C. XII
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vertu. (0 Ceux qui sont en viduité doivent avoir une chasteté courageuse qui ne mesprise pas seulement les objetz presens et futurs , mais qui résiste aux imaginations que les playsirs loysiblement reçeuz au mariage peuvent produire en leurs espritz, qui pour cela sont plus tendres aux amorces deshonnestes. Pour ce sujet, saint Augustin* admire la pureté de * Confess., 1. VI, son cher Alipius qui avoit totalement oublié et mesprise les voluptés charnelles, lesquelles il avoit néanmoins quelquefois expérimentées en sa jeunesse. Et de vray, tandis que les fruitz sont bien entiers ilz peuvent estre conservés, les uns sur la paille, les autres dedans le sable, et les autres en leur propre feuillage; mais estans une fois entamés, il est presque impossible de les garder que par le miel et le sucre, en confiture : ainsy la chasteté qui n'est point encor blessée ni violée peut estre gardée en plusieurs sortes, mais estant une fois entamée , rien ne la peut conserver
Courrouces vous et ne pèches pas, que cet autre : Ne vous courrouces point. L'usage du mariage est sacré sans doute, c'est cela qui oblige a le respecter. C'est grand cas que les abeilles puissent estre empoisonnées de leur propre miel, ce qui leur arrive en deux façons, ou pour en trop manger dessus les fleurs, ou se treuvans emmiellées du costé de l'avant ; mais pour la première façon elles en deviennent seulement malades, et pour la seconde elles en meurent soudainement : les playsirs pris, ou ["avec excesj démesurément ou contre l'ordre, tiennent lieu de poison en ceux mesme auxquelz ilz sont donnés pour remèdes.
L'honneur, la réputation, l'appréhension mesme plus vive du péché servent de bouclier et de défenses pour les autres sortes de chastetés, mais celle cy ne peut estre conservée que par le seul amour de Dieu. Les fruitz qui ont encor leurs escorces, leurs pelures ou leurs coques peuvent estre conservés quelque tems, les uns dedans le sable, les autres en la paille, les autres en leur propre feuillage; mais estans hors leurs escorces ou de leurs pelures, ilz ne peuvent estre conservés que par le sucre, le miel, ou le vinaigre, bien que la conservation faite par le vinaigre soit plustost un empirement que non pas une conservation. La chasteté tandis qu'elle est entière comme elle est es vierges, ou qu'elle est absolue es vefves et autres qui sont en estât d'une continence totale, elle peut estre conservée par plusieurs considérations humaines, quoy que non pas sans la grâce de Dieu ; mais la mesme chasteté demeurant sans ses défenses extérieures ne peut estre conservée que par
( 1 ) Voir la variante, p. 178.
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qu'une excellente dévotion, laquelle, comme j'ay souvent dit, est le vray miel et sucre des espritz.
Les vierges ont besoin d'une chasteté extrêmement simple et douillette, pour bannir de leur cœur toutes sortes de curieuses pensées et mespriser d'un mespris absolu toutes sortes de playsirs immondes, qui, a la vérité, ne méritent pas d'estre désirés par les hommes, puisque les asnes et pourceaux en sont plus capables qu'eux. Que donques ces âmes pures se gardent bien de jamais révoquer en doute que la chasteté ne soit incomparablement meilleure que tout ce qui luy est
le sucre ou le miel de la dévotion. fLe feu sacré de l'ancienne Loy n'estoit point différent en matière du feu prophane... J
Pour tout cela je dis que les mariés ont besoin d'une plus forte et constante chasteté que les autres, (1) mays ilz en ont besoin encor pour les longues absences et séparations que la variété des affaires humaines causent bien souvent, et pour les maladies de longue durée qui peuvent arriver ou a l'une ou a l'autre des parties. C'est pourquoy ilz ont besoin de deux chastetés : l'une pour la modération en leur train ordinaire, l'autre pour l'abstinence totale en ces cas de nécessité. Certes, sainte Catherine de Sienne vit entre les damnés plusieurs âmes grandement tourmentées pour avoir violé la sainteté du mariage, et disoit que cela n'arrivoit pas tant pour la grandeur du péché, car les meurtres, les enchantemens et autres impietés sont plus énormes, comme « parce que pour l'ordinaire ceux qui le commettent n'en font point de scrupule », et par conséquent le commettent fréquemment.
(2) ["Les vefz néanmoins et les vefves ont cette particulière difficulté en leur chasteté, que leur imagination est plus aysee a estre troublée par le souvenir des voluptés qu'ilz ont expérimentées, et quant aux vierges, leur difficulté vient de ce que maintesfois l'esprit immonde J
Les vefz et les vefves ont besoin d'une chasteté fort pure, et laquelle ne résiste pas seulement aux assautz que les objetz presens et futurs leur peuvent donner, mais aussi aux imaginations que les playsirs qu'elles ont loysiblement expérimentés au mariage peuvent produire en leur esprit, lequel pour ce regard est plus tendre aux amorces voluptueuses si elles ne sont grandement jalouses de leur pureté.
Et quant aux vierges, leur chasteté doit estre extrêmement simple et pudique, affin de n'estre point surprise d'une ruse que l'ennemy a accoustumé de leur dresser pour les surprendre : c'est qu'il leur représente les voluptés pour infiniment plus voluptueuses qu'elles ne sont, et par ce
(1) Voir le texte, pp. 180, 181.
(2) Voir le texte, p. 177.
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incompatible, car, comme dit le grand saint Hierosme*, *Ep- cxvn, ad Ma-
,, . , , 1 • i-i trem et Filiam, §6.
1 ennemi presse violemment les vierges au désir de l'essay des voluptés , les leur représentant infiniment plus plaisantes et délicieuses qu'elles ne sont, ce qui souvent les trouble bien fort , « tandis , » dit ce saint Père, « qu'elles estiment plus doux ce qu'elles ignorent. » Car, comme le petit papillon voyant la flamme va curieusement voletant autour d'icelle pour essayer si elle est aussi douce que belle, et pressé de cette fantasie ne cesse point qu'il ne se perde au premier essay, ainsy les jeunes gens bien souvent se laissent tellement saisir de la fause et sotte estime qu'ilz ont du playsir des flammes voluptueuses, qu ''après plusieurs curieuses pensées ilz s'y vont en fin finale ruiner et perdre ; plus sotz en cela que les papillons, d'autant que ceux-ci ont quelque occasion de cuider que le feu soit délicieux puisqu'il est si beau, ou ceux-là sçachans que ce qu'ilz recherchent est extrêmement deshonneste ne laissent pas pour cela d'en surestimer la folle et brutale délectation.
(r) Mais quant a ceux qui sont mariés, c'est chose véritable, et que néanmoins le vulgaire ne peut penser, que la chasteté leur est fort nécessaire, parce qu'en eux elle ne consiste pas a s'abstenir absolument des playsirs charnelz , mais a se contenir entre les playsirs. Or, comme ce commandement : Courrouces -vous et ne
moyen, comme dit S1 Hierosme, il leur excite plus violemment l'appétit des choses deshonnestes, « pendant qu'elles estiment plus doux ce qu'elles ignorent. » Il faut donq qu'elles se gardent de ces curieuses imaginations, et qu'avec une extrême pudicité elles bannissent de leur cœur toutes ees vaynes et frivoles pensées, plantant au milieu de leur cœur cette vraye et solide vérité : que les playsirs qui sont communs aux pourceaux et aux hommes ne méritent pas d'estre désirés par les hommes , et que le playsir sans lequel les plus heureux et sages hommes ont vescu, ne peut point tenir de rang en la félicité et contentement de l'homme ; ne mettant jamais en compromis que le choix qu'elles ont fait de la chasteté ne soit incomparablement meilleur que tout ce qui luy est incompatible.
(1) Voir la variante, pp. 176, 177.
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Ps. iv, 5. pèches point * est a mon advis plus difficile que cestui
ci : Ne vous courrouces point, et qu'il est plus tost fait d'éviter la cholere que de la régler, aussi est-il plus aysé de se garder tout a fait de(e) voluptés charnelles que de garder la modération en icelles. Il est vray que la sainte licence du mariage a une force particulière pour esteindre le feu de la concupiscence, mais l'infirmité de ceux qui en jouissent passe aysement de la permission a la dissolution, et de l'usage a l'abus. Et comme l'on void beaucoup de riches desrober , non point par indigence, mais par avarice, aussi voit-on beaucoup de gens mariés se desborder (f) par la seule intempérance et lubricité , nonobstant le légitime objet auquel ilz se devroyent et pourroyent arrester , leur concupiscence estant comme un feu volage qui va brusletant ça et la sans s'attacher nulle part. C'est tous-jours chose dangereuse de prendre des medicamens violens, parce que si l'on en prend plus qu'il ne faut, ou qu'ilz ne soyent pas bien préparés, on en reçoit beaucoup de nuisance : le mariage a esté béni et ordonné en partie pour remède a la concupiscence et c'est sans doute un très bon remède, mais violent néanmoins, et par conséquent très dangereux s'il n'est discrètement employé.
(0 J'adjouste que la variété des affaires humains, outre les longues maladies, sépare souvent (g) les maris d'avec leurs femmes, c'est pourquoy les mariés ont besoin de deux sortes de chasteté : l'une, pour l'abstinence absolue!11) quand ilz sont séparés, es occasions que je viens de dire ; l'autre, pour la modération quand ilz sont ensemble en leur train ordinaire. Certes, sainte Catherine de Sienne vit entre les damnés plusieurs âmes grandement tourmentées pour avoir violé la sainteté du mariage :
(e) des(Ms.)
(f) se desborder — fnon point par aucun manquement de légitime... J (Ms.)
(g) souvent — Tpour long temsj (Ms.)
(h) V abstinence absolue — f en cas d'absence J (Ms.)
(1) Voir la variante, p. 178.
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ce qui estoit arrivé, disoit-elle *, non pas pour la *B. Raym.de Cap.,
, i , ■. iiii Vita S. Cath. Sen.,
grandeur du pèche, car les meurtres et les blasphèmes Pars n, c. vi, sub sont plus énormes, mais « d'autant que ceux qui le commettent n'en font point de conscience » , et par conséquent continuent longuement en iceluy.
Vous voyés donques que la chasteté est nécessaire a toutes sortes de gens. Suives la paix avec tous , dit l'Apostre*, et la sainteté, sans laquelle aucun * Heb., xn, 14. ne verra Dieu. Or par la sainteté il entend la chasteté, comme saint Hierosme * et saint Chrysostome** ** Homilia xv in ont remarqué. Non, Philothee , Nul ne verra Dieu Matt*' § 4' sans la chasteté, nul n'habitera en son saint taber-
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nacle* qui ne soit net de cœur **; et, comme dit le ** ps'. xxni, V Sauveur mesme, Les chiens et impudiques en seront
bannis*, et Bienheureux sont les net\ de cœur, * Apoc, xxn, 15.
car il^ verront Dieu*. *Matt., v, 8.