CHAPITRE XVIII
(a) COMME IL FAUT RECEVOIR LES INSPIRATIONS
Nous appelions inspirations tous les attraitz, mouvemens , reproches et remords intérieurs , lumières et connoissances que Dieu fait en nous, prévenant nostre Ps. xx, 3. cœur en ses bénédictions * par son soin et amour
paternel, affin de nous resveiller, exciter, pousser et attirer aux saintes vertus, a l'amour céleste, aux bonnes resolutions, bref, a tout ce qui nous achemine a nostre
(e) celle — du bienheureux Cardinal Borromee (Ms.-A-B) [Saint Charles fut canonisé le Ier novembre 1610.]
(a) [Ce chapitre ne figure pas à l'endroit correspondant du Ms. ; mais le dessein qu'avait l'Auteur de l'y introduire est indiqué par cette note : Ici le chap, des Inspira...}
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bien éternel. C'est ce que l'Espoux appelle (b) heurter a , Cant la porte* et parler au cœur de son Espouse**, la res- ** isaiae, xl , 2; veiller quand elle dort*, la crier et reclamer quand * Cant./v, 2. elle est absente *, l'inviter a son miel et a cueillir des * ibid., n, 10, 13. pommes et des rieurs en son jardin*, et a chanter et * Ibid., ▼, 1; yi, x. faire resonner sa douce voix a ses oreilles *. (c) * Ibid., n, 14.
Pour l'entière resolution d'un mariage, trois actions doivent entrevenir quant a la damoiselle que l'on veut marier : car premièrement , on luy propose le parti ; secondement, elle aggree la proposition, et en troisiesme lieu, elle consent. Ainsy Dieu voulant faire en nous, par nous et avec nous, quelque action de grande charité, premièrement, il nous la propose par son inspiration; secondement, nous l'aggreons ; tiercement (d), nous y consentons ; car, comme pour descendre au péché il y a trois degrés, la tentation, la délectation et le consentement, aussi en y a-il trois pour monter a la vertu : l'inspiration, qui est contraire a la tentation, la délectation en l'inspiration, qui est contraire a la délectation de la tentation, et le consentement a l'inspiration, qui est contraire au consentement a la tentation.
Quand l'inspiration dureroit tout le tems de nostre vie, nous ne serions pourtant nullement aggreables a Dieu si nous n'y prenions playsir ; au contraire, sa divine Majesté en seroit offencee, comme il le fut contre les Israélites auprès desquelz il fut quarante ans, comme il dit *, les sollicitant a se convertir, sans que * Ps- xciv, 10. jamais ilz y voulussent entendre, dont il jura contre eux en son ire qu'onques (e) il\ n'entreroyent en son repos*. Aussi le gentilhomme qui auroit longuement * Ibid., jK n. servi une damoiselle, seroit bien fort desobligé si, après cela, elle ne vouloit aucunement entendre au mariage qu'il désire.
(b) appelle — buquer ou (A)
(c) a ses oreilles. — J'ay besoin d'une similitude pour me faire bien entendre. (A-B)
(d) troisiesmement (A-B-C)
(e) que jamais (A-B)
i io Introduction a la Vie Dévote
Le playsir qu'on prend aux inspirations est un grand acheminement a la gloire (f) de Dieu, et des-ja on commence a plaire par iceluy a sa divine Majesté ; car si bien cette délectation n'est pas encor un entier consentement, c'est une certaine disposition a iceluy. Et si c'est un bon signe et chose fort utile de se plaire a ouïr la parolle de Dieu, qui est comme une inspiration extérieure, c'est chose bonne aussi et aggreable a Dieu de se plaire en l'inspiration intérieure : c'est ce playsir, Cant., v, 6. duquel parlant l'Espouse sacrée, elle dit* : Mon ame
s' est fondue d'ayse, quand mon Bienaymè a parlé. Aussi le gentilhomme est des-ja fort content de la damoiselle qu'il sert et se sent favorisé, quand il voit qu'elle se plait en son service.
Mais en fin c'est le consentement qui parfait l'acte vertueux ; car si estans inspirés et nous estans pleus en l'inspiration, nous refusons néanmoins par après le consentement a Dieu , nous sommes extrêmement mesconnoissans et offençons grandement sa divine Majesté, car il semble bien qu'il y ait plus de mespris. Ce fut ce qui arriva a l'Espouse ; car, quoy que la douce voix de son Bienaymè luy eust touché le cœur d'un saint ayse, si est-ce néanmoins qu'elle ne luy ouvrit pas la porte, mais s'en excusa d'une excuse frivole ; dequoy l'Espoux Ibid. justement indigné, passa outre et la quitta*. Aussi le
gentilhomme qui après avoir longuement recherché une damoiselle et luy avoir rendu son service aggreable , en fin seroit rejette et mesprisé, auroit bien plus de sujet de mescontentement que si la recherche n'avoit point esté aggreée ni favorisée.
Résolves -vous, Philothee, d'accepter de bon cœur toutes les inspirations qu'il plaira a Dieu de vous faire ; et quand elles arriveront, receves-les comme les ambassadeurs du Roy céleste, qui désire contracter mariage avec vous. Oyes paisiblement leurs propositions ; considères l'amour avec lequel vous estes inspirée, et caresses
(f ) grâce (A)
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la sainte inspiration. Consentes, mais d'un consentement plein, amoureux et constant a la sainte inspiration; car en cette sorte , Dieu , que vous ne pouves obliger, se tiendra pour fort obligé a vostre affection. Mais avant que de consentir aux inspirations des choses importantes ou extraordinaires, affin de n'estre point trompée, conseilles -vous tous -jours a vostre guide , a ce qu'il examine si l'inspiration est vraye ou fause ; d'autant que l'ennemi voyant une ame prompte a consentir aux inspirations, luy en propose bien souvent des fauses pour la tromper, ce qu'il ne peut jamais faire tandis qu'avec humilité elle obéira a son conducteur.
Le consentement estant donné, il faut avec un grand soin procurer les effectz, et venir a l'exécution de l'inspiration, qui est le comble de la vraye vertu ; car d'avoir le consentement dedans le cœur sans venir a l'effect d'iceluy, ce seroit comme de planter une vigne sans vouloir qu'elle fructifiast.
Or, a tout cecy sert merveilleusement de bien pratiquer l'exercice du matin et les retraittes spirituelles que j'ay marquées cy dessus*; car par ce moyen, nous * Chap. nous préparons a faire le bien, d'une préparation non seulement générale, mais aussi particulière.