‹ ŒuvresChapitre 71 sur 272 · COMME IL FAUT COMMUNIER · texte numérisé non relu

COMME IL FAUT COMMUNIER

Commencés le soir précèdent a vous préparer a la sainte Communion par plusieurs aspirations et eslancemens d'amour, vous retirant un peu de meilleure heure affln de vous pouvoir aussi lever plus matin. Que si la nuit vous vous resveilles, remplisses soudain vostre cœur et vostre bouche de quelques paroles odorantes, par le moyen desquelles vostre ame soit parfumée pour recevoir l'Espoux, lequel, veillant pendant que vous dormes, se prépare a vous apporter mille grâces et faveurs , si de vostre part vous estes disposée a les recevoir. Le matin leves-vous avec grande joye, pour le bonheur que vous espérés, et vous estant confessée, ailes avec grande confiance, mais aussi avec grande humilité, prendre cette viande céleste qui vous nourrit a l'immortalité. Et après que vous aures dit les paroles sacrées : Seigneur, je ne Matt., vin, 8. suis pas digne*, ne remues plus vostre teste ni vos lèvres, soit pour prier soit pour souspirer, mais ouvrant doucement et médiocrement vostre bouche, et eslevant vostre teste autant qu'il faut pour donner commodité au prestre de voir ce qu'il fait, receves pleine de foy, d'espérance et de charité Celuy lequel , auquel , par

(j) de — communier (Ms.-A-B)

Seconde Partie. Chapitre xxi. 121

lequel et pour lequel vous croyes, espères et aymes. O Philothee, imaginés-vous que comme l'abeille ayant recueilli sur les fleurs la rosée du ciel et le suc plus exquis de la terre, et l'ayant réduit en miel, le porte dans sa(a) ruche, ainsy le prestre ayant pris sur l'autel le Sauveur du monde, vray Filz de Dieu, qui comme une rosée est descendu du Ciel, et vray Filz de la Vierge, qui comme fleur est sorti de la terre de nostre humanité, il le met en viande de suavité dedans vostre bouche et dedans vostre cors. L'ayant receu, excites vostre cœur a venir faire hommage a ce Roy de salut ; traittes avec luy de vos affaires intérieures, considerés-le dedans vous, ou il s'est mis pour vostre bonheur; en fin, faitesluy tout l'accueil qu'il vous sera possible, et comportesvous en sorte que l'on connoisse en toutes vos actions que Dieu est avec vous.

Mais quand vous ne pourres pas avoir ce(b) bien de communier réellement a la sainte Messe, communies au moins de cœur et d'esprit, vous unissant par un ardent désir (c) a cette chair vivifiante du Sauveur.

Vostre grande intention en la Communion doit estre de vous avancer, fortifier et consoler en l'amour de Dieu; car vous deves recevoir pour l'amour ce que le seul amour vous fait donner. Non, le Sauveur ne peut estre considéré en une action ni plus amoureuse ni plus tendre que celle ci, en laquelle il s'anéantit, par manière de dire, et se réduit en viande affm de pénétrer nos âmes et s'unir intimement au cœur et au cors de ses ridelles.

Si les mondains vous demandent pourquoy vous communies (d) si souvent, dites leur que c'est pour apprendre a aymer Dieu , pour vous purifier de vos imperfections, pour vous délivrer de vos misères, pour vous consoler en vos afflictions, pour vous appuyer en

(a) la (Ms.)

(b) le (Ms.)

(c) un ardent désir — et une sainte confiance (Ms.)

(d) vous communies — vous (Ms.)

122 Introduction a la Vie Dévote

vos foiblesses. Dites leur que deux sortes de gens doivent souvent communier : les parfaitz, parce qu'estans bien disposés, ilz auroyent grand tort de ne point s'approcher de la source et fontaine de perfection, et les imparfaitz, affin de pouvoir justement prétendre a la perfection ; les fortz affin qu'ilz ne deviennent foibles, et les foibles affin qu'ilz deviennent fortz ; les malades affin d'estre guéris, les sains affin qu'ilz ne tombent en maladie ; et que pour vous, comme imparfaitte, foible et malade, vous aves besoin de Ie) souvent communiquer avec vostre perfection, vostre force et vostre médecin. Dites leur que ceux qui n'ont pas beaucoup d'affaires mondaines doivent souvent communier parce qu'ilz en ont la commodité, et ceux qui ont beaucoup d'affaires mondaines , parce qu'ilz en ont nécessité , et que celuy qui travaille beaucoup et qui est chargé de peynes doit aussi manger les(f) viandes solides et souventesfois. Dites leur que vous receves(g) le Saint Sacrement pour apprendre a le bien recevoir , parce que l'on ne fait gueres bien une action a laquelle on ne s'exerce pas souvent.

Communies souvent, Philothee, et le plus souvent que vous pourrés, avec l'advis de vostre père spirituel ; et croyes-moy, les lièvres deviennent blancz parmi nos (h) montagnes en hiver parce qu'ilz ne voyent ni Plin., Hist. nat., mangent que lai1) neige*, et a force d'adorer et manger la beauté , la bonté et la pureté mesme en ce divin Sacrement, vous deviendres toute belle, toute bonne et toute pure.

(e) vous — croyes de devoir (Ms.)

(f) des (Ms.-A-B)

(g) receves — souvent (Ms.) (h) les(C)

(i) que — delà (Ms.)

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