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ADVIS POUR CONSERVER LA CHASTETE

Soyés extrêmement (a) prompte a vous destourner de tous les acheminemens et de toutes les amorces de la lubricité, car ce mal agit insensiblement, et par des petitz commencemens fait progrès a des grans accidens : il est tous-jours plus aysé a fuir qu'a guérir.

Les cors humains ressemblent a des verres, qui ne peuvent estre portés les uns avec les autres en se touchant sans courir fortune de se rompre, et aux fruitz, lesquelz, quoy qu'entiers et bien assaisonnés, reçoivent

(a) Soyés extrêmement f délicate. I (Ms.)

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de la tare s'entretouchans les uns(b) les autres. L'eau mesme, pour fraische qu'elle soit dedans un vase, estant touchée de quelque animal terrestre ne peut longuement conserver sa fraischeur. Ne permettes jamais, Philothee, qu'aucun vous touche incivilement, ni par manière de folastrerie ni par manière de faveur ; car bien qu'a l'adventure la chasteté puisse estre conservée parmi ces actions, plustost légères que malicieuses, si est ce que la fraischeur et fleur de la chasteté en reçoit tous-jours du détriment et de la perte : mays de se laisser toucher deshonnestement, c'est la ruine entière de la chasteté. La chasteté dépend du cœur comme de son origine, mais elle regarde le cors comme sa matière; c'est pourquoy elle se perd par tous les sens extérieurs du cors et par les cogitations et désirs du cœur. C'est impudicité de regarder, d'ouïr, de parler, d'odorer, de toucher des choses deshonnestes , quand le cœur s'y amuse et y

* Ephes., v, 3. prend playsir. Saint Paul dit (c) tout court* : Que la fornication ne soit pas mesmement nommée entre vous. Les abeilles non seulement ne veulent pas toucher les charognes, mais fuient et haïssent extrêmement toutes sortes de puanteurs qui en proviennent.

*Cap.v, 5; iv, 3, 1; L'Espouse sacrée, au Cantique des Cantiques*, a ses

I'I0'VI?'4- mains qui distillent la myrrhe, liqueur preservative

de la corruption ; ses lèvres sont bandées d'un ruban vermeil, marque de la pudeur des paroles ; ses yeux sont de colombe, a rayson de leur netteté; ses oreilles ont des pendans d'or, enseigne de pureté ; son nés est parmi les cèdres du Liban, bois incorruptible. Telle doit estre l'ame dévote : chaste (d), nette et honneste, de mains, de lèvres, d'oreilles, d'yeux et de tout son cors. A ce propos, je vous représente le mot que l'ancien

*Inst,l.VI,cxix. Père Jean Cassian rapporte* comme sorti de la bouche du grand saint Basile, qui, parlant de soy mesme, dit un

(b) les uns — avec (Ms.-A)

(c) défend (Ms.-A)

(d) l'ame:— chaste (Ms.-A-B)

Troisiesme Partie. Chapitre xiii. 183

jour : « Je ne sçay que c'est que des femmes, et ne suis pourtant pas vierge. » Certes, la chasteté se peut perdre en autant de façons qu'il y a d'impudicités et lascivetés, lesquelles, selon qu'elles sont grandes ou petites , les unes l'affoiblissent, les autres la blessent et les autres la font tout a fait mourir. Il y a certaines privautés et passions indiscrètes, folastres et sensuelles, qui a proprement parler ne violent pas la chasteté, et néanmoins elles l'affoiblissent, la rendent languissante et ternissent (e) sa belle blancheur. Il y a d'autres privautés et passions, non seulement indiscrètes mais vicieuses, non seulement folastres mais deshonnestes, non seulement sensuelles mais charnelles ; et par celles-ci la chasteté est pour le moins fort blessée et intéressée. Je dis : pour le moins, parce qu'elle en meurt et périt du tout quand les sottises et lascivetés donnent a la chair le dernier effect du playsir voluptueux, ains alhors la chasteté périt plus indignement, meschamment et malheureusement, que quand elle se perd par la fornication, voire par l'adultère et l'inceste ; car ces dernières espèces de vilenies ne sont que des péchés , mais les autres , comme dit Tertullien, au livre De la Pudicité*, sont * Cap. iv des « monstres » d'iniquité et de péché. Or Cassianus ne croit pas, ni moy non plus, que saint Basile eust esgard a tel desreglement quand il s'accuse de n'estre pas vierge, car je pense qu'il ne disoit cela que pour les mauvaises et voluptueuses pensées, lesquelles, bien qu'elles n'eussent pas souillé son cors, avoient néanmoins contaminé le(f) cœur, de la chasteté duquel les âmes généreuses sont (g) extrêmement jalouses.

Ne hantés nullement les personnes impudiques, principalement si elles sont encor impudentes, comme elles (h) sont presque tous-jours ; car, comme les boucz touchans

(e) l'affoiblissent — et la rendent languissante, ternissant (Ms.-A-B)

(f ) son (Ms.-A-B)

(g) doivent estre (Ms.-A)

(h) elles — le (Ms.-A)

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de la langue les amandiers doux les font devenir

* Plin., Hist. nat., amers * , ainsy ces âmes puantes et cœurs infectz ne

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