‹ ŒuvresChapitre 61 sur 272 · DE LA RETRAITTE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

DE LA RETRAITTE SPIRITUELLE

C'est ici, chère (a) Philothee, ou je vous souhaitte fort affectionnée a suivre mon conseil ; car en cet article consiste l'un des plus asseurés moyens de vostre avancement spirituel.

Rappelles le plus souvent que vous pourres parmi la journée vostre esprit en la présence de Dieu par l'une des quatre façons que je vous ay remarquées ; (b) regardes ce que Dieu fait et ce que vous faites : vous verres ses yeux tournés de vostre costé , et perpétuellement fichés sur vous par un amour incomparable. O Dieu,

(a) C'est ici, — ma chère (Ms.

( b) marquées, et (Ms.-A-B)

ce dires vous, pourquoy ne vous regarde-je tous-jours, comme tous-jours vous me regardes ? Pourquoy pensesvous en moy si souvent, mon Seigneur, et pourquoy pense-je si peu souvent en vous? Ou sommes-nous, o mon ame ? nostre vraye place, c'est Dieu, et ou est ce que nous nous treuvons ?

Comme les oyseaux ont des nids sur les arbres pour faire leur retraitte quand ilz en ont besoin, et les cerfz ont leurs buissons et leurs fortz dans lesquelz ilz se recèlent et mettent a couvert, prenans la fraischeur de l'ombre en esté ; ainsy, Philothee, nos cœurs doivent prendre et choisir quelque place chaque jour, ou sur le mont de Calvaire, ou es pla}^es de Nostre Seigneur, ou en quelque autre lieu proche de luy, pour y faire leur retraitte a toutes sortes d'occasions, et la s'alléger (c) et recréer entre les affaires extérieures, et pour y estre comme dans un fort, anin de se défendre des tentations. Bienheureuse sera l'ame qui pourra dire en vérité a

Ps. xxx, 3. Nostre Seigneur : Vous estes ma mayson de refuge*,

mon rempart asseuré, mon toit contre la pluye et

Eccii., xxxiv, 19. mon ombre contre la chaleur*.

Resouvenés vous donq , Philothee (d) , de faire tousjours plusieurs retraittes en la solitude de vostre cœur, pendant que corporellement vous estes parmi les conversations et affaires ; et cette solitude mentale ne peut nullement estre empeschee par la multitude de ceux qui vous sont autour, car ilz (e) ne sont pas autour de vostre cœur, ains autour de vostre cors, si que vostre cœur demeure luy tout seul en la présence de Dieu seul. C'est l'exercice que faisoit le nyy David parmi tant d'occupations qu'il avoit, ainsy qu'il le (f) tesmoigne par

Ps. lxxii, 23. mille traitz de ses Pseaumes , comme quand il dit * : O Seigneur, et moy je suis tous- jours avec vous.

(c) et — s'alléger (Ms.)

(d) o Philothee (Ms.)

(e) parce qu'ilz (Ms.)

(f ) comme il (Ms.-A-B-C)

(i), Vita S. Cath.

Sen., Pais Ia, c. n.

Seconde Partie. Chapitre xii. 93

Je vois (g) mon Dieu tons-jours devant moy*. fay * Ps. xv, 8.

eslevè mes yeux a vous, o mon Dieu, qui habites au

Ciel*. Mes veux sont tcus-iours a Dieu**. Et aussi * v*' cxxn' T

\ J Ps. XXIV, Il

les conversations ne sont pas ordinairement si sérieuses qu'on ne puisse de teins en tems en retirer le cœur pour le remettre en cette divine solitude.

Les père et mère de sainte Catherine de Sienne luy ayans osté toute commodité du lieu et de loysir pour prier et méditer, Nostre Seigneur l'inspira de faire un petit oratoire intérieur en son esprit, dedans lequel se retirant mentalement , elle peust parmi les affaires extérieures vaquer a cette sainte solitude cordiale. Et despuis, quand le inonde l'attaquoit, elle n'en recevoit nulle incommodité, parce, disoit elle, qu'elle s'enfermoit dans son cabinet intérieur, ou elle se consoloit avec son céleste Espoux. Aussi des lhors elle conseilloit a ses enfans spirituelz de se faire une chambre dans le cœur * B. Raym. de Cap et d'y demeurer*.

Retirés donques quelquefois vostre esprit dedans vostre cœur , ou , séparée de tous les hommes , vous puissies traitter cœur a cœur de vostre ame avec son Dieu, pour dire avec David* : J'ay veillé et ay esté * Ps. ci semblable au pélican de la solitude; j'ay esté fait comme le chat-huant ou le hibou dans les masures, et comme le passereau solitaire au toit. Lesquelles paroles, outre leur sens littéral (qui tesmoigne que ce grand Roy prenoit quelques heures pour se tenir solitaire en la contemplation des choses spirituelles), nous monstrent en leur sens mystique trois excellentes retraittes et comme trois hermitages, dans lesquelz nous pouvons exercer nostre solitude a l'imitation de nostre Sauveur, lequel sur le mont de Calvaire (h) fut comme le pélican de la solitude, qui de son sang ravive ses

(g) voyois (Ms.-A)

(h) sur le — mont Calvaire (A-B)

( 1 ) Le titre de Bienheureux est donné à Raymond de Capoue d'après une ancienne tradition de POrdre de saint Dominique.

94 Introduction a la Vie Dévote

poussins mortz ; en sa Nativité dans une establerie déserte, il fut comme le hibou dedans la masure, plaignant et pleurant nos fautes et péchés ; et au jour de son Ascension, il fut comme le passereau, se retirant et volant au ciel qui est comme le toit du monde ; et en tous ces trois lieux, nous pouvons faire nos retraittes emmi le tracas des affaires. Le bienheureux Elzear, comte d'Arian en Provence , ayant esté longuement absent de sa dévote et chaste Delfine, elle luy envoya un homme exprès pour sçavoir de sa santé, et il luy fit response : « Je me porte fort bien, ma chère femme ; que si vous me voules voir, cherches-moy en la playe du costé de nostre doux Jésus, car c'est la ou j'habite et In vita B Eiz., ou Vous me treuveres ; ailleurs, vous me chercheres pour

c. xxx. (Apud Su-

rium, die 27 Sept.) néant *. » C'estoit un chevalier chrestien, celuy la !

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