‹ ŒuvresChapitre 85 sur 272 · DE LA NECESSITE DE LA CHASTETE · texte numérisé non relu

DE LA NECESSITE DE LA CHASTETE

La chasteté est le lys des vertus, elle rend les hommes presque égaux aux Anges ; rien n'est beau que par la pureté, et la pureté des hommes c'est la chasteté. On appelle la chasteté honnesteté , et la profession dicelle honneur; elle est nommée intégrité, et son contraire corruption : bref, elle a sa gloire toute a part, d'estre la belle et blanche vertu de Famé et du cors.

Il n'est jamais permis de tirer aucun impudique playsir de nos cors en quelque (a) façon que ce soit, sinon en un légitime mariage, duquel la sainteté puisse par une juste compensation reparer le deschet que l'on reçoit en la délectation. Et encor au mariage faut- il observer l'honnesteté de l'intention, affin que s'il y a quelque messeance en la volupté qu'on exerce, il n'y ait rien que d'honneste (b) en la volonté qui l'exerce. Le cœur chaste est comme la mère perle qui ne peut recevoir aucune goutte d'eau qui ne vienne du ciel *, car il * Vide supra, p. 6, ne peut recevoir aucun playsir que celuy du mariage, qui est ordonné du ciel ; hors de la, il ne luy est pas permis seulement d'y penser, d'une pensée voluptueuse, volontaire et entretenue.

( a) quelle (Ms.-A) (b) d'honnesteté (A-C)

176 Introduction a la Vie Dévote

Pour le premier degré de cette vertu, gardés-vous, Philothee, d'admettre aucune sorte de volupté qui soit prohibée et défendue, comme sont toutes celles qui se prennent hors le mariage, ou mesme au mariage quand elles se prennent contre la règle du mariage. Pour le second, retranches-vous tant qu'il vous sera possible des(c) délectations inutiles et superflues, quoy que loysibles et permises. Pour le troisiesme, n'attaches point vostre affection aux playsirs et voluptés qui sont commandées et ordonnées ; car bien qu'il faille prattiquer les délectations nécessaires, c'est a dire celles qui regardent la fin et institution du saint mariage, si ne faut-il pas pourtant y jamais attacher le cœur et l'esprit.

(d) Au reste, chacun a grandement besoin de cette

(c) retranches — tant qu'il vous sera possible les (Ms.)

(d) [Avec la leçon correspondante de ce chapitre, insérée dans le Ms. , il existe une ébauche, reproduite intégralement ici. ]

En la page deux cent et vingt et un. ( 1)

Au reste, toutes sortes de personnes ont grandement besoin de cette vertu, (2) et ce que peu de gens pensent, la nécessité en est plus grande au mariage qu'en aucune autre condition de vie; car encor que la sacrée et bénite licence que ce mariage donne aye une particulière force d'esteindre le feu voluptueux de la concupiscence, si est ce que, pour peu que le cœur qui en use soit desordonné, il passe fort aysement les bornes de la juste permission qui luy est donnée et la convertit en dissolution. David avoit presque excessivement dequoy assouvir tous ses appetitz, et néanmoins il poursuivit plus ardemment le dessein de son adultère qu'aucun autre n'eust sceu faire celuy de quelque simple fornication. |~I1 y a bien plus de péril de se noyer a ceux qui cinglent en haute mer, pour bon que soit le navire, que non pas a ceux qui sont en terre; il est vray que tandis qu'on demeure dans le navire... J C'est tous-jours chose dangereuse de prendre des r médecines desquelles la qualité est vénéneuse J medicamens violens, parce que si l'on en prend plus qu'il ne faut, ou qu'ilz ne soyent pas bien préparés, on en reçoit tous-jours beaucoup de nuisance. Il est bien plus aysé de s'abstenir des playsirs que de se contenir entre les playsirs, plus aysé d'éviter la cholere que de régler la cholere {~et de ne la point recevoir que de ne point recevoir de mal par elle quand on l'a receue, et bien plus malaysé, quoy qu'il soit possible, de se courroucer sans pécher J . Je treuve bien plus difficile ce commandement :

(1) Renvoi à la page de l'Edition Princeps (Partie II, chap. xvm), qui traite du même sujet.

2) Voir la variante, pp. 179, 180.

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