReg.,xix,n-i6. dormoit malade* : ainsy beaucoup de personnes se couvrent de certaines actions extérieures appartenantes a la sainte dévotion, et le monde croit que ce soyent gens vrayement devotz et spirituelz ; mais en vérité ce ne sont que des statues et fantosmes de dévotion.

La vraye et vivante dévotion, o Philothee, présuppose l'amour de Dieu, ains elle n'est autre chose qu'un vray amour de Dieu; mais non pas toutefois un amour tel quel : car, entant que l'amour divin embellit nostre ame, il s'appelle grâce, nous rendant aggreables a sa divine Majesté; entant qu'il nous donne la force de bien faire, il s'appelle charité; mais quand il est

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