‹ ŒuvresChapitre 69 sur 272 · VIII, c. xvi (al · texte numérisé non relu

VIII, c. xvi (al

xvii). pèche doit avoir horreur de soy mesme, et se nettoyer

au plus tost, pour le respect qu'elle doit porter aux yeux de sa divine Majesté qui la regarde. Mays pourquoy mourrons nous de la mort spirituelle, puisque nous avons un remède si souverain ?

Confesses vous humblement et dévotement tous les huit jours, et tous-jours s'il se peut quand vous communieres(a), encor que vous ne senties point en vostre conscience aucun reproche de péché mortel ; car par la Confession vous ne recevres pas seulement l'absolution des péchés venielz que vous confesserés, mays aussi une grande force pour les éviter a l'advenir, une grande lumière pour les bien discerner, et une grâce abondante pour reparer (b) toute la perte qu'ilz vous avoient apportée. Vous prattiqueres la vertu d'humilité, d'obéissance, de simplicité et de charité; et en cette seule action de (c) Confession, vous exercerés plus de vertu qu'en nulle autre.

Ayes tous -jours un vray desplaysir des péchés que vous confesserés, pour petitz qu'ilz soyent, avec une ferme resolution de vous en corriger a l'advenir. Plusieurs se confessans par coustume des péchés venielz et comme par manière d'ageancement , sans penser nullement a s'en corriger, en demeurent toute leur vie chargés, et par ce moyen perdent beaucoup de biens et prouffitz spirituelz. Si donq vous vous confesses d'avoir menti, quoy que sans nuysance, ou d'avoir dit quelque parole desreglee, ou d'avoir trop joué, repentes-vous en et ayes ferme propos de vous en amender ; car c'est un abus de se confesser de quelque sorte de péché, soit

(a) et tous-jours — quand vous communieres (Ms.)

(b) effacer (Ms.-A-B-C)

(c) de — la (Ms.-A)

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mortel soit véniel, sans vouloir s'en purger, puisque la Confession n'est instituée que pour cela.

Ne faites pas seulement ces accusations superflues que plusieurs font par routine : je n'ay pas aymé Dieu tant que je devois ; je n'ay pas prié avec tant de dévotion que je devois; je n'ay pas chéri le prochain comme je devois ; je n'ay pas receu les Sacremens avec la révérence que je devois, et telles semblables : la rayson est, parce qu'en disant cela vous ne dires (d) rien de particulier qui puisse faire entendre au confesseur Testât de vostre conscience, d'autant que tous les Saintz de Paradis et tous les hommes de la terre pourroyent dire les mesmes choses s'ilz se confessoyent. Regardés donq quel sujet particulier vous aves de faire ces accusations la, et lhors que vous Taures descouvert, accuses- vous du manquement que vous aures commis, tout simplement et naifvement. Par exemple , vous vous accuses de n'avoir pas chéri le prochain (e) comme vous dévies; c'est peut estre parce qu'ayant veu quelque pauvre fort nécessiteux, lequel vous pouvies aysement secourir et consoler, vous n'en aves eu nul soin. Et bien, accusesvous de cette particularité et dites : ayant veu un pauvre nécessiteux, je ne Tay pas secouru comme je pouvois par négligence, ou par dureté de cœur, ou par mespris selon que vous connoistres l'occasion de cette faute De mesme, ne vous accuses pas de n'avoir pas prié Dieu avec telle dévotion comme vous deves ; mays si vous aves eu des distractions volontaires, ou que vous ayes négligé de prendre le lieu, le tems et la contenance requise pour avoir l'attention en la prière, accuses-vous en tout simplement, selon que vous treuverés y avoir manqué, sans alléguer cette généralité, qui ne fait ni froid ni chaud en la Confession.

Ne vous contentes pas de dire vos péchés venielz quant au fait, mais accuses-vous du motif qui vous a

(d) dites (Ms.-A-B)

(e) le prochain — tant (Ms.)

induit a les commettre. Par exemple, ne vous contentés pas de dire que vous aves menti sans intéresser personne; mais dites si c'a esté ou par vaine gloire, affin de vous louer et excuser, ou par vaine joye, ou par opiniastreté. Si vous aves péché a jouer, expliques si c'a esté pour le désir du gain , ou pour le playsir de la conversation, et ainsy des autres. Dites (f) si vous vous estes longuement arrestee en vostre mal, d'autant que la longueur du tems accroist pour l'ordinaire de beaucoup le péché, y ayant bien de la différence entre une vanité passagère, qui se sera escoulee en nostre esprit l'espace d'un quart d'heure, et celle en laquelle nostre cœur aura trempé un jour, deux jours, trois jours. Il faut donq dire le fait, le motif et la durée de nos péchés; car encores que communément on ne soit pas obligé d'estre si pointilleux en la déclaration des péchés venielz, et que mesme on ne soit pas tenu absolument de les confesser, si est-ce que ceux qui veulent bien espurer leurs âmes pour mieux atteindre a la sainte dévotion, doivent estre soigneux de bien faire connoistre au médecin spirituel le mal , pour petit qu'il soit , duquel ilz veulent estre guéris.

N'espargnes point de dire ce qui est requis pour bien faire entendre la qualité de vostre offence, comme le sujet que vous aves eu de vous mettre en cholere, ou de supporter quelqu'un en son vice. Par exemple, un homme lequel me desplait, me dira quelque légère parole pour rire, je le prendray en mauvaise part et me mettray en cholere ; que si un autre qui m'eust esté aggreable en eust dit une plus aspre, je l'eusse prins en bonne part. Je n'espargneray donq point de dire : je me suis relaschee a dire des paroles de courroux contre une personne, ayant prins de luy en mauvaise part quelque chose qu'il m'a dit, non point pour la qualité des paroles, mais parce que celuy la m'estoit desaggreable. Et s'il est encor besoin de particulariser les paroles pour vous

(f) Dites — encor (Ms.)

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bien déclarer, je pense qu'il seroit bon de les dire ; car s'accusant ainsy naifvement, on ne descouvre pas seulement les péchés qu'on a fait, mais aussi les mauvaises inclinations, coustumes, habitudes et autres racines du péché, au moyen dequoy le père spirituel prend une plus entière connoissance du cœur qu'il traitte et des remèdes qui luy sont propres. Il faut néanmoins tousjours tenir couvert le tiers qui aura coopéré a vostre péché, tant qu'il sera possible.

Prenes garde a une quantité de péchés qui vivent et régnent bien souvent insensiblement dedans la conscience, affin que vous les confessies et que vous puissies vous en purger; et a cet effect, lises diligemment les chapitres vi, xxvn, xxviii, xxix, xxxv et xxxvi de la troisiesme Partie et le chapitre vin de la quatriesme Partie (g).

Ne changes pas aysement de confesseur , mais en ayant choisi un, continues a luy rendre conte de vostre conscience aux jours qui sont destinés pour cela, luy disant naifvement et franchement les péchés que vous aures commis; et de tems en tems, comme seroit de mois en mois ou de deux mois en deux mois, dites-luy encor Testât de vos inclinations, quoy que par icelles vous n'ayes pas péché, comme si vous esties (h) tourmentée de la tristesse, du chagrin, ou si vous estes portée a la joye, aux désirs d'acquérir des biens, et semblables inclinations.

(g) lises diligemment — le chapitre xxxix et xlv de cette Partie (Ms.-A). [ C'est par inadvertance que cette phrase de l'Edition Princeps est reproduite dans la seconde; car la répartition des matières ayant été modifiée, l'édition (A), comme toutes celles qui ont suivi, ne compte que vingt et un chapitres dans la seconde Partie. ]

(h) estes (Ms.-A-B)

n6 Introduction a la Vie Dévote

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